Covid et principe de précaution

Frédérique me signale que l’application du prétendu « principe de précaution », qui , pour la même raison que la « défense de l’environnement », m’a toujours semblé être une escroquerie intellectuelle dans le cadre d’une civilisation du profit et de l’exploitation de l’homme par l’homme, a été examinée dans ses rapports avec les événements du Covid :

https://lecourrierdesstrateges.fr/2021/09/30/vaccination-obligatoire-contre-le-covid-et-principe-de-precaution-une-longue-facherie/

L’article est intéressant, et je m’en distinguerai sur un point secondaire : alors qu’il fait à très juste titre le rapprochement avec la guerre de 14-18, dans laquelle les bourgeoisies européennes ont envoyé leurs jeunesses au massacre pour -croyaient-elles- protéger un statu quo qui leur profitait, il risque l’évaluation suivante : ‘même aux heures les plus sombres de notre époque, jamais la haine et le simplisme, et encore moins l’insouciance pour la vie humaine, n’ont atteint ce niveau.’

Il est clair que cette formule va contre la démonstration de l’article. Car du point de vue de la lutte contre la vérité, qui, on le sait, est la première victime de toutes les guerres, la guerre contre le Covid déclarée par Macron n’a fait que rejoindre les outrances de la propagande de guerre entre 1914 et 1918.

Les analogies sautent d’ailleurs immédiatement à l’esprit, et en particulier l’affirmation selon laquelle « le vaccin est efficace et suffisamment éprouvé » répond précisément à ce que l’on trouvait dans les journaux français en 1914 : « les balles allemandes sont de mauvaise qualité et ne tuent pas ».

Authentique !

Sur l’ Ivermectine dans le traitement du Varron et du Covid-19

PL T. m’écrit :

Franchement, on ne peut plus dire que l’hydroxychloroquine apporte le moindre  service compte tenu des essais menés dans le monde entier. Quant à l’ivermectine, elle prend le même chemin avec la mise en évidence de fraudes  et de méta-analyses qui doivent  être refaites pour en tenir compte. Par ailleurs, je ne vois pas comment on pourrait empêcher un vieux produit qui serait efficace d’être utilisé. Il y aura toujours des scientifiques et des prescripteurs pour contredire les firmes comme cela vient d’être raconté pour l’ivermectine dans l’éradication de l’hypodermose bovine en France ce qui a pu être réalisé contre l’avis de Merck (voir https://www6.inrae.fr/asirpa/Les-cas-etudies/Etudes-de-cas/Elevage/Le-controle-du-varron-par-l-ivermectine).

Tu verras comment, à l’époque, on s’est opposé à une firme,  à la profession vétérinaire qui voulait torpiller ce projet et aussi, à des écologistes qui avaient intentés une démarche en justice pour contester le principe même d’une telle prophylaxie, mais   avec l’appui de l’État.

Je suis persuadé qu’il y aura des vieux produits qui vont finir par sortir dont certains sont prometteurs comme le ciclésonide (un corticoïde administré par inhalation et qui est spécifiquement anti-SARS-COV-2) ou encore le niclosamide (antiparasitaire contre le ténia) mais tout cela demande du temps et les essais cliniques sont très chers à organiser dans les pays comme les nôtres compte tenu des réglementations  et de  toutes les barrières administratives qui existent au nom du principe de précaution.

Cher ami,

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la deuxième partie de ton message et l’article scientifique désigné en lien sur la victoire que tu as contribué à remporter contre le varron par l’usage de l’ivermectine en posologie infinitésimale.

https://www6.inrae.fr/asirpa/content/download/5086/50340/version/1/file/1396-Asirpa-Ivermectine-Hypodermose-17p-FR-2021.pdf

Je suppose que la partie sur laquelle tu voulais plus particulièrement attirer mon attention est celle qui concerne les oppositions à cette innovation. D’une part celle des éleveurs bio intéressés à n’utiliser aucun produit chimique susceptible de laisser des résidus, d’autre part celle des labos qui ne trouvaient pas leur intérêt économique à développer les nouvelles présentations nécessaires.

Il est intéressant de noter qu’en effet dans ce cas de figure il a été possible d’obtenir que les labos se fassent une douce violence et acceptent de lancer une spécialité peu rentable, voire, horresco referens, déficitaire.

Je pense que tu seras d’accord avec moi que ce niveau de résistance est sans commune mesure avec ce qui s’est passé autour du Covid-19.

Dans ce dernier cas, les labos sont le moteur de l’opération innovante. Ils lancent, à l’occasion d’une épidémie dont ils ont artificiellement exagéré l’impact, une vaste campagne d’expérimentation sur l’homme de nouvelles techniques vaccinales.

Ils obtiennent pour cela l’appui des Etats les plus riches, dont ils ont infiltré les administrations et les cercles de pouvoir.

Ils obtiennent que ces Etats fixent des stratégies de lutte exclusivement vaccinales.

Ils obtiennent d’être déchargés de leur responsabilité d’expérimentateurs et de producteurs pour les effets indésirables.

Pour faire accepter l’obligation vaccinale par les populations, des cabinets de conseil mettent sur pied une stratégie de la peur, puis de persuasion et de persécution allant jusqu’à la violence policière.

Ils organisent une campagne de dénigrement contre toute parole scientifique qui ne répercute pas leur communication publicitaire, qui va jusqu’aux persécutions institutionnelles et même menaces physiques dans le plus pur style du gangstérisme américain.

C’est dans ce cadre que s’inscrit l’affaire, anecdotique, de l’hydroxychloroquine : et il est bien clair qu’efficace ou non, l’intérêt des puissants qui organisent tout ce que je viens de décrire s’oppose absolument à ce qu’elle soit reconnue efficace si c’était le cas.

Ainsi d’ailleurs que toute autre solution qui viendrait concurrencer les produits dont il s’agit de généraliser l’usage. C’est pourquoi je ne partage pas ton optimisme, non pas quant à l’apparition, mais quant à l’acceptation politique, de nouveaux traitements qui seraient, eux, efficaces, tout du moins tant que les objectifs commerciaux des grands labos qui sont derrière l’opération ne seront pas atteints.

Tu admettras sans doute que le niveau énergétique du conflit d’intérêts n’est pas du même ordre que ce que tu décris dans le cas auquel tu as personnellement eu affaire. Par ailleurs, les enjeux sont inversés : il s’agit ici pour les monopoles pharmaceutiques de créer de nouveaux marchés aux potentialités considérables, et non pas simplement de résister à l’obligation de lancer une production qui leur semblait économiquement peu prometteuse. On comprend que les moyens utilisés soient d’une toute autre énergie, les dégâts collatéraux immenses en termes de vies brisées et de libertés, et surtout, que la victoire ne soit pas dans le même camp.

Tu cites parmi les obstacles que tu as rencontrés pour le traitement du varron la prévalence du prétendu ‘principe de précaution’. Tu admettras sans doute aussi qu’avec la vaccination expérimentale de plusieurs millions de sujets pour une maladie qu’ils n’ont aucune chance de contracter, il est passé par dessus bord, ou au moins qu’il est devenu à géométrie variable !

Dis-moi ce que tu en penses.

Amitiés,

JPGP

Sur le ‘terrorisme’ entre 1941 et 1945

22 juillet 1941 : l’Humanité publie pour la première fois un appel à l’union de toutes les forces résistantes depuis les gaullistes jusqu’aux communistes.

24 juillet 1941 : l’ouvrier parisien André Masseron est fusillé pour avoir manifesté son patriotisme et chanté la Marseillaise le 14 juillet précédent en réponse aux consignes du Parti communiste.

26 juillet 1941 : Albert Ouzoulias s’évade du Stalag 17 B à Krems. Il traverse l’Allemagne accroché sous un wagon. Il sera à Paris la semaine suivante, sera contacté par Danielle Casanova, et prendra bientôt sa place dans le Parti clandestin comme commissaire politique des premiers groupes de lutte armée.

27 juillet 1941 (dimanche) : les jeunes communistes du XVIIIème arrondissement manifestent au métro Château-Rouge contre la répression allemande, dont ils rendent Vichy responsable. André Masseron a été fusillé trois jours plus tôt. Ils crient “à bas la peine de mort”.

27 juillet 1941 (dimanche) ( ?) : le groupe Brustlein se réunit aux HBM Ranvier en présence de Georges Ghertman. Il est question d’action directe contre l’occupant.

2 août 1941 (samedi) : Albert Ouzoulias est de retour à Paris et prend contact avec Danielle Casanova. Il la rencontre à la Closerie des Lilas. Elle lui annonce qu’il a été choisi pour prendre la direction de la lutte armée. Dans les jours qui suivent, elle le présente à Arthur Dallidet et Eugène Hénaff au café Le François Coppée, près du métro Duroc. Il est dispensé de faire une biographie et nommé à la tête de la branche parisienne de l’organisation militaire des Jeunesses communistes. Il reçoit le titre de commissaire politique. Pierre Georges sera son adjoint avec le titre de commissaire militaire.

3 août 1941 : l’Humanité appelle à ‘tout faire pour rendre le pays intenable à l’envahisseur’. Elle reprend le projet de Front national pour l’indépendance de la France qui met le parti communiste sur une trajectoire de convergence avec le Conseil de défense de l’Empire fondé le 27 octobre 1940 par de Gaulle dans son discours de Brazzaville, mais qui est aussi une situation de rivalité. De Gaulle va rapidement obtenir la reconnaissance de l’Union soviétique, tout en repoussant la suggestion de recevoir Maurice Thorez à Londres, en dépit des amabilités communistes.

11 août 1941 : depuis Moscou, Thorez, Dimitrov et Marty intiment à Jacques Duclos l’ordre de constituer des groupes armés pour s’en prendre aux Allemands sur le territoire français.

12 août 1941 : Pétain lance un message : “Je sens souffler depuis quelques semaines un vent mauvais….”. Cette prise de parole du Maréchal accompagne l’annonce du remaniement ministériel auquel il a travaillé les semaines précédentes et qui aboutit alors en donnant lieu à une annonce publique. Pucheu et Darlan sont les principaux personnages mis en avant par l’événement. Pétain fait venir Darlan à la Défense nationale et Pucheu est confirmé à l’Intérieur qu’il a pris en main depuis le 17 juillet. Car il s’agit d’une reprise en main consistant à activer la lutte anticommuniste. Pour avoir fait dresser des listes de ‘communistes particulièrement dangereux’ et les avoir transmises aux Allemands, Pucheu portera la responsabilité d’avoir collaboré aux premières fusillades d’otages, même si la recension des victimes prouve que les Allemands ne s’en tinrent pas aux listes dressées par les Français. La venue de Pierre Pucheu au ministère de l’Intérieur est une satisfaction pour les Allemands qu’il a séduit par le brio avec lequel il a remis l’appareil productif français en marche et à leur service après l’armistice en tant que ministre de la Production industrielle. Son programme est de lutte à outrance contre le parti communiste dans l’intérêt du ‘nouvel ordre européen’. Otto Abetz écrit : « En raison de son activité politique antérieure et de ses expériences professionnelles dans l’industrie française, Pucheu apporte dans sa fonction de ministre de l’Intérieur une bonne connaissance des questions du travail, ce qui désormais pourrait être très utile, vu les consignes de sabotage données par Moscou contre la production française travaillant pour l’Allemagne. [….] Etant donné qu’il s’agit d’une personnalité qui peut disposer d’un contact avec les masses et qui déploie une grande énergie, on attend de lui un combat d’envergure pour déjouer les entreprises communistes en France. » Ce texte capital dit ce qui restait du pacte germano-soviétique d’août 1939 deux ans plus tard, et donne le bilan des contacts qui ont eu lieu à l’été de 1940 entre la direction parisienne du parti communiste et les autorités d’occupation. Il se révélera prophétique en octobre 1941 lorsque Pucheu guidera l’occupant dans sa désignation des otages à fusiller après les attentats de Nantes, Bordeaux et Rouen. Il aide à mieux fixer la chronologie de la collaboration vichysto-allemande dans la lutte contre le bolchévisme, et les limites temporelles de la parenthèse collaborationniste ou quasi-collaborationniste du Parti communiste français.

3 août 1941 (mercredi) : les cadres des Jeunesses communistes, Danielle Casanova, Camille Baynac, Pierre Georges, Albert Ouzoulias, André Leroy, Lucien Dorland, décident une nouvelle manifestation contre l’Occupant à Paris. On crie « à bas les Boches ». Mais la police, puis les Allemands, interviennent après seulement quelques dizaines de mètres. Poursuivi par un Allemand, Pierre Daix est sauvé par Gautherot, du groupe de protection, qui est lui-même blessé et arrêté. Il réussit à s’échapper et trouve refuge, grâce à son ami Christian Rizo, dans une famille juive de la rue d’Angoulême. Samuel Tyszelman et Georges Ghertman sont poursuivis après avoir prêté main-forte à d’autres manifestants devant le Théâtre de la Porte Saint-Martin. Tyszelman est arrêté dans un immeuble où il avait trouvé refuge au coin de la rue Taylor et de la rue du Château d’eau. Ces événements restent largement ignorés du public. Dans le silence de la presse, la rumeur filtre seulement d’ ‘échauffourées entre patriotes et Allemands au carrefour Strasbourg-Saint-Denis’.

14 août 1941 : la loi du 14 août 1941 prévoit la peine de mort pour activité communiste ou anarchiste, sans possibilité d’appel et avec rétroactivité. Elle sera presque immédiatement appliquée après l’attentat inaugural de Barbès la semaine suivante.

16 août 1941 : l’amiral Bard estimant que les groupes armés communistes n’étaient pas militairement puissants, et désirant les criminaliser, décida d’abord de confier leur répression à la Police judiciaire. Celle-ci se dota d’une structure vouée à la répression anticommuniste, une brigade spéciale qu’il plaça sous les ordres du commissaire Veber, assisté de l’inspecteur-principal-adjoint Savary pour les affaires de sabotage. Après les nominations de mai, le dispositif entrait en concurrence avec les sections politiques de la police municipale confiée à Hennequin, et aussi avec la BR1 anticommuniste des Renseignements généraux, à la tête de laquelle il plaça les commissaires Rottée et David, avec pour programme de « briser l’activité communiste pendant que nous bénéficions de l’aide allemande ». Après le cafouillage autour du démantèlement du labo de l’avenue Debidour à la fin de l’année, la répression du terrorisme sera retirée à la Police judiciaire, et l’on créera une BR2 antiterroriste aux Renseignements généraux.

19 août 1941 : Jacques Duclos répond au télégramme du 11 août 1941 lui demandant d’organiser des groupes armés. Il annonce avoir obtenu ses premiers résultats dans ce sens.

19 août 1941 (?) : Pierre Daix reçoit l’annonce anticipée d’un attentat spectaculaire à Paris.

19 août 1941 (mardi) : à Paris, les autorités d’occupation allemandes diffusent une affiche annonçant l’exécution de Szmul Tyszelman et Henri Gautherot, arrêtés lors de la manifestation du 13 et condamnés à mort, Gautherot pour violence envers un soldat allemand, et Tyszelman à titre d’exemple et parce qu’il est Juif. Ils auraient été fusillés la nuit précédente, mais peut-être aussi dès le 16 ou le 17, attachés à un arbre à la Vallée aux Loups, dans les Bois de Verrière. Trois autres manifestants seront également fusillés le 24 août.

20 août 1941 (mercredi) : en réponse à l’agitation qu’ils qualifient de ‘judéo-bolchévique’, les Allemands aidés de la police française organisent une grande rafle de 4000 juifs dans le 11ème arrondissement. Il s’agit plus précisément d’une réponse à la manifestation du 13, mais en relation directe avec la teneur des conversations du 18 août entre Hitler et Goebbels. Une plaque apposée sur les murs du gymnase Japy, où les victimes furent rassemblées, commémore l’événement.

21 août 1941 (jeudi) : obéissant à une consigne non assumée officiellement du Parti communiste clandestin, Pierre Georges assisté de Gilbert Brustlein abat l’aspirant de marine Alfons Moser au métro Barbès. Albert Gueusquin est également présent. Selon une version des faits, il serait venu de sa propre initiative et aurait été renvoyé par Georges avant l’action. Selon le témoignage de Gilbert Brustlein, sa présence était prévue et il serait resté sur le quai en observation, tandis que ce serait Zalkinov qui serait venu de sa propre initiative, mais aurait été renvoyé. Dans une autre version encore, mais probablement erronée, le commando aurait été composé de Georges, Brustlein, Gueusquin, et aussi Bourdarias.Selon Valérie Antelmi, on trouve la trace de cet événement aux Archives historiques de la ville de Paris, 18 Bd Sérurier, 75019, Paris. Mo Porte des Lilas, tél. 0153724123, dans le Fonds de l’Inspection générale et du contrôle administratif et financier, cote 10331/56/1 article 33 : Notification d’incidents et d’attentats (1940-1944), et également dans le Fonds du cabinet du Préfet, dit Fonds Barroux, désormais Fonds Perotin 1011/44/1 Article 19. L’attentat est réputé avoir eu un grand retentissement dans Paris et au dehors de Paris, y compris internationalement : mais ce point demanderait à être étudié de façon détaillée. Il est sans doute significatif qu’il trouve écho, quoique de façon déformée, dans le journal de Julien Green, écrit dans son exil américain. On doit tenir compte aussi de l’évaluation d’Emmanuel d’Astier dans son ouvrage ‘De la chute à la libération de Paris’, (Nrf, 1965), ouvrage très synthétique dans sa recension des événements marquants de la guerre, et qui le signale comme tel. Mais c’est encore davantage par la suite que Barbès a pu apparaître comme annonçant le tournant à venir, et comme donnant son caractère particulier au nouveau cours du parti communiste, alors que sur le moment l’effet de ‘coup de tonnerre’ décrit par les historiens pourrait être au moins en partie de l’ordre des illusions rétrospectives. Le témoignage de Maroussia Naïtchenko est révélateur (Une jeune-fille en guerre, Imago, 2003), qui montre que, elle-même militante communiste et proche des milieux de l’Organisation spéciale, mais cachée en province au moment des faits, elle n’en a pas non plus entendu parler, et que ses camarades, militants communistes eux-mêmes actifs dans la résistance parisienne n’avaient pas jugé essentiel de l’en informer alors même qu’ils commentaient l’exécution contemporaine et fortement connexe de Samuel Tyszelman ! Il se pourrait que dans ce cas, il se soit agi d’une consigne de discrétion venue du parti lui-même, puisque l’attentat ne fut ni revendiqué ni relaté dans la presse clandestine : si bien que contrairement à d’Astier, personnellement impliqué et qui s’est fait ensuite un historien précis de la résistance intérieure, de Gaulle n’en parle pas du tout dans ses mémoires, faisant commencer la résistance communiste six mois plus tard. On peut être tenté de se dire qu’il pourrait s’agir de sa part d’un parti-pris politique, mais ce n’est probablement pas le cas : n’étant ni annoncé, ni revendiqué, ni commenté par le parti, Barbès n’existe pas comme déclaration de guerre ouverte du parti communiste à l’Allemagne nazie. Plus neutre à la fois que de Gaulle et que Maroussia Naïtchenko, Galtier-Boissière ne mentionne pas non plus l’attentat dans son journal, mais seulement l’annonce des représailles faite par Schaumburg par la presse et par voie d’affiche deux jours plus tard. Car il est certain en revanche que les Allemands avaient reçu le message, et après Barbès et la série d’attentats de l’Organisation spéciale qui lui firent suite, rompant avec leur stratégie antérieure d’étouffement des affaires de ce type, les Allemands furent obligés d’en faire état et de prendre des mesures répressives. C’était sans doute le but recherché. Après Barbès Galtier-Boissière note comme « les murs de Paris sont couverts d’affiches officielles » : et c’est d’abord cette forme que prend le changement de l’atmosphère d’occupation allemande. C’est ainsi que la plupart des Français eurent sur le moment connaissance que la guerre reprenait.

22 août 1941 : la réaction allemande est immédiate à la suite de l’attentat du 21 août, puisque Otto von Stülpnagel édicte que toute personne détenue par les Allemands sera désormais considérée comme otage. Un avis paraît sous la signature du général Schaumburg, qui sera repris par la presse le 23 : « Le 21 août au matin, un membre de l’armée allemande a été victime d’un attentat à Paris. En conséquence j’ordonne : 1. A partir du 23 août tous les français mis en état d’arrestation, quel que ce soit (sic) par les autorités allemandes en France, ou qui sont arrêtés pour celles-ci sont considérés comme otages. 2. En cas d’un nouvel acte, un nombre d’otages correspondant à la gravité de l’acte criminel sera fusillé. » Schaumburg ne menace pas vainement : on estime qu’il y aura cinq-cents otages fusillés entre septembre 1941 et novembre 1942, après quoi la répression s’emballera pour atteindre un chiffre qu’il faudra du temps pour établir avec quelque certitude après la guerre – le parti communiste se décernera lui-même le titre de ‘parti des cent-mille fusillés’ – , mais qui ne peut être inférieur à plusieurs dizaines de milliers. Avec la décision du 23 août, une première doctrine répressive est immédiatement formulée : et le fait qu’elle le soit si promptement, et par l’adjoint de Stülpnagel, absent de Paris au moment des faits, donne à penser que Schaumburg s’est simplement conformé aux procédures traditionnelles de l’armée. La réflexion relative à une politique répressive adaptée aux circonstances telle que Jünger la relate ne viendra que plus tard. Par ailleurs, d’autres instances que l’armée allemande réagissent à l’événement. Ainsi le SS Boemelburg rencontre-t-il de Brinon et il lui signifie que la Kriegsmarine exige l’exécution de six otages. La diligence de Vichy, encouragé à sévir contre les organisations clandestines communistes, est extrême, au point que les attentats peuvent être considérés comme l’occasion impatiemment attendue pour déchaîner une répression décidée à l’avance. A Vichy, le conseil des ministres est en grande partie consacré à la répression des menées communistes, qu’il promet rapide et sévère. Pucheu réagit à la demande allemande en annonçant la création prochaine de la Section spéciale de la cour d’appel de Paris, qui avait en réalité été décidée dès avant l’attentat, et la traduction immédiate devant cette cour de six dirigeants communistes internés. On imagine que Pucheu a d’ores et déjà dans le viseur Sampaix, Catelas et Péri, qui seront exécutés par la suite, mais ce seront d’abord des militants ordinaires, André Bréchet, Emile Bastard et Abraham Trezbucki, qui tomberont victimes de la répression, ainsi que le gaulliste Honoré d’Estienne d’Orves, pris dans une mission de renseignement. Emmanuel d’Astier décrit le choc dans Paris à l’apparition des affiches annonçant les représailles, et les discussions qui en découlèrent, et qui n’ont pas cessé depuis, sur la légitimité d’une telle stratégie. Sur le moment, en revanche, hormis la publication obligée de l’annonce du général Schaumburg, la presse fait peu de cas de l’attentat de Barbès, le journal ‘Le Matin’ insistant en revanche sur la lutte contre les sabotages ferroviaires. Il cite Berthelot, secrétaire d’Etat aux communications : ‘Nos souffrances sont la rançon de la défaite dont les communistes sont responsables’. Il est clair que les collaborateurs les plus résolus, au gouvernement aussi bien que dans son opposition parisienne comptent bien faire un usage politique de l’événement, et activer la répression. Mais l’entrée en guerre du Parti, avec sa masse militante, change instantanément la dimension de ce que recouvre depuis le 18 juin 1940 le mot de ‘résistance’. «La décision est politique : abandonnant l’attentisme et le neutralisme que leur recommandait Moscou, reprenant le rituel du nationalisme, la Direction invite à ouvrir le feu, à entamer la bataille de harcèlement et de destruction. Sans compter les représailles, cherchant l’âme dans le sang, elle misera sur les héros et les martyrs pour réveiller la masse », conclut Emmanuel d’Astier, démentant l’accusation habituelle d’alignement servile de la politique du parti communiste sur les injonctions de l’Internationale.

25 août 1941 : deux soldats de la Luftwaffe sont tués près de Lille. Après la région parisienne, le Nord sera la région de résistance communiste la plus active dans la phase initiale des attentats individuels ultra-minoritaires. Jean-Claude Boursier fait remarquer que Jacques Duclos ne devait jamais commanditer d’attentat en zone non-occupée, qui sera en revanche une terre d’élection pour les maquis dans une phase ultérieure.

25 août 1941 : discours de Pucheu promettant la sévérité dans la répression des attentats communistes, repris dans Le Matin du 25 août. Il ne mentionne que les sabotages ferroviaires, mais sans doute réagit-il aussi au fait que le bouche à oreille a porté l’attentat de Barbès et sa réplique du métro Bastille à la connaissance du public. Par son activité répressive, Pucheu se rend agréable aux autorités occupantes, qui sont cependant gênées de le voir occuper toute la place dans ce rôle avec son projet de parti unique de la collaboration. Abetz résume : «Ce front unique tomberait très bien du point de vue de la lutte contre la terreur communiste. Mais il nous priverait à terme de la possibilité de manipuler les uns contre les autres les divers groupes politiques français et d’exercer une pression appropriée sur le gouvernement de Vichy en cas de besoin. » Il convient d’observer que de telles considérations avaient peu de poids aux yeux d’hommes comme Keitel et Goering qui ne collaboraient pas, et entendaient imposer l’ordre allemand par la terreur plutôt que par la manipulation.

26 août 1941 : Julien Green rapporte la rumeur relatant de façon très déformée l’attentat de Barbès cinq jours plus tôt : « Appris que mercredi ou jeudi dernier, à Paris, un colonel allemand a été poignardé dans le métro. Pour venger ce militaire, on a arrêté des milliers de personnes innocentes qui seront gardées comme otages ».

27 août 1941 (mercredi) : attentat contre Laval et Déat à Versailles lors de la cérémonie de départ de la Légion des volontaires français pour le front russe. Le tireur, Paul Collette, dit avoir agi par motivation anti-collaborationniste purement individuelle. Il a des opinions d’extrême-droite et n’appartient à aucune organisation de résistance. La presse parisienne indique qu’il a appartenu au PSF ou à l’Action française, mais Vichy rectifie et affirme qu’il ne peut être que communiste. Laval est assez gravement blessé. A Londres, John Colville note la satisfaction générale dans l’entourage de Churchill ( ‘at last a Charlotte Corday !’). En revanche, l’attentat de Barbès est passé inaperçu.

27 août 1941 : la première affiche rouge apparaît sur les murs de Paris. ‘Roger-Henri Nogarède de Paris, Alfred Ottino de Saint-Ouen, André Sigonney de Drancy, Raymond Justice de Drancy, Jean-Louis Rapin de Pavillons-sous-Bois ont été fusillés ce jour pour aide aux menées communistes contre les forces d’occupation allemandes.’ Il n’est pas fait mention des actes qui ont véritablement motivé ces exécutions.

27 août 1941 : sur instructions spécifiques de Darlan, Pucheu et Barthélémy, ministre de la Justice de Vichy, trois communistes, André Bréchet, Emile Bastard, Abraham Trezbucki, sont condamnés à mort par la Section spéciale de la cour d’appel de Paris. Lucien Sampaix, ancien directeur de l’Humanité, jugé par la même instance parmi d’autres communistes, est seulement condamné aux travaux forcés à perpétuité contre les ordres explicites du gouvernement. Mais il sera désigné comme otage et fusillé avec Gabriel Péri et 95 autres otages communistes le 15 décembre 1941.

4 septembre 1941 (jeudi) : Marcel Gitton est assassiné par Fosco Focardi, Marcel Cretagne, Emile Bevernage assistés exceptionnellement de Pierre Georges. Cette action marque la naissance du détachement Valmy. Exclusivement composé d’adultes, à la différence du groupe Frédo initial, ce groupe recentre les opérations sur la lutte contre la Collaboration. Le détachement est directement placé sous les ordres du triangle de direction Duclos-Frachon-Tillon, et sans rapport direct avec les FTP. Il est dirigé par Fosco Focardi, qui a été recruté pour cette tâche par Arthur Dallidet, assisté de Robert Dubois pour sa partie parisienne, et par Pierre Georges, replié à Clerval dans le Doubs au printemps 1942 pour sa partie maquisarde et provinciale. Le groupe Valmy parisien mène la guerre civile du Parti en s’en prenant à des cibles politiques en vue ou stratégiques: collaborateurs notables comme Benoist-Méchin, Cousteau, Doriot, Ferdonnet, renégats ou exclus du Parti comme Barbé, Gitton et Clamamus. Il fait aussi la police de l’organisation en éliminant les militants soupçonnés de trahison, parfois à tort comme dans l’affaire Georges Déziré, ou convaincus d’avoir voulu s’écarter de l’organisation. Dans un second temps, le Valmy mènera la guerre contre les policiers français qui traquent les résistants – les chiens enragés.

6 septembre 1941 : trois otages sont fusillés en représailles pour l’attentat du 3 boulevard de Strasbourg. C’est une retombée de la nouvelle politique d’extermination des Juifs et des communistes inaugurée à l’Est. Mais Hitler condamne la mollesse de la répression. A l’instar des pratiques inaugurées en Serbie où des milliers d’exécutions ont eu lieu en juillet il préconise l’exécution de cent otages par Allemand tué, ce qui cause de l’embarras du côté de Von Stülpnagel, convaincu que des excès répressifs rendront seulement l’occupation plus difficile pour l’armée et moins profitable pour l’Allemagne.

11 septembre 1941 : L’Humanité signale l’arrestation de Marcel Cachin par la Gestapo. C’est Gitton qui a organisé son enlèvement en collaboration avec les nazis : et il le paiera bientôt de sa vie. En échange de la libération de Cachin, Boemelburg exigera une déclaration condamnant les attentats. Libération et déclaration auront lieu six semaines plus tard dans des circonstances mal connues. Il convient d’observer que Boemelburg, appartenant à la SS et présent à Paris comme adjoint de Knochen, travaille sous le contrôle direct de Heydrich, et indépendamment des autorités militaires représentées par von Stülpnagel.

16 septembre 1941 : Hitler déjeune avec Himmler et Otto Abetz. Abetz propose de déporter les Juifs français en Union soviétique. Himmler approuve et promet sa collaboration. A Paris, Heydrich conduira sa politique parallèle de persécution violente, avec en particulier la destruction des synagogues parisiennes dans la nuit du 2 au 3 novembre par une équipe de truands et de militants des groupes antisémites français.

16 septembre 1941 : le maréchal Keitel, commandant en chef des armées allemandes, signe une ordonnance secrète analysant le risque de subversion communiste dans l’ensemble des territoires occupés. Il préconise l’usage de la terreur pour étouffer dès ses débuts toute révolte. Pour tout soldat allemand tué, entre cinquante et cent communistes doivent être exécutés. En raison de l’analyse nazie de l’adversaire, réputé ‘judéo-bolchévique’, cette politique de représailles est indissociable des pratiques exterminatrices en cours d’établissement à l’Est. “En France, en novembre, les autorités militaires se mirent à arrêter avant tout les Juifs et les communistes, au lieu de fusiller des otages”, écrit Peter Longerich.

19 septembre 1941 : à Paris, Otto von Stülpnagel déclare estimer ne pas avoir affaire à une résistance patriotique mais à une subversion judéo-bolchévique, et cible en conséquence sa politique de représailles. Il édicte que tous les Français arrêtés pour activité communiste ou anarchiste devra être maintenu en détention administrative à l’issue de sa peine et considéré comme otage.

29 septembre 1941 : on annonce l’exécution du député communiste Jean Catelas et de vingt résistants communistes dans le Nord. Catelas n’est pas fusillé mais guillotiné à la suite d’une condamnation à mort par la justice française.

12 octobre 1941 : les Allemands viennent au camp de Châteaubriant et font regrouper 19 internés communistes dans une baraque spéciale, que les détenus prennent l’habitude de désigner comme ‘la baraque des otages’. Parmi eux, les cadres politiques ou syndicaux Timbaud, Michels, Ténine, Grandel, Gardette, qui seront fusillés après l’attentat de Nantes.

13 octobre 1941 (lundi) : Brustlein, Guisco et Bourdarias partent pour Nantes en ‘opération brûlot’. Afin de relancer la lutte armée qui s’essouffle, le Comité militaire national du Parti communiste a conçu cette nouvelle tactique : un groupe parisien formé par amalgame de combattants jeunes encadrés par un ancien va perpétrer une action d’éclat en province avec le soutien des militants locaux. Il s’agit d’exécuter des officiers allemands les plus gradés possible et d’effectuer des sabotages ferroviaires. Dans ce cadre, Pierre Georges envoie à Nantes un commando mixte composé de Gilbert Brustlein et Marcel Bourdarias, pilotés par un adulte : Spartaco Guisco.

20 octobre 1941 (lundi) : à Nantes, le Feldkommandant Hotz est exécuté par Gilbert Brustlein. Il est le quatrième Allemand tué par des attentats individuels depuis le début de la lutte armée lancée par le Parti communiste au mois d’août 41.

21 octobre 1941 : agissant à titre personnel, Otto von Stülpnagel demande à Ernst Jünger de rédiger une relation détaillée, heure par heure, du traitement qu’il donne à la question des otages, et en particulier de ses échanges avec Hitler visant selon lui ‘à limiter la répression des attentats de Nantes et de Bordeaux’. Hitler a réclamé cent cinquante exécutions. Otto von Stülpnagel fait afficher l’annonce des cinquante premières, auquel il a fait procéder rapidement pour pouvoir plaider auprès d’Hitler que l’affaire est réglée. Il en promet cinquante de plus si les auteurs de l’attentat de Nantes ne se dénoncent pas, et il entre en discussion avec les autorités de Vichy pour choisir les prochains otages à fusiller. En même temps, il négocie avec Hitler pour limiter les fusillades à ce niveau. Ses préoccupations ne sont pas humanitaires mais tactiques : “Il est nécessaire d’agir avec mesure, eu égard au potentiel productif. Les industries fourniront d’autant plus que les choses iront sans accrocs dans ce pays. Etant donné le tour imprévu que prend la campagne à l’est, c’est de la plus haute importance”, lui fait dire Ernst Jünger.

23 octobre 1941 (jeudi) : dans une allocution à la BBC, le général de Gaulle parle des attentats de Nantes et de Bordeaux. Il rend hommage au courage de leurs auteurs, mais donne la consigne de cesser les actions de ce type en raison des représailles. Il préconise pour la résistance intérieure une tactique attentiste qui sera maintenue jusqu’au débarquement de Normandie. Mais après les fusillades d’otages il observera en privé : “C’est dans ce sang que se noiera la Collaboration”, et comme préalable à l’unification de la résistance intérieure par Jean Moulin au printemps 1943, il finira par consentir à des actions de guérilla gaullistes comparables à celles menées par le Parti communiste depuis l’origine. Cependant, l’essentiel des actions de lutte armée non-communistes, en raison du retard pris, du défaut d’armement et d’expérience, se révéleront inefficaces et coûteuses en vies humaines lorsqu’elles seront déclenchées après le six juin 44.

23 octobre 1941 : le jour même des fusillades de Nantes, l’amiral Darlan, passant ces représailles sous silence, souligne le caractère abominable de l’acte commis contre le représentant d’une occupation ‘lourde mais correcte’. Il y voit la main de ‘puissances étrangères qui cherchent dans leur seul intérêt une aggravation des relations entre les troupes d’occupation et la population française’. Le maréchal Pétain pour sa part centre son message sur le sort des otages, mais suit par ailleurs la même ligne que son ministre dans un autre style : “Aidez la justice. Un coupable retrouvé et cent Français sont épargnés. Je vous jette ce cri d’une voix brisée : Ne laissez plus faire de mal à la France.”

26 octobre 1941 : promulgation de la Charte du travail par l’ancien syndicaliste Belin, devenu ministre de Pétain. En contradiction avec le projet corporatiste de Vichy, le parti communiste fait de la lutte syndicale son approche principale de la résistance nationale à l’occupant. Le sabotage pour les ouvriers et le refus de livrer pour les paysans sont envisagés comme les deux moyens d’action principaux. C’est par ce biais que l’action de masse entrera en communication avec celle des groupes armés, mais celle-ci ne fait l’objet que de mentions vagues, et aucune stratégie d’ensemble n’est définie.

Fin octobre 1941 : atterrée par le contre-coup des fusillades d’otages et intimidée par l’émotion et la désapprobation populaire, la direction du parti communiste s’abstient de revendiquer les opérations brûlots. Elle laisse courir dans ses propres rangs la rumeur selon laquelle les attentats sont des provocations nazies. La presse clandestine affirme : “Les attentats de Nantes et de Paris sont signés Hitler et Pétain”.

31 octobre 1941 : exécution du policier Orset, de la brigade spéciale du commissariat de Clichy, spécialisé dans l’infiltration des milieux communistes et syndicalistes. Il est attiré dans un guet-apens sur le pont d’Asnières à Clichy et il reçoit une balle dans le poumon. C’est la première fois que la gauche ouvrière exerce des représailles directes contre les forces répressives. Il s’agit d’une action spontanée, ne résultant pas d’une consigne venue du sommet.

2 novembre 1941 : Marcel Delgay, de la Sûreté, chargé par Pucheu de coordonner l’enquête sur l’attentat de Nantes, est informé de la participation probable de Gilbert Brustlein. Muni d’une photo du suspect, il en obtient l’identification par Mme Huau, la restauratrice de la rue Paul Bellamy, à Nantes, où Brustlein déjeunait avec Bourdarias. Ces éléments ne sont pas communiqués au public, mais la presse fait état de la dénonciation et de sa récompense. Aux Allemands, Pucheu devait déclarer que « les responsables cachés de l’attentat de Nantes avaient été découverts et arrêtés par la police française. Il s’agissait d’une organisation de terroristes composée en majeure partie de communistes et ayant à sa tête un juif. L’assassin du Feldkommandant de Nantes, un jeune Alsacien, avait fui une heure avant d’être arrêté par la police ».

25 octobre 1941 : le journal Le Matin annonce un sursis jusqu’au 27 à l’exécution du ‘groupe complémentaire’ d’otages. Il parle d’un ‘geste magnanime du chancelier Hitler’. Jacques Benoist-Méchin défend l’idée que si les terroristes ne veulent pas être considérés comme des lâches, ils doivent se livrer pour épargner la vie des innocents. Faute de quoi ils mériteraient ‘le mépris le plus total’. Le journal La Croix annonce que des indicateurs ont renseigné la police sur les auteurs et que renonçant à toute récompense pécuniaire, ils ont été récompensés par la libération de parents prisonniers. Dans Je suis partout, Brasillach réclame que l’on fusille les chefs communistes emprisonnés. Paris-Soir note l’affluence de la population nantaise aux funérailles du commandant Hotz. Plus cynique, Abetz déclara ne pas croire à la sincérité de l’émotion maréchalesque, étant donné que « la majorité des otages sont des communistes et qu’avec eux disparaissent des éléments indésirables aux yeux du gouvernement. »

28 novembre 1941 (vendredi) : le lendemain de l’avertissement de Schaumburg à la population parisienne, Conrado Miret-Musté chapeautant des combattants de la MOI et de l’Organisation spéciale, désormais réunis dans l’Organisation spéciale unifiée attaque l’ ‘Hôtel du Midi’, un hôtel de passe fréquenté par les soldats allemands au 43 rue Championnet dans le 18ème. Frédo n’est pas impliqué. Trois Allemands sont tués et cinq blessés. Quatre prostituées françaises sont également victimes de cette action. Avec l’attaque de la librairie ‘Rive gauche’ la semaine précédente, c’est la plus grosse opération depuis Nantes. Charles Tillon la cite comme une date dans l’histoire de la résistance. Il la considère, avec celle du 2 décembre boulevard Magenta, comme la cause de la série de représailles dont feront partie les exécutions de Gabriel Péri et Lucien Sampaix parmi 95 otages communistes le 15 décembre 1941. C’est également une des rares actions de la résistance intérieure que de Gaulle cite nommément dans ses mémoires de guerre. Elle fut le début de la prise de conscience par l’opinion de l’époque qu’il faudrait désormais compter avec un terrorisme anti-allemand. Aux yeux des Allemands, c’est une véritable provocation un mois après les fusillades de Nantes, Châteaubriant et Souges. Dans un premier temps, von Stülpnagel impose un couvre-feu à 17 heures trente à Montmartre.

Mon commentaire : la guerre civile franco-française était un fait dès avant le début de la campagne d’exécutions lancée par le PC à l’encontre des forces allemandes et de leurs collaborateurs, et ce n’était pas le PC qui l’avait commencée, mais la bourgeoisie française. Le PC avait été interdit dès septembre 1939 et les députés communistes illégalement déchus de leurs mandats et déportés en Algérie. D’ailleurs, la seconde guerre mondiale peut être vue comme la coalescence de guerres civiles nationales qui lui préexistent dans tous les pays d’Europe continentale. La plus notable est bien entendu la guerre d’Espagne. Pour mon oncle Pierre Georges, colonel Fabien, c’est par l’engagement espagnol que commence sa vie de résistant, ou si l’on veut de ‘terroriste’, puisque c’est par ce terme que la police française désigne dès 1938 les anciens des Brigades internationales, d’un commun accord avec la Gestapo, autorisée par les gouvernements Daladier-Reynaud à opérer sur le territoire français dès cette époque. Après la défaite et l’occupation, la guerre civile n’a fait que se poursuivre, avec une montée en régime continue jusqu’à des affrontements militaires à grande échelle entre maquis et milice.

En revanche, si Pétain lui-même a tenté de ne pas se compromettre personnellement dans les actions les plus sordides du camp collaborationniste, la collusion et la collaboration opérationnelle la plus étroite des anticommunistes français avec la SS sont incontestables dès les débuts de l’occupation en zone nord. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles le PC n’a pas porté ses actions violentes en zone sud tant qu’elle a existé, mais s’est concentré sur des cibles accessibles en zone nord avec ses moyens très embryonnaires : des militaires isolés et des collaborateurs français. Ceci ne cadre pas avec l’idée parfois défendue qu’il se serait agi de porter la guerre civile là où elle n’aurait pas été assez chaude.

Il est notable que les attentats communistes ne furent identifiés comme tels internationalement que tardivement, car ils ne furent d’abord pas revendiqués, et les tout premiers, dont l’attentat de Barbès le 21 août, tendirent même à passer inaperçus car les Allemands trouvèrent de leur intérêt de ne pas les ébruiter et s’y efforcèrent tant que cela fut compatible avec leur politique répressive.

Le fait que le parti communiste se soit initialement tu sur son implication, et même l’ait déniée farouchement dans sa presse clandestine affaiblit la thèse qui aurait fait des attentats de 1941 des provocations envers l’opinion collaborationniste. C’étaient des provocations envers l’occupant.

Du fait de cette discrétion délibérée de la part de la direction communiste de Jacques Duclos, de Gaulle, à en croire ses Mémoires, ne s’aperçoit qu’il y a une résistance armée communiste qu’après l’attentat de la rue Championnet du 28 novembre, et lorsqu’il désapprouve l’action de Nantes en octobre 1941 en raison des représailles de Châteaubriant, il n’est pas établi à ses yeux qu’il s’agisse d’une opération communiste. C’est naturellement ce que disent les Allemands, mais ils le disent systématiquement et ne font pas autorité sur le sujet.

L’objectif des attentats conduits à partir du mois d’août 1941, au-delà du fait que tous les PC d’Europe occupée recevaient du Komintern des ordres allant dans le sens d’une guerre des partisans, ne me semble pas avoir été de déclencher une guerre civile, qui était d’ores et déjà enclenchée, mais ne devint massive que plus tard du fait du STO, de l’apparition des maquis et de l’entrée en jeu de la Milice, mais d’embarrasser à la fois Vichy et les Allemands et de mettre fin à l’atmosphère de soumission apathique qui régnait en France. On peut considérer, à considérer les rapports de Jünger et le destin de von Stülpnagel que le premier objectif au moins fut atteint.

La désapprobation initiale de de Gaulle était non de principe, mais purement tactique et politique. De Gaulle tenait par principe à décourager toute action qu’il ne contrôlait pas lui-même : mais il ne pouvait que considérer comme utile l’existence d’une réaction nationale à l’occupation, d’où qu’elle vînt et quelles qu’en fussent les formes. A juste titre, car c’est l’existence même d’une force armée communiste toute faite et disponible au printemps 1943 qui donne son sens à la mission d’unification de Jean Moulin. Au moment de l’attentat de Nantes et des premières fusillades massives d’otages, De Gaulle n’était certes pas sur la position pseudo-compassionnelle et geignarde du Maréchal et de son entourage, et encore moins sur celle de représentants du patronat de choc comme Pucheu qui dès avant la guerre considéraient les militants communistes comme des criminels à exterminer.

Sur les rapports entre le PC, les nazis, de Gaulle, Vichy, et la bourgeoisie française, je ne saurais trop recommander les ouvrages d’ Annie Lacroix-Riz, qui donnent utilement un autre son de cloche par rapport aux historiens du consensus ou du dissensus de droite. Et aussi un autre ouvrage que je cite un peu plus haut, le plus palpitant sur ces sujets à mon avis : ‘De la chute à la libération de Paris’, (Nrf, 1965), par Emmanuel d’Astier, dans la série Les journées qui ont fait l’Histoire.

Malthusianisme

Sur la question de la science, de l’enseignement, de la certification des compétences socialement actives, et donc par rapport à l’article du Monde et  l’application à la sélection des étudiants vétérinaires : problème dérisoire mais dont l’examen permet de préciser les principes.

Le principe de base c’est qu’il n’y a aucune bonne raison de limiter la diffusion du savoir. Toute personne capable et désireuse de s’instruire doit voir sa demande satisfaite.

Les objections de type financier – ici le coût des études vétérinaires – sont peu convaincantes, tant l’acte d’enseigner remue peu de moyens et, pour se rapprocher des préoccupations modernes – pèse si peu en matière environnementale par rapport à nos autres activités.

Franchement, qu’est-ce que cela aurait coûté à la nation s’il y avait eu mille étudiants à Toulouse en 1970 plutôt que cinq cents, alors que l’école était visiblement dimensionnée pour encore beaucoup plus ?

J’y vois en réalité un effet de la corruption : les crédits d’équipement sont vertueux parce qu’ils vont à des entreprises amies des décideurs. Les crédits de fonctionnement, essentiellement des salaires, sont mal vus parce qu’ils n’occasionnent pas les mêmes retours.

Résultat : un malthusianisme appliqué au savoir qui produit l’effet déploré : pénurie de praticiens.

Et le paradoxe annexe des étudiants instruits mais qui n’exercent pas.

Ce qui ne serait pas un problème s’il n’y avait pas à l’origine une sélection malthusienne.

C’est seulement dans le cadre d’une sélection malthusienne de toutes façons désastreuse que se pose la question des critères de cette sélection. Il est certain que dans cette forme particulière de flux tendu, le nombre d’étudiants, calculé au plus juste quantitativement doit l’être aussi qualitativement.

Il est dommage que cela soit particulièrement difficile : comment détecter chez un lycéen de dix-sept ans celui qui sera un professionnel efficace dans un secteur dont il n’a, dans le cas général, aucune expérience ?

Si la diffusion du savoir se faisait à tous les vents, selon l’image républicaine de Larousse, les sujets instruits suivraient leurs destins divers et le principe de libre concurrence produirait les praticiens efficaces partout où ils seraient nécessaires. Les autres, ratés, mal orientés ou dilettantes feraient autre chose de leur vie sans que cela soucie. Il est clair au contraire que dans un système férocement malthusien comme celui que nous avons connu, où les entrées sont calculées au plus juste, voire délibérément en dessous, quelqu’un comme moi a pris la place d’un brave garçon moins bon en physique-chimie-dissertation mais qui aurait fait un bon véto.

Le problème s’aggrave quand les critères de sélection du concours sont orthogonaux par rapport aux qualités nécessaires à un praticien médical, ce qui est le cas chez les vétos et aussi les médecins avec l’impérialisme des mathématiques.

Et il n’y a pas que le problème des fausses vocations : il y a aussi tous les matheux effectivement devenus médecins mais qui ne savent pas observer et qui se jettent sur des modèles mathématiques au lieu de faire de la médecine. Ils sont le problème du moment.

Retour sur le livre ‘De l’Ecole’ de Jean-Claude Milner

Deux propositions essentielles :

– Qu’il y a un rapport entre la forme donnée à l’école (au sens large) et l’état politique de la société. Avec ce diagnostic dès 1983 : l’école massifiée conduit à la tyrannie.

Or nous y sommes.

– Que le clivage politique essentiel n’est pas l’opposition droite/gauche qui reste la mythologie véhiculée par les groupes dominants à travers les médias qu’ils contrôlent ( dont Le Monde est à ses yeux un des fleurons les plus avariés).

Or cela éclate en ce moment à nouveau, quoique pas du tout pour la première fois, avec le macronisme (droite ou gauche?) et ses souffre-douleurs : gilets jaunes (droite ou gauche?), puis promoteurs et contestataires du grand ré-ajustement en cours sous prétexte sanitaire : Laurent Alexandre : droite ou gauche ? Cohn-Bendit, Mario Draghi, Biden, le PC Chinois : droite ou gauche ? A l’opposé, Raoult et les autres scientifiques contestataires : droite ou gauche ?

Il est clair que nous avons changé de paradigme. Et cela fait d’ailleurs longtemps. A mon avis, la pertinence du clivage droite-gauche, ou conservatisme-progressisme disparaît avec la révolution bolchévique, et en France avec la création du parti communiste en 1922, qui, comme le disait Guy Mollet, n’était pas à gauche mais à l’Est. Dans l’empoignade des années 1936-1945 l’hitlérisme, l’impérialisme anglo-américain et le stalinisme sont tous trois des progressismes productivistes et scientistes. C’est le système qui arrive aujourd’hui à bout de souffle et pour cette raison même se radicalise à nouveau en dictatures à la fois semblables et ennemies. La contrainte était dans les années trente essentiellement le blé et le pétrole : ce sont désormais à peu près tous les facteurs de la vie.

Il reste donc pour chacun à se situer par rapport aux nouveaux enjeux. Tu remarqueras que Macron, Laurent Alexandre, Cohn-Bendit, Mario Draghi, Biden, le PC Chinois, sont compatibles et d’ailleurs solidaires. Leur crédo, c’est la domination garantie par la violence et les moyens de la violence qui découlent de l’innovation technique. Et j’ajoute le petit monde de l’industrie pharmaceutique qui se distingue en ce moment mais n’est pas différent du monde de la science et de la technique en général, une fois qu’il est unifié et commandé par la finance.

A l’opposé : l’humanisme pré-scientiste. C’est à dire ce qui commence à mourir avec la méthode expérimentale appliquée au vivant. La pratique qui caractérisera parmi toutes les autres notre civilisation aux yeux des civilisations ultérieures s’il y en a, ce sera la vivisection, comme pour nous les auto-da-fés typifient le Moyen-Age et l’esclavage le monde antique.

Pour moi, la vaccination de masse anti-covid n’est rien d’autre qu’une expérimentation animale : la plus grande jamais conduite dans l’histoire de l’humanité. A ceci près qu’elle est conduite sur l’animal humain. L’homme considéré et traité comme un animal : ce qui est probablement inévitable avec la raréfaction de la biomasse des autres espèces.

Déjà Hiroshima et Nagasaki n’étaient rien d’autre que des expériences scientifiques.

Choisis ton camp, camarade : pour moi c’est déjà fait.

Sur la question de la science, de l’enseignement, de la certification des compétences socialement actives, et donc par rapport à l’article du Monde et  l’application à la sélection des étudiants vétérinaires : problème dérisoire mais dont l’examen permet de préciser les principes.

Le principe de base c’est qu’il n’y a aucune bonne raison de limiter la diffusion du savoir. Toute personne capable et désireuse de s’instruire doit voir sa demande satisfaite.

Les objections de type financier – ici le coût des études vétérinaires – sont peu convaincantes, tant l’acte d’enseigner remue peu de moyens et, pour se rapprocher des préoccupations modernes – pèse si peu en matière environnementale par rapport à nos autres activités.

Franchement, qu’est-ce que cela aurait coûté à la nation s’il y avait eu mille étudiants à Toulouse en 1970 plutôt que cinq cents, alors que l’école était visiblement dimensionnée pour encore beaucoup plus ?

J’y vois en réalité un effet de la corruption : les crédits d’équipement sont vertueux parce qu’ils vont à des entreprises amies des décideurs. Les crédits de fonctionnement, essentiellement des salaires, sont mal vus parce qu’ils n’occasionnent pas les mêmes retours.

Résultat : un malthusianisme appliqué au savoir qui produit l’effet déploré : pénurie de praticiens.

Et le paradoxe annexe des étudiants instruits mais qui n’exercent pas.

Ce qui ne serait pas un problème s’il n’y avait pas à l’origine une sélection malthusienne.

C’est seulement dans le cadre d’une sélection malthusienne de toutes façons désastreuse que se pose la question des critères de cette sélection. Il est certain que dans cette forme particulière de flux tendu, le nombre d’étudiants, calculé au plus juste quantitativement doit l’être aussi qualitativement.

Il est dommage que cela soit particulièrement difficile : comment détecter chez un lycéen de dix-sept ans celui qui sera un professionnel efficace dans un secteur dont il n’a, dans le cas général, aucune expérience ?

Si la diffusion du savoir se faisait à tous les vents, selon l’image républicaine de Larousse, les sujets instruits suivraient leurs destins divers et le principe de libre concurrence produirait les praticiens efficaces partout où ils seraient nécessaires. Les autres, ratés, mal orientés ou dilettantes feraient autre chose de leur vie sans que cela soucie. Il est clair au contraire que dans un système férocement malthusien comme celui que nous avons connu, où les entrées sont calculées au plus juste, voire délibérément en dessous, quelqu’un comme moi a pris la place d’un brave garçon moins bon en physique-chimie-dissertation mais qui aurait fait un bon véto.

Le problème s’aggrave quand les critères de sélection du concours sont orthogonaux par rapport aux qualités nécessaires à un praticien médical, ce qui est le cas chez les vétos et aussi les médecins avec l’impérialisme des mathématiques.

Et il n’y a pas que le problème des fausses vocations : il y a aussi tous les matheux effectivement devenus médecins mais qui ne savent pas observer et qui se jettent sur des modèles mathématiques au lieu de faire de la médecine. Ils sont le problème du moment.

Supercontamination et politique sanitaire

Frédé,

Un article intéressant. Je l’ai copié-collé en texte ordinaire, mais en haut tu trouveras le lien pour voir l’original avec les courbes si tu veux approfondir. Ce qui est le plus à retenir est une chose que le professeur Toussaint avait signalée dès l’année dernière, et qui concerne les tests PCR, à savoir leur extraordinaire sensibilité, qui, défaut de leur qualité, devrait conduire à les écarter comme moyen principal ou même exclusif de police sanitaire. Car si la contamination par aérosol peut être effective avec le nombre ridiculement bas d’une centaine de virions reçus, le différentiel entre testés positifs, excrétant du virus, s’étale entre quelques unités virales par mm3 et 10 puissance 12 unités par mm3, soit douze millions de millions ! Il en résulte l’hypothèse que la transmission de la maladie serait assurée par le truchement soit d’un nombre réduit de contaminés symptomatiques ou non, mais très émetteurs, soit par un nombre plus élevé de contaminés, mais n’émettant de virus en grande quantité que sur une période très courte. Comme le masque ne limite pas ce genre de contamination et que les polices sanitaires, soit d’application universelle, soit fondées sur les tests PCR, ne distinguent pas entre les sujets en période contaminante et les autres, on comprend leur inefficacité. L’article donne comme politique à suivre l’identification rapide des supercontaminants : ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Il faudrait en réalité qu’elle soit instantanée. A noter que les sujets malades ne sont pas plus contaminants que les sujets contaminés mais asymptomatiques. Les deux groupes produisent les mêmes quantités moyennes de virions, avec les mêmes distributions statistiques, ce qui les distingue étant seulement le fait que les uns voient leur organisme propre affecté par l’invasion virale et les autres non. 

https://www.les-crises.fr/seuls-2-des-positifs-au-sars-cov-2-portent-90-du-virus-en-circulation/
3.juillet.2021 // Les Crises
Seuls 2 % des positifs au SARS-CoV-2 portent 90 % du virus en circulation
charge virale, Coronavirus, Covid-19
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Source : PNAS
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
Durant l’automne 2020 à l’Université du Colorado à Boulder, plus de 72 500 échantillons salivaires ont été testés pour le SARS-Cov-2 par qRT-PCR, dont 1 405 étaient positifs. Tous les échantillons ont été collectés sur des individus n’ayant pas signalé de symptôme associé à la Covid-19 le jour du prélèvement. La répartition des charges virales chez ces asymptomatiques est identique à ce qui avait précédemment été observé chez les personnes symptomatiques. Indépendamment de la présence ou pas de symptômes, environ 50 % des personnes testées positives semblent être dans des phases non contagieuses de la maladie, d’après leur charge virale basse. Seules 2 % des personnes portent 90 % des virions en circulation dans la population. Ils jouent le rôle de « super porteurs » de virus et potentiellement aussi de « super contaminateurs ».
L’une des raisons principales de la difficulté à contenir la propagation du SARS-Cov-2 est que les personnes asymptomatiques et présymptomatiques peuvent transmettre le virus. Ce qui rend nos données uniques, c’est qu’aucune personne positive au SARS-Cov2 ne présentait de symptôme au moment de la collecte de salive. Ils étaient donc infectés mais asymptomatiques ou présymptomatiques.
Résultats
Dépistage à l’Université du Colorado à Boulder
Nous avons analysé les résultats des tests réalisés à l’automne 2020 à l’Université du Colorado à Boulder. Les étudiants en résidence universitaire ont été testés chaque semaine et des sites de prélèvement salivaires étaient présents sur le campus pour tous les affiliés au campus qui souhaitaient être testés. Les participants devaient confirmer qu’ils ne présentaient pas de symptôme. Notons que les prélèvements ont été analysés avant que le variant « anglais » B.1.1.7 ne soit documenté aux États-Unis.
72 500 échantillons salivaires ont été testés pour le SARS-Cov-2 par qRT-PCR, la salive étant ajoutée sans purification de l’ARN. Les tests ciblaient 2 régions du génome, correspondant aux protéines E et N. Des courbes standards ont été créées pour convertir le nombre de cycles d’amplification Ct de chaque amorce de la PCR en charge virale dans l’échantillon de salive. 1 405 échantillons positifs au SARS-Cov2 ont été identifiés, la grande majorité provenant d’individus uniques parce qu’ils étaient ensuite redirigés vers les services de santé pour passer d’autres tests et recevoir des soins.
Le nombre de cycles Ct de la PCR pour chacune des 2 amorces apparaît sur la figure 1A. La répartition de la charge virale suit une loi log-normale centrée sur une moyenne de 21 millions de virions par millilitre pour les amorces correspondant à la protéine E, ou 5,9 millions de virions par millilitre pour les amorces correspondant à la protéine N. La médiane est de 1,1 million de virions par millilitre pour les amorces E et de 250 000 virions par millilitre pour les amorces N. La plus forte charge virale observée a dépassé les 6 100 milliards de virions par millilitre, ce qui n’a été observé que chez un individu. Il est remarquable que cette personne n’ait pas signalé de symptôme à notre site de test. La charge virale la plus basse détectée a été de 8 virions par millilitre. Les tests de surveillance montrent donc des variations extrêmes de charge virale chez les personnes infectées mais en apparente bonne santé (asymptomatiques).
[Note : Une modélisation de la transmission par aérosol estime qu’il suffit de recevoir une dose de l’ordre de 10 virions pour être contaminé. https://www.les-crises.fr/covid-19-nouvelle-application-de-recommandations-pour-limiter-la-transmission-du-virus-en-interieur/ ]
On s’attend à ce que des jeux d’amorces différents pour la qRT-PCR produisent des valeurs Ct légèrement différentes sur un même échantillon, à cause d’une efficacité différente des amorces et une erreur de manipulation avant la réaction. Nous avons trouvé une corrélation forte entre les amorces N et E dans les échantillons avec des nombres de cycles Ct inférieurs à 30, mais cette corrélation s’effondre dans les échantillons avec des valeurs plus hautes. Pour des faibles charges virales, il y a probablement une part aléatoire lors des premiers cycles. Les amorces E ayant démontré la plus grande conformité avec les autres jeux d’amorces, nous avons utilisé les valeurs Ct de ces amorces pour calculer les charges virales dans la salive.

Figure 1. Charge virale dans la salive de la population de notre campus. (A) Distributions mesurées dans 1 405 échantillons positifs à l’automne 2020. Chaque histogramme montre les cycles d’amplification Ct obtenus en utilisant des amorces [primers] ciblant le gène E ou N du SARS-Cov-2. Les amorces correspondantes sont nommées CU-E ou CU-N avec le préfixe CU pour Université du Colorado. Les axes horizontaux indiquent à la fois le nombre de cycles Ct et la charge virale correspondante calculée d’après la courbe standard de chaque jeu d’amorce. ND correspond à une charge virale sous le seuil de détection. (B) Les cycles d’amplification Ct correspondant aux 2 jeux d’amorces dans A sont étroitement corrélées, en particulier dans les échantillons avec une forte charge virale (Nombre de cycles d’amplification Ct inférieur à 30). PCC est le coefficient de corrélation. (C) Pour 105 échantillons de salive, nous avons utilisé 8 jeux différents d’amorces couramment utilisées pour le diagnostic du SARS-Cov-2. Ici la même analyse que dans B avec les amorces du CDC américain.
Les populations ont une répartition de la charge virale similaire, indépendamment de la présence ou pas de symptôme.
Nous avons ensuite comparé les charges virales des asymptomatiques de notre campus à des mesures similaires dans la salive de personnes avec des symptômes, d’après des données publiées d’études de patients hospitalisés (et donc symptomatiques). Après une recherche, nous avons trouvé 404 études rapportant les charges virales, parce que le nombre de cycles d’amplification Ct dépend du test utilisé et du laboratoire.
Notons que les prélèvements de notre campus ont probablement été faits plus tôt par rapport à l’infection que ceux qui ont été prélevés dans les hôpitaux principalement après l’apparition de symptômes. Néanmoins, la charge virale des asymptomatiques sur le campus (21 millions de virions par millilitre en moyenne, médiane de 1,1 million de virions par millilitre) était similaire à la charge virale dans la salive des patients avec des symptômes, qui suivait une loi log-normale de moyenne 21 millions de virions par millilitre (médiane de 940 000 virions par millilitre).
Nous avons tracé le cumul de la charge virale dans les deux populations (Figure 2B). Elle représente deux extrêmes : un groupe est principalement hospitalisé tandis que l’autre l’autre représente une population universitaire jeune et en bonne santé, mais infectée. Les individus ont une charge virale salivaire extrêmement similaire quel que soit leur état, symptomatique ou non. Cela a également été observé dans d’autres études de la charge virale dans des prélèvements nasopharyngés.

Figure 2. La répartition des charges virales est similaire dans les populations asymptomatiques et symptomatiques. (A) Histogramme des charges virales salivaires dans notre population asymptomatique du campus en bleu comparé au même histogramme des charges virales salivaires des personnes symptomatiques en rouge. (B) Fonctions de répartition empirique de la charge virale salivaire chez les personnes asymptomatiques en bleu et symptomatiques en rouge.
Un petit nombre d’individus porte la plupart des virions en circulation.
Nous avons ensuite analysé la répartition du virus au sein des populations en commençant par les individus avec les charges virales les plus élevées. Nous constatons que seulement 2 % des individus hébergent 90 % des virions en circulation (Figure 3). C’est le cas à la fois dans la population universitaire (asymptomatique) et dans les populations hospitalisées (symptomatiques).
En outre, 99 % des virions en circulation sont produits par seulement 10 % de la population asymptomatique et 14 % de la population symptomatique. Dans les populations asymptomatiques et symptomatiques, un seul individu présentant la charge virale salivaire la plus élevée portait plus de 5 % du total des virions en circulation. En revanche, tous les individus ayant une charge virale salivaire inférieure à 106 virions par mL réunis (environ 50 % des individus infectés) hébergent moins de 0,02 % des virions, dans les deux populations. La distribution des virus au sein des deux populations est hautement asymétrique, un petit nombre de personnes étant porteur de la grande majorité des virus. On ignore encore s’il s’agit d’individus particuliers capables d’héberger des charges virales extraordinairement élevées ou si de nombreux individus infectés passent par une période très brève de charge virale extrêmement élevée.
Des virions infectieux ont rarement été isolés à partir d’échantillons cliniques de personnes ayant une charge virale inférieure à 106 virions par mL. L’une des hypothèses est que les personnes ayant une charge virale aussi faible excrètent simplement du génome viral provenant de tissus endommagés en cours de réparation, et pour cette raison ils ne ne présenteraient pas de risque important de contaminer d’autres personnes. Avec ce raisonnement, nos distributions suggèrent qu’environ la moitié des personnes avec un test positif ne seraient peut-être pas contagieuses (Figure 3).

Figure 3. Un petit pourcentage d’individus sont des super-porteurs de virus. Les histogrammes présentés (axes y de droite) sont les mêmes que ceux de la figure 2. En partant de la gauche de chaque histogramme (c’est-à-dire les individus présentant les charges virales les plus élevées), nous avons calculé le pourcentage cumulé de virions totaux en fonction de la charge virale de la salive (lignes bleues et rouges, et axes y de gauche). Chez les populations asymptomatiques (ligne bleue) et symptomatiques (ligne rouge), la part de la population qui héberge 90 % et 99 % du virus en circulation est mise en évidence par les lignes pointillées. Nous indiquons à titre d’exemple la plage limite de détection des tests courants de diagnostic du SRAS-CoV-2 (qRT-PCR, test antigénique et RT-LAMP). Les tests permettent tous de détecter pratiquement tous les individus contagieux et les virions infectieux, tant dans les populations présymptomatiques que dans les populations symptomatiques.
Discussion
Bien que l’on ne sache pas encore exactement comment relier la probabilité de transmission à la charge virale, il est fort probable que les super-porteurs de virus soient également des super-propagateurs. Il a été démontré que des charges virales plus élevées augmentent la probabilité de transmission, en Chine, en Espagne et entre camarades de chambre sur notre campus universitaire. Un taux plus élevé de propagation par des super-porteurs viraux serait cohérent avec les récentes analyses de recherche de cas-contacts qui suggèrent que 80 à 90 % des infections seraient causées par 10 à 20 % des individus infectés. Un taux plus élevé de propagation par les super-porteurs pourrait s’expliquer par le fait que seule une petite fraction des personnes infectées aurait une charge virale suffisamment élevée pour faciliter une transmission active.
L’une des explications possibles des différences de charges virales entre les individus est que ceux-ci ont simplement été testés à des stades différents pour des infections similaires. Cependant, des analyses longitudinales d’infections individuelles montrent que les pics de charge virale varient considérablement entre les individus. L’explication la plus simple est donc que les individus produisent des niveaux différents de virus. Il reste à déterminer si cela est dû à une variation de la réponse immunitaire, à une variation de facteurs chez l’hôte favorisant la réplication du virus comme le récepteur ACE2, à un variant viral spécifique ou encore au lieu de contamination ou à la dose infectieuse.
La concentration d’une majorité du virus dans une petite fraction de la population à un moment donné est une observation critique qui peut permettre d’apporter des solutions concrètes. Le dépistage du public sera important pour identifier les super-porteurs du virus aux stades présymptomatique et asymptomatique de la maladie, car ces personnes continueront à soutenir et à alimenter l’épidémie si elles ne sont pas identifiées. La découverte des super-porteurs de virus aura un impact disproportionné sur la réduction des nouvelles infections par la Covid-19. Mais les personnes ne présentant pas de symptômes n’ont pas tendance à chercher à se faire dépister, de sorte que le dépistage devra cibler les populations saines. Les approches de modélisation montrent que l’un des facteurs les plus importants du dépistage du SRAS-CoV-2 sera la rapidité avec laquelle les personnes infectées recevront le résultat de leurs tests. Plus les gens attendent de recevoir leurs résultats, plus il le temps s’écoule et ils peuvent infecter d’autres personnes sans le vouloir. Il est donc impératif de trouver les super-porteurs de virus et de les informer de leur statut d’infection de manière rapide, facile et accessible. Bien que les limites de détection varient entre les tests de surveillance et de diagnostic, tous sont plus que capables de trouver la majorité des individus infectés et la grande majorité des virions en circulation (Figure 3).
Source : PNAS – 25-05-2021

Sur le COVID et ses vaccins, encore

Frédé,
Oui, c’est désormais une théorie admise : l’évolution des espèces n’est pas seulement mue par la dialectique de la mutation et de la sélection selon le schéma néo-darwinien classique, mais aussi par des contaminations virales. Raoult explique que, par exemple, l’apparition des mammifères placentaires découle d’une addition virale. De façon amusante, certains médecins médiatiques ont voulu rassurer le public sur les effets imprévus possibles des vaccins à ARN messager en niant l’existence de toute enzyme susceptible de retranscrire de l’ARN en ADN, alors que l’existence de cette enzyme est un fait établi et admis des savants. Elle s’appelle la transcriptase-inverse. Mieux instruits, ou moins culottés, les experts du consensus du type Institut Pasteur expliquent seulement que le risque est nul parce que l’ARN messager vaccinal ne serait pas prévu ni équipé pour pénêtrer dans le noyau cellulaire, son action de déclenchement de la synthèse d’anticorps anti-viral devant se produire dans des composants cytoplasmiques. En réalité, bien sûr, personne ne peut honnêtement prétendre être jamais sûr de rien dans un domaine où les découvertes les plus étonnantes sont le pain quotidien.

L’autre risque présenté par les virus à ARN-messager, car c’est un sujet d’inquiétude distinct, est souligné par Louis Fouché dans une de ses vidéos : le processus d’obtention de l’ARN-messager vaccinal comporte une étape de purification censée éliminer les multiples ARN-messagers engendrés par l’étape préalable qui l’engendre, un parmi d’autres, en faisant travailler les cultures cellulaires. Or un processus de purification n’étant jamais intégral, le produit vaccinal final contient en réalité une pluralité d’ARN-messagers tous susceptibles d’engendrer une production d’anticorps. Le risque de maladie auto-immune est évident.

Gauche et droite ?

Gauche, droite : c’est de la vieille pensée qui n’aide pas à comprendre. Cela avait un sens aux alentours de 1890 dans le cadre limité de la Troisième république française, où le débat portait sur des broutilles comme l’institution d’un impôt sur le revenu et la lutte contre l’influence des curés sur les moeurs paysannes. Mais déjà, gauche et droite étaient d’accord sur un projet essentiel : préparer la prochaine guerre contre l’Allemagne.

Le prétexte agité devant le peuple était l’Alsace-lorraine. La raison de fond était le partage des ressources naturelles et la domination des mers. En France, avant 1914, tout le monde était pour la guerre, après 1918, tout le monde était contre. Pas d’opposition droite-gauche : la France, théoriquement victorieuse mais frustrée de sa victoire et ruinée à tous points de vue, connaissait un consensus pour une politique de chien crevé au fil de l’eau, dominée par la corruption.

Il n’y avait en réalité plus que deux camps : le parti communiste d’un côté, tous les autres de l’autre. Car était venue la révolution bolchévique, qui avait vidé de sens l’opposition gauche-droite, pertinente quoique molle dans le cadre du consensus bourgeois, pour la remplacer par une opposition radicale entre systèmes de domination incompatibles : bureaucratie planificatrice et autoritaire mettant la politique au-dessus de l’économie ou lutte entre monopoles financiers et industriels dans une jungle économique dont les soubresauts déterminent la politique. C’est bien là que nous sommes encore : mais personne ne peut être plus à gauche qu’un ‘patron de gauche’. La gauche, c’est Bernard Arnaut lâchant une pincée de milliards pour restaurer Notre-Dame. La droite, c’est quand il fait mettre une plaque à l’entrée pour célébrer son mécénat, un guichet pour faire payer l’entrée, et une statue de Donald sur l’autel moyennant redevance.

La ‘gauche’, qui était le nom d’un projet précis en 1793, en réalité le projet républicain, n’a plus aucun contenu précis aujourd’hui, alors que s’est universalisé un système d’oligarchies mondialisées déguisées en républiques. Et surtout pas aux Etats-Unis, pays impérialiste en déclin où les grandes questions sont de politique militaire.

Je ne crois pas une seconde que Trump ait été pire que Biden. Il était juste mal vu des autres oligarques parce qu’il ne jouait pas le jeu hypocrite des autres milliardaires qui manipulent les institutions à prétexte démocratique. Il était inconvenant et présentait mal. Ceci mis à part, sa politique était indistincte de celles de Obama, Clinton et de la famille Bush. Ce qui lui est arrivé ressemble beaucoup à ce qui est arrivé, en mode mineur, parce que la France est un petit pays où tout est plus tiède, à Bernard Tapie. A vouloir devenir un oligarque à côté des autres, mais qui faisait ouvertement de la politique, il a fini en prison. Le seul vrai crime aujourd’hui, c’est d’oublier de mentir.

Sur le génie et sur la méthode

(Fragment de lettre à un ami sur la double hélice de Watson et Crick)

‘La Double Hélice’ est un livre de Watson lui-même, qui est, ai-je cru comprendre, un personnage très controversé. D’ailleurs, Watson ne dissimule pas, il exhibe au contraire son tempérament de dilettante et de franc-tireur. Il a un regard tout aussi désinvolte sur tout le monde et raconte, en exagérant même à l’occasion, tout ce qui n’est pas orthodoxe dans le comportement des uns et des autres. Il illustre en cela la maxime de Feyerabend : tout est permis !  La publication de son livre l’a d’ailleurs fâché avec tout le monde, sauf ceux qui le détestaient ou le méprisaient déjà.  Il faut lire pour commencer la recension que Chargaff fait du livre. Chargaff avait trouvé l’égalité quantitative des bases deux par deux, mais sans en déduire que du coup c’était parce qu’elles étaient structurellement appariées. Rosalind Franklin est morte trop tôt pour dire tout ce qu’elle pensait de lui. Il lui avait carrément volé la primeur sur la présentation et l’interprétation de ses photos : mais elle n’aurait sans doute jamais eu l’idée qui les ont rendues importantes.

Il faut savoir qu’à l’époque de son Nobel, Watson n’a pas trente ans, et un bagage scientifique incomparablement plus léger que tous les gens qui l’entourent et qui ont fait les percées majeures qui rendent possible la découverte de la structure de l’ADN. Il passe sa thèse pratiquement la même année où il obtient le Nobel ! Il n’est pas étonnant qu’après ça il soit un peu lancé dans le vide d’une vie où il n’a plus rien à démontrer, et qu’il ait été capable de divaguer. Pas de deuxième prix Nobel pour lui. Je ne crois pas qu’il ait fait grand-chose d’important ensuite : mais c’est pour cela que le cas est si révélateur de la structure des révolutions scientifiques. Le génie n’est pas une propriété des individus, mais un esprit qui plane au-dessus d’un milieu favorable et qui finit par se poser quelque part.

Pauling est le professeur de Watson aux USA et c’est lui qui l’envoie en Europe. Pauling est sur la piste de la même découverte. C’est lui qui a décrit pour la première fois une structure spirale pour une macromolécule organique, et il continue à chercher dans cette direction pour l’ADN. Son fils est l’ami de Watson, il est avec lui en Angleterre et l’information circule très librement entre les trois. Malgré cela, il y a compétition et Pauling se fait coiffer sur le poteau par l’équipe de Cambridge, parce que c’est Watson qui, sans vraiment se fatiguer, a l’idée géniale qui manquait et qui résout toutes les difficultés à la fois : les base sont à l’intérieur, pas à l’extérieur. Elles s’apparient entre bases différentes. Elles forment des couples : chaque couple comporte une grande base et une petite base, et c’est pour cela que tous les couples peuvent avoir la même dimension, et qu’elles peuvent être appariées à l’intérieur de la structure glucido-phosphorique. C’est très simple : comme souvent ce qui est génial.

Sur la haine du génie

Beaucoup s’énervent en raison de la pose sociale de Raoult, qui ose s’affranchir des idées dominantes ( en réalité seulement localement dominantes). On l’accuse donc d’orgueil. Et comme on pense que ses idées thérapeutiques sont une impasse on le traite de faux génie. Mais en réalité, si l’on voit des faux génies, c’est parce qu’on est dans la critique radicale de la notion de génie. Et je soupçonne que la raison pour laquelle on pense que la bithérapie ne marche pas, ce n’est pas en raison des études diverses et multiples sur le sujet (la messe n’est pas dite), mais c’est parce qu’on pense que Raoult ne peut pas avoir trouvé un remède efficace, parce que l’on pense que la science ne progresse jamais autrement que grâce aux efforts collectifs. On fonctionne en réalité à l’envers. L’ironie de l’affaire, c’est que la bi-thérapie attribuée en propre à Raoult n’est pas de son invention, et que son usage ne lui est pas propre si l’on considère la scène mondiale. Si elle était universellement reconnue, ce ne serait pas comme une production de son génie.

On fait une critique radicale de la notion de génie novateur en sciences et l’on défend la thèse dominante de la primauté du travail collectif. Je crois que le débat, s’il allait au fond des choses, devrait se centrer sur la validité du consensus en science, dont certains font la preuve ultime de véracité.  Moi, je préfère les gens qui s’affranchissent des préjugés et sortent du consensus. C’est un débat de fond, et il me semble que nier le rôle déterminant du génie individuel, souvent méconnu par son milieu scientifique d’origine, parfois persécuté, est historiquement indéfendable.

Personnellement, je ne crois pas au travail collectif, mais seulement au concert des esprits et à la construction de la découverte par idées suscitant des idées en passant d’une personne à l’autre : l’image est celle de la ligne de trois-quarts d’une équipe de rugby qui progresse vers l’essai en se passant la balle. Mais à chaque moment c’est un seul joueur qui porte la balle, et à la fin on sait qui marque l’essai. C’est toute l’équipe qui marque, si l’on veut, mais pas vraiment. Il y a un moment décisif qui n’appartient qu’à un seul.

Lorsque l’on parle de science, on met en avant l’ ‘équipe’, mais c’est pour glorifier une hiérarchie, et donc un contrôle par le haut, y compris sur les idées, qui n’existe pas dans l’équipe de rugby. Je préfère la notion de ‘milieu’. Les époques de productivité scientifique, littéraire, artistique, sont celles où il s’est constitué un milieu d’esprits indépendants qui communiquent entre eux.

Si l’on lit ‘la double hélice’ de James Watson, sur la découverte de la structure de l’ADN ? On voit à quel point les idées qui conduisent à la découverte majeure (changement de paradigme) sont nombreuses et sont dues à plusieurs dizaines de personnes différentes qui travaillent à des choses différentes à des endroits différents, mais qui sont en communication. Mais il y a un moment de la découverte finale, qui résulte d’une idée qu’a soudain James Watson sans laquelle toutes les autres réunies ne se seraient jamais composées en découverte majeure faisant changer de paradigme. Si bien que ce ne sont même pas à proprement parler Watson et Crick qui ont découvert la structure de l’ADN, mais Watson tout seul. Et en même temps, seul il n’aurait rien découvert du tout.

Watson n’aurait jamais rien découvert s’il n’avait pas reçu les idées de plusieurs dizaines de savants, depuis Schrödinger (le plus lointain) jusqu’à Wilkins (le plus proche), en passant par Pauling, Luria, Perutz, Kendrew, Franklin etc, et même, crucialement, son ennemi intime Erwin Chargaff.

L’idée clé de voûte surgit à un moment précis, le 15 mars 1953, et dans une cervelle précise. Crick dira : « Si James Watson avait été tué par une balle de tennis, je n’aurais jamais découvert tout seul la structure de l’ADN ». C’était une allusion au fait que Watson (le moins instruit de tous ceux qui avaient contribué à la découverte, le plus jeune et le plus désinvolte) passait trop de temps à jouer au tennis au lieu d’être au laboratoire. L’idée terminale et décisive était que les bases ne s’associaient pas, comme tout le monde présupposait C avec C, T avec T, A avec A etc.… Mais CG, TA, etc. , réalisant un système positif-négatif pour la duplication. Une fois de plus, la science avançait parce qu’un génie avait eu une idée évidente et géniale que personne d’autre n’avait eue avant lui. Le génie, c’était juste le mépris du consensus et du qu’en-dira-t-on. On est tenté de penser que la qualité majeure de Watson, c’était son ignorance et le fait qu’il n’était à Cambridge qu’un petit stagiaire américain d’ores et déjà réputé pour ses mauvaises manières et son manque de sérieux. C’est au moins l’image qu’il donne de lui-même dans son récit.