Sur le ‘terrorisme’ entre 1941 et 1945

22 juillet 1941 : l’Humanité publie pour la première fois un appel à l’union de toutes les forces résistantes depuis les gaullistes jusqu’aux communistes.

24 juillet 1941 : l’ouvrier parisien André Masseron est fusillé pour avoir manifesté son patriotisme et chanté la Marseillaise le 14 juillet précédent en réponse aux consignes du Parti communiste.

26 juillet 1941 : Albert Ouzoulias s’évade du Stalag 17 B à Krems. Il traverse l’Allemagne accroché sous un wagon. Il sera à Paris la semaine suivante, sera contacté par Danielle Casanova, et prendra bientôt sa place dans le Parti clandestin comme commissaire politique des premiers groupes de lutte armée.

27 juillet 1941 (dimanche) : les jeunes communistes du XVIIIème arrondissement manifestent au métro Château-Rouge contre la répression allemande, dont ils rendent Vichy responsable. André Masseron a été fusillé trois jours plus tôt. Ils crient “à bas la peine de mort”.

27 juillet 1941 (dimanche) ( ?) : le groupe Brustlein se réunit aux HBM Ranvier en présence de Georges Ghertman. Il est question d’action directe contre l’occupant.

2 août 1941 (samedi) : Albert Ouzoulias est de retour à Paris et prend contact avec Danielle Casanova. Il la rencontre à la Closerie des Lilas. Elle lui annonce qu’il a été choisi pour prendre la direction de la lutte armée. Dans les jours qui suivent, elle le présente à Arthur Dallidet et Eugène Hénaff au café Le François Coppée, près du métro Duroc. Il est dispensé de faire une biographie et nommé à la tête de la branche parisienne de l’organisation militaire des Jeunesses communistes. Il reçoit le titre de commissaire politique. Pierre Georges sera son adjoint avec le titre de commissaire militaire.

3 août 1941 : l’Humanité appelle à ‘tout faire pour rendre le pays intenable à l’envahisseur’. Elle reprend le projet de Front national pour l’indépendance de la France qui met le parti communiste sur une trajectoire de convergence avec le Conseil de défense de l’Empire fondé le 27 octobre 1940 par de Gaulle dans son discours de Brazzaville, mais qui est aussi une situation de rivalité. De Gaulle va rapidement obtenir la reconnaissance de l’Union soviétique, tout en repoussant la suggestion de recevoir Maurice Thorez à Londres, en dépit des amabilités communistes.

11 août 1941 : depuis Moscou, Thorez, Dimitrov et Marty intiment à Jacques Duclos l’ordre de constituer des groupes armés pour s’en prendre aux Allemands sur le territoire français.

12 août 1941 : Pétain lance un message : “Je sens souffler depuis quelques semaines un vent mauvais….”. Cette prise de parole du Maréchal accompagne l’annonce du remaniement ministériel auquel il a travaillé les semaines précédentes et qui aboutit alors en donnant lieu à une annonce publique. Pucheu et Darlan sont les principaux personnages mis en avant par l’événement. Pétain fait venir Darlan à la Défense nationale et Pucheu est confirmé à l’Intérieur qu’il a pris en main depuis le 17 juillet. Car il s’agit d’une reprise en main consistant à activer la lutte anticommuniste. Pour avoir fait dresser des listes de ‘communistes particulièrement dangereux’ et les avoir transmises aux Allemands, Pucheu portera la responsabilité d’avoir collaboré aux premières fusillades d’otages, même si la recension des victimes prouve que les Allemands ne s’en tinrent pas aux listes dressées par les Français. La venue de Pierre Pucheu au ministère de l’Intérieur est une satisfaction pour les Allemands qu’il a séduit par le brio avec lequel il a remis l’appareil productif français en marche et à leur service après l’armistice en tant que ministre de la Production industrielle. Son programme est de lutte à outrance contre le parti communiste dans l’intérêt du ‘nouvel ordre européen’. Otto Abetz écrit : « En raison de son activité politique antérieure et de ses expériences professionnelles dans l’industrie française, Pucheu apporte dans sa fonction de ministre de l’Intérieur une bonne connaissance des questions du travail, ce qui désormais pourrait être très utile, vu les consignes de sabotage données par Moscou contre la production française travaillant pour l’Allemagne. [….] Etant donné qu’il s’agit d’une personnalité qui peut disposer d’un contact avec les masses et qui déploie une grande énergie, on attend de lui un combat d’envergure pour déjouer les entreprises communistes en France. » Ce texte capital dit ce qui restait du pacte germano-soviétique d’août 1939 deux ans plus tard, et donne le bilan des contacts qui ont eu lieu à l’été de 1940 entre la direction parisienne du parti communiste et les autorités d’occupation. Il se révélera prophétique en octobre 1941 lorsque Pucheu guidera l’occupant dans sa désignation des otages à fusiller après les attentats de Nantes, Bordeaux et Rouen. Il aide à mieux fixer la chronologie de la collaboration vichysto-allemande dans la lutte contre le bolchévisme, et les limites temporelles de la parenthèse collaborationniste ou quasi-collaborationniste du Parti communiste français.

3 août 1941 (mercredi) : les cadres des Jeunesses communistes, Danielle Casanova, Camille Baynac, Pierre Georges, Albert Ouzoulias, André Leroy, Lucien Dorland, décident une nouvelle manifestation contre l’Occupant à Paris. On crie « à bas les Boches ». Mais la police, puis les Allemands, interviennent après seulement quelques dizaines de mètres. Poursuivi par un Allemand, Pierre Daix est sauvé par Gautherot, du groupe de protection, qui est lui-même blessé et arrêté. Il réussit à s’échapper et trouve refuge, grâce à son ami Christian Rizo, dans une famille juive de la rue d’Angoulême. Samuel Tyszelman et Georges Ghertman sont poursuivis après avoir prêté main-forte à d’autres manifestants devant le Théâtre de la Porte Saint-Martin. Tyszelman est arrêté dans un immeuble où il avait trouvé refuge au coin de la rue Taylor et de la rue du Château d’eau. Ces événements restent largement ignorés du public. Dans le silence de la presse, la rumeur filtre seulement d’ ‘échauffourées entre patriotes et Allemands au carrefour Strasbourg-Saint-Denis’.

14 août 1941 : la loi du 14 août 1941 prévoit la peine de mort pour activité communiste ou anarchiste, sans possibilité d’appel et avec rétroactivité. Elle sera presque immédiatement appliquée après l’attentat inaugural de Barbès la semaine suivante.

16 août 1941 : l’amiral Bard estimant que les groupes armés communistes n’étaient pas militairement puissants, et désirant les criminaliser, décida d’abord de confier leur répression à la Police judiciaire. Celle-ci se dota d’une structure vouée à la répression anticommuniste, une brigade spéciale qu’il plaça sous les ordres du commissaire Veber, assisté de l’inspecteur-principal-adjoint Savary pour les affaires de sabotage. Après les nominations de mai, le dispositif entrait en concurrence avec les sections politiques de la police municipale confiée à Hennequin, et aussi avec la BR1 anticommuniste des Renseignements généraux, à la tête de laquelle il plaça les commissaires Rottée et David, avec pour programme de « briser l’activité communiste pendant que nous bénéficions de l’aide allemande ». Après le cafouillage autour du démantèlement du labo de l’avenue Debidour à la fin de l’année, la répression du terrorisme sera retirée à la Police judiciaire, et l’on créera une BR2 antiterroriste aux Renseignements généraux.

19 août 1941 : Jacques Duclos répond au télégramme du 11 août 1941 lui demandant d’organiser des groupes armés. Il annonce avoir obtenu ses premiers résultats dans ce sens.

19 août 1941 (?) : Pierre Daix reçoit l’annonce anticipée d’un attentat spectaculaire à Paris.

19 août 1941 (mardi) : à Paris, les autorités d’occupation allemandes diffusent une affiche annonçant l’exécution de Szmul Tyszelman et Henri Gautherot, arrêtés lors de la manifestation du 13 et condamnés à mort, Gautherot pour violence envers un soldat allemand, et Tyszelman à titre d’exemple et parce qu’il est Juif. Ils auraient été fusillés la nuit précédente, mais peut-être aussi dès le 16 ou le 17, attachés à un arbre à la Vallée aux Loups, dans les Bois de Verrière. Trois autres manifestants seront également fusillés le 24 août.

20 août 1941 (mercredi) : en réponse à l’agitation qu’ils qualifient de ‘judéo-bolchévique’, les Allemands aidés de la police française organisent une grande rafle de 4000 juifs dans le 11ème arrondissement. Il s’agit plus précisément d’une réponse à la manifestation du 13, mais en relation directe avec la teneur des conversations du 18 août entre Hitler et Goebbels. Une plaque apposée sur les murs du gymnase Japy, où les victimes furent rassemblées, commémore l’événement.

21 août 1941 (jeudi) : obéissant à une consigne non assumée officiellement du Parti communiste clandestin, Pierre Georges assisté de Gilbert Brustlein abat l’aspirant de marine Alfons Moser au métro Barbès. Albert Gueusquin est également présent. Selon une version des faits, il serait venu de sa propre initiative et aurait été renvoyé par Georges avant l’action. Selon le témoignage de Gilbert Brustlein, sa présence était prévue et il serait resté sur le quai en observation, tandis que ce serait Zalkinov qui serait venu de sa propre initiative, mais aurait été renvoyé. Dans une autre version encore, mais probablement erronée, le commando aurait été composé de Georges, Brustlein, Gueusquin, et aussi Bourdarias.Selon Valérie Antelmi, on trouve la trace de cet événement aux Archives historiques de la ville de Paris, 18 Bd Sérurier, 75019, Paris. Mo Porte des Lilas, tél. 0153724123, dans le Fonds de l’Inspection générale et du contrôle administratif et financier, cote 10331/56/1 article 33 : Notification d’incidents et d’attentats (1940-1944), et également dans le Fonds du cabinet du Préfet, dit Fonds Barroux, désormais Fonds Perotin 1011/44/1 Article 19. L’attentat est réputé avoir eu un grand retentissement dans Paris et au dehors de Paris, y compris internationalement : mais ce point demanderait à être étudié de façon détaillée. Il est sans doute significatif qu’il trouve écho, quoique de façon déformée, dans le journal de Julien Green, écrit dans son exil américain. On doit tenir compte aussi de l’évaluation d’Emmanuel d’Astier dans son ouvrage ‘De la chute à la libération de Paris’, (Nrf, 1965), ouvrage très synthétique dans sa recension des événements marquants de la guerre, et qui le signale comme tel. Mais c’est encore davantage par la suite que Barbès a pu apparaître comme annonçant le tournant à venir, et comme donnant son caractère particulier au nouveau cours du parti communiste, alors que sur le moment l’effet de ‘coup de tonnerre’ décrit par les historiens pourrait être au moins en partie de l’ordre des illusions rétrospectives. Le témoignage de Maroussia Naïtchenko est révélateur (Une jeune-fille en guerre, Imago, 2003), qui montre que, elle-même militante communiste et proche des milieux de l’Organisation spéciale, mais cachée en province au moment des faits, elle n’en a pas non plus entendu parler, et que ses camarades, militants communistes eux-mêmes actifs dans la résistance parisienne n’avaient pas jugé essentiel de l’en informer alors même qu’ils commentaient l’exécution contemporaine et fortement connexe de Samuel Tyszelman ! Il se pourrait que dans ce cas, il se soit agi d’une consigne de discrétion venue du parti lui-même, puisque l’attentat ne fut ni revendiqué ni relaté dans la presse clandestine : si bien que contrairement à d’Astier, personnellement impliqué et qui s’est fait ensuite un historien précis de la résistance intérieure, de Gaulle n’en parle pas du tout dans ses mémoires, faisant commencer la résistance communiste six mois plus tard. On peut être tenté de se dire qu’il pourrait s’agir de sa part d’un parti-pris politique, mais ce n’est probablement pas le cas : n’étant ni annoncé, ni revendiqué, ni commenté par le parti, Barbès n’existe pas comme déclaration de guerre ouverte du parti communiste à l’Allemagne nazie. Plus neutre à la fois que de Gaulle et que Maroussia Naïtchenko, Galtier-Boissière ne mentionne pas non plus l’attentat dans son journal, mais seulement l’annonce des représailles faite par Schaumburg par la presse et par voie d’affiche deux jours plus tard. Car il est certain en revanche que les Allemands avaient reçu le message, et après Barbès et la série d’attentats de l’Organisation spéciale qui lui firent suite, rompant avec leur stratégie antérieure d’étouffement des affaires de ce type, les Allemands furent obligés d’en faire état et de prendre des mesures répressives. C’était sans doute le but recherché. Après Barbès Galtier-Boissière note comme « les murs de Paris sont couverts d’affiches officielles » : et c’est d’abord cette forme que prend le changement de l’atmosphère d’occupation allemande. C’est ainsi que la plupart des Français eurent sur le moment connaissance que la guerre reprenait.

22 août 1941 : la réaction allemande est immédiate à la suite de l’attentat du 21 août, puisque Otto von Stülpnagel édicte que toute personne détenue par les Allemands sera désormais considérée comme otage. Un avis paraît sous la signature du général Schaumburg, qui sera repris par la presse le 23 : « Le 21 août au matin, un membre de l’armée allemande a été victime d’un attentat à Paris. En conséquence j’ordonne : 1. A partir du 23 août tous les français mis en état d’arrestation, quel que ce soit (sic) par les autorités allemandes en France, ou qui sont arrêtés pour celles-ci sont considérés comme otages. 2. En cas d’un nouvel acte, un nombre d’otages correspondant à la gravité de l’acte criminel sera fusillé. » Schaumburg ne menace pas vainement : on estime qu’il y aura cinq-cents otages fusillés entre septembre 1941 et novembre 1942, après quoi la répression s’emballera pour atteindre un chiffre qu’il faudra du temps pour établir avec quelque certitude après la guerre – le parti communiste se décernera lui-même le titre de ‘parti des cent-mille fusillés’ – , mais qui ne peut être inférieur à plusieurs dizaines de milliers. Avec la décision du 23 août, une première doctrine répressive est immédiatement formulée : et le fait qu’elle le soit si promptement, et par l’adjoint de Stülpnagel, absent de Paris au moment des faits, donne à penser que Schaumburg s’est simplement conformé aux procédures traditionnelles de l’armée. La réflexion relative à une politique répressive adaptée aux circonstances telle que Jünger la relate ne viendra que plus tard. Par ailleurs, d’autres instances que l’armée allemande réagissent à l’événement. Ainsi le SS Boemelburg rencontre-t-il de Brinon et il lui signifie que la Kriegsmarine exige l’exécution de six otages. La diligence de Vichy, encouragé à sévir contre les organisations clandestines communistes, est extrême, au point que les attentats peuvent être considérés comme l’occasion impatiemment attendue pour déchaîner une répression décidée à l’avance. A Vichy, le conseil des ministres est en grande partie consacré à la répression des menées communistes, qu’il promet rapide et sévère. Pucheu réagit à la demande allemande en annonçant la création prochaine de la Section spéciale de la cour d’appel de Paris, qui avait en réalité été décidée dès avant l’attentat, et la traduction immédiate devant cette cour de six dirigeants communistes internés. On imagine que Pucheu a d’ores et déjà dans le viseur Sampaix, Catelas et Péri, qui seront exécutés par la suite, mais ce seront d’abord des militants ordinaires, André Bréchet, Emile Bastard et Abraham Trezbucki, qui tomberont victimes de la répression, ainsi que le gaulliste Honoré d’Estienne d’Orves, pris dans une mission de renseignement. Emmanuel d’Astier décrit le choc dans Paris à l’apparition des affiches annonçant les représailles, et les discussions qui en découlèrent, et qui n’ont pas cessé depuis, sur la légitimité d’une telle stratégie. Sur le moment, en revanche, hormis la publication obligée de l’annonce du général Schaumburg, la presse fait peu de cas de l’attentat de Barbès, le journal ‘Le Matin’ insistant en revanche sur la lutte contre les sabotages ferroviaires. Il cite Berthelot, secrétaire d’Etat aux communications : ‘Nos souffrances sont la rançon de la défaite dont les communistes sont responsables’. Il est clair que les collaborateurs les plus résolus, au gouvernement aussi bien que dans son opposition parisienne comptent bien faire un usage politique de l’événement, et activer la répression. Mais l’entrée en guerre du Parti, avec sa masse militante, change instantanément la dimension de ce que recouvre depuis le 18 juin 1940 le mot de ‘résistance’. «La décision est politique : abandonnant l’attentisme et le neutralisme que leur recommandait Moscou, reprenant le rituel du nationalisme, la Direction invite à ouvrir le feu, à entamer la bataille de harcèlement et de destruction. Sans compter les représailles, cherchant l’âme dans le sang, elle misera sur les héros et les martyrs pour réveiller la masse », conclut Emmanuel d’Astier, démentant l’accusation habituelle d’alignement servile de la politique du parti communiste sur les injonctions de l’Internationale.

25 août 1941 : deux soldats de la Luftwaffe sont tués près de Lille. Après la région parisienne, le Nord sera la région de résistance communiste la plus active dans la phase initiale des attentats individuels ultra-minoritaires. Jean-Claude Boursier fait remarquer que Jacques Duclos ne devait jamais commanditer d’attentat en zone non-occupée, qui sera en revanche une terre d’élection pour les maquis dans une phase ultérieure.

25 août 1941 : discours de Pucheu promettant la sévérité dans la répression des attentats communistes, repris dans Le Matin du 25 août. Il ne mentionne que les sabotages ferroviaires, mais sans doute réagit-il aussi au fait que le bouche à oreille a porté l’attentat de Barbès et sa réplique du métro Bastille à la connaissance du public. Par son activité répressive, Pucheu se rend agréable aux autorités occupantes, qui sont cependant gênées de le voir occuper toute la place dans ce rôle avec son projet de parti unique de la collaboration. Abetz résume : «Ce front unique tomberait très bien du point de vue de la lutte contre la terreur communiste. Mais il nous priverait à terme de la possibilité de manipuler les uns contre les autres les divers groupes politiques français et d’exercer une pression appropriée sur le gouvernement de Vichy en cas de besoin. » Il convient d’observer que de telles considérations avaient peu de poids aux yeux d’hommes comme Keitel et Goering qui ne collaboraient pas, et entendaient imposer l’ordre allemand par la terreur plutôt que par la manipulation.

26 août 1941 : Julien Green rapporte la rumeur relatant de façon très déformée l’attentat de Barbès cinq jours plus tôt : « Appris que mercredi ou jeudi dernier, à Paris, un colonel allemand a été poignardé dans le métro. Pour venger ce militaire, on a arrêté des milliers de personnes innocentes qui seront gardées comme otages ».

27 août 1941 (mercredi) : attentat contre Laval et Déat à Versailles lors de la cérémonie de départ de la Légion des volontaires français pour le front russe. Le tireur, Paul Collette, dit avoir agi par motivation anti-collaborationniste purement individuelle. Il a des opinions d’extrême-droite et n’appartient à aucune organisation de résistance. La presse parisienne indique qu’il a appartenu au PSF ou à l’Action française, mais Vichy rectifie et affirme qu’il ne peut être que communiste. Laval est assez gravement blessé. A Londres, John Colville note la satisfaction générale dans l’entourage de Churchill ( ‘at last a Charlotte Corday !’). En revanche, l’attentat de Barbès est passé inaperçu.

27 août 1941 : la première affiche rouge apparaît sur les murs de Paris. ‘Roger-Henri Nogarède de Paris, Alfred Ottino de Saint-Ouen, André Sigonney de Drancy, Raymond Justice de Drancy, Jean-Louis Rapin de Pavillons-sous-Bois ont été fusillés ce jour pour aide aux menées communistes contre les forces d’occupation allemandes.’ Il n’est pas fait mention des actes qui ont véritablement motivé ces exécutions.

27 août 1941 : sur instructions spécifiques de Darlan, Pucheu et Barthélémy, ministre de la Justice de Vichy, trois communistes, André Bréchet, Emile Bastard, Abraham Trezbucki, sont condamnés à mort par la Section spéciale de la cour d’appel de Paris. Lucien Sampaix, ancien directeur de l’Humanité, jugé par la même instance parmi d’autres communistes, est seulement condamné aux travaux forcés à perpétuité contre les ordres explicites du gouvernement. Mais il sera désigné comme otage et fusillé avec Gabriel Péri et 95 autres otages communistes le 15 décembre 1941.

4 septembre 1941 (jeudi) : Marcel Gitton est assassiné par Fosco Focardi, Marcel Cretagne, Emile Bevernage assistés exceptionnellement de Pierre Georges. Cette action marque la naissance du détachement Valmy. Exclusivement composé d’adultes, à la différence du groupe Frédo initial, ce groupe recentre les opérations sur la lutte contre la Collaboration. Le détachement est directement placé sous les ordres du triangle de direction Duclos-Frachon-Tillon, et sans rapport direct avec les FTP. Il est dirigé par Fosco Focardi, qui a été recruté pour cette tâche par Arthur Dallidet, assisté de Robert Dubois pour sa partie parisienne, et par Pierre Georges, replié à Clerval dans le Doubs au printemps 1942 pour sa partie maquisarde et provinciale. Le groupe Valmy parisien mène la guerre civile du Parti en s’en prenant à des cibles politiques en vue ou stratégiques: collaborateurs notables comme Benoist-Méchin, Cousteau, Doriot, Ferdonnet, renégats ou exclus du Parti comme Barbé, Gitton et Clamamus. Il fait aussi la police de l’organisation en éliminant les militants soupçonnés de trahison, parfois à tort comme dans l’affaire Georges Déziré, ou convaincus d’avoir voulu s’écarter de l’organisation. Dans un second temps, le Valmy mènera la guerre contre les policiers français qui traquent les résistants – les chiens enragés.

6 septembre 1941 : trois otages sont fusillés en représailles pour l’attentat du 3 boulevard de Strasbourg. C’est une retombée de la nouvelle politique d’extermination des Juifs et des communistes inaugurée à l’Est. Mais Hitler condamne la mollesse de la répression. A l’instar des pratiques inaugurées en Serbie où des milliers d’exécutions ont eu lieu en juillet il préconise l’exécution de cent otages par Allemand tué, ce qui cause de l’embarras du côté de Von Stülpnagel, convaincu que des excès répressifs rendront seulement l’occupation plus difficile pour l’armée et moins profitable pour l’Allemagne.

11 septembre 1941 : L’Humanité signale l’arrestation de Marcel Cachin par la Gestapo. C’est Gitton qui a organisé son enlèvement en collaboration avec les nazis : et il le paiera bientôt de sa vie. En échange de la libération de Cachin, Boemelburg exigera une déclaration condamnant les attentats. Libération et déclaration auront lieu six semaines plus tard dans des circonstances mal connues. Il convient d’observer que Boemelburg, appartenant à la SS et présent à Paris comme adjoint de Knochen, travaille sous le contrôle direct de Heydrich, et indépendamment des autorités militaires représentées par von Stülpnagel.

16 septembre 1941 : Hitler déjeune avec Himmler et Otto Abetz. Abetz propose de déporter les Juifs français en Union soviétique. Himmler approuve et promet sa collaboration. A Paris, Heydrich conduira sa politique parallèle de persécution violente, avec en particulier la destruction des synagogues parisiennes dans la nuit du 2 au 3 novembre par une équipe de truands et de militants des groupes antisémites français.

16 septembre 1941 : le maréchal Keitel, commandant en chef des armées allemandes, signe une ordonnance secrète analysant le risque de subversion communiste dans l’ensemble des territoires occupés. Il préconise l’usage de la terreur pour étouffer dès ses débuts toute révolte. Pour tout soldat allemand tué, entre cinquante et cent communistes doivent être exécutés. En raison de l’analyse nazie de l’adversaire, réputé ‘judéo-bolchévique’, cette politique de représailles est indissociable des pratiques exterminatrices en cours d’établissement à l’Est. “En France, en novembre, les autorités militaires se mirent à arrêter avant tout les Juifs et les communistes, au lieu de fusiller des otages”, écrit Peter Longerich.

19 septembre 1941 : à Paris, Otto von Stülpnagel déclare estimer ne pas avoir affaire à une résistance patriotique mais à une subversion judéo-bolchévique, et cible en conséquence sa politique de représailles. Il édicte que tous les Français arrêtés pour activité communiste ou anarchiste devra être maintenu en détention administrative à l’issue de sa peine et considéré comme otage.

29 septembre 1941 : on annonce l’exécution du député communiste Jean Catelas et de vingt résistants communistes dans le Nord. Catelas n’est pas fusillé mais guillotiné à la suite d’une condamnation à mort par la justice française.

12 octobre 1941 : les Allemands viennent au camp de Châteaubriant et font regrouper 19 internés communistes dans une baraque spéciale, que les détenus prennent l’habitude de désigner comme ‘la baraque des otages’. Parmi eux, les cadres politiques ou syndicaux Timbaud, Michels, Ténine, Grandel, Gardette, qui seront fusillés après l’attentat de Nantes.

13 octobre 1941 (lundi) : Brustlein, Guisco et Bourdarias partent pour Nantes en ‘opération brûlot’. Afin de relancer la lutte armée qui s’essouffle, le Comité militaire national du Parti communiste a conçu cette nouvelle tactique : un groupe parisien formé par amalgame de combattants jeunes encadrés par un ancien va perpétrer une action d’éclat en province avec le soutien des militants locaux. Il s’agit d’exécuter des officiers allemands les plus gradés possible et d’effectuer des sabotages ferroviaires. Dans ce cadre, Pierre Georges envoie à Nantes un commando mixte composé de Gilbert Brustlein et Marcel Bourdarias, pilotés par un adulte : Spartaco Guisco.

20 octobre 1941 (lundi) : à Nantes, le Feldkommandant Hotz est exécuté par Gilbert Brustlein. Il est le quatrième Allemand tué par des attentats individuels depuis le début de la lutte armée lancée par le Parti communiste au mois d’août 41.

21 octobre 1941 : agissant à titre personnel, Otto von Stülpnagel demande à Ernst Jünger de rédiger une relation détaillée, heure par heure, du traitement qu’il donne à la question des otages, et en particulier de ses échanges avec Hitler visant selon lui ‘à limiter la répression des attentats de Nantes et de Bordeaux’. Hitler a réclamé cent cinquante exécutions. Otto von Stülpnagel fait afficher l’annonce des cinquante premières, auquel il a fait procéder rapidement pour pouvoir plaider auprès d’Hitler que l’affaire est réglée. Il en promet cinquante de plus si les auteurs de l’attentat de Nantes ne se dénoncent pas, et il entre en discussion avec les autorités de Vichy pour choisir les prochains otages à fusiller. En même temps, il négocie avec Hitler pour limiter les fusillades à ce niveau. Ses préoccupations ne sont pas humanitaires mais tactiques : “Il est nécessaire d’agir avec mesure, eu égard au potentiel productif. Les industries fourniront d’autant plus que les choses iront sans accrocs dans ce pays. Etant donné le tour imprévu que prend la campagne à l’est, c’est de la plus haute importance”, lui fait dire Ernst Jünger.

23 octobre 1941 (jeudi) : dans une allocution à la BBC, le général de Gaulle parle des attentats de Nantes et de Bordeaux. Il rend hommage au courage de leurs auteurs, mais donne la consigne de cesser les actions de ce type en raison des représailles. Il préconise pour la résistance intérieure une tactique attentiste qui sera maintenue jusqu’au débarquement de Normandie. Mais après les fusillades d’otages il observera en privé : “C’est dans ce sang que se noiera la Collaboration”, et comme préalable à l’unification de la résistance intérieure par Jean Moulin au printemps 1943, il finira par consentir à des actions de guérilla gaullistes comparables à celles menées par le Parti communiste depuis l’origine. Cependant, l’essentiel des actions de lutte armée non-communistes, en raison du retard pris, du défaut d’armement et d’expérience, se révéleront inefficaces et coûteuses en vies humaines lorsqu’elles seront déclenchées après le six juin 44.

23 octobre 1941 : le jour même des fusillades de Nantes, l’amiral Darlan, passant ces représailles sous silence, souligne le caractère abominable de l’acte commis contre le représentant d’une occupation ‘lourde mais correcte’. Il y voit la main de ‘puissances étrangères qui cherchent dans leur seul intérêt une aggravation des relations entre les troupes d’occupation et la population française’. Le maréchal Pétain pour sa part centre son message sur le sort des otages, mais suit par ailleurs la même ligne que son ministre dans un autre style : “Aidez la justice. Un coupable retrouvé et cent Français sont épargnés. Je vous jette ce cri d’une voix brisée : Ne laissez plus faire de mal à la France.”

26 octobre 1941 : promulgation de la Charte du travail par l’ancien syndicaliste Belin, devenu ministre de Pétain. En contradiction avec le projet corporatiste de Vichy, le parti communiste fait de la lutte syndicale son approche principale de la résistance nationale à l’occupant. Le sabotage pour les ouvriers et le refus de livrer pour les paysans sont envisagés comme les deux moyens d’action principaux. C’est par ce biais que l’action de masse entrera en communication avec celle des groupes armés, mais celle-ci ne fait l’objet que de mentions vagues, et aucune stratégie d’ensemble n’est définie.

Fin octobre 1941 : atterrée par le contre-coup des fusillades d’otages et intimidée par l’émotion et la désapprobation populaire, la direction du parti communiste s’abstient de revendiquer les opérations brûlots. Elle laisse courir dans ses propres rangs la rumeur selon laquelle les attentats sont des provocations nazies. La presse clandestine affirme : “Les attentats de Nantes et de Paris sont signés Hitler et Pétain”.

31 octobre 1941 : exécution du policier Orset, de la brigade spéciale du commissariat de Clichy, spécialisé dans l’infiltration des milieux communistes et syndicalistes. Il est attiré dans un guet-apens sur le pont d’Asnières à Clichy et il reçoit une balle dans le poumon. C’est la première fois que la gauche ouvrière exerce des représailles directes contre les forces répressives. Il s’agit d’une action spontanée, ne résultant pas d’une consigne venue du sommet.

2 novembre 1941 : Marcel Delgay, de la Sûreté, chargé par Pucheu de coordonner l’enquête sur l’attentat de Nantes, est informé de la participation probable de Gilbert Brustlein. Muni d’une photo du suspect, il en obtient l’identification par Mme Huau, la restauratrice de la rue Paul Bellamy, à Nantes, où Brustlein déjeunait avec Bourdarias. Ces éléments ne sont pas communiqués au public, mais la presse fait état de la dénonciation et de sa récompense. Aux Allemands, Pucheu devait déclarer que « les responsables cachés de l’attentat de Nantes avaient été découverts et arrêtés par la police française. Il s’agissait d’une organisation de terroristes composée en majeure partie de communistes et ayant à sa tête un juif. L’assassin du Feldkommandant de Nantes, un jeune Alsacien, avait fui une heure avant d’être arrêté par la police ».

25 octobre 1941 : le journal Le Matin annonce un sursis jusqu’au 27 à l’exécution du ‘groupe complémentaire’ d’otages. Il parle d’un ‘geste magnanime du chancelier Hitler’. Jacques Benoist-Méchin défend l’idée que si les terroristes ne veulent pas être considérés comme des lâches, ils doivent se livrer pour épargner la vie des innocents. Faute de quoi ils mériteraient ‘le mépris le plus total’. Le journal La Croix annonce que des indicateurs ont renseigné la police sur les auteurs et que renonçant à toute récompense pécuniaire, ils ont été récompensés par la libération de parents prisonniers. Dans Je suis partout, Brasillach réclame que l’on fusille les chefs communistes emprisonnés. Paris-Soir note l’affluence de la population nantaise aux funérailles du commandant Hotz. Plus cynique, Abetz déclara ne pas croire à la sincérité de l’émotion maréchalesque, étant donné que « la majorité des otages sont des communistes et qu’avec eux disparaissent des éléments indésirables aux yeux du gouvernement. »

28 novembre 1941 (vendredi) : le lendemain de l’avertissement de Schaumburg à la population parisienne, Conrado Miret-Musté chapeautant des combattants de la MOI et de l’Organisation spéciale, désormais réunis dans l’Organisation spéciale unifiée attaque l’ ‘Hôtel du Midi’, un hôtel de passe fréquenté par les soldats allemands au 43 rue Championnet dans le 18ème. Frédo n’est pas impliqué. Trois Allemands sont tués et cinq blessés. Quatre prostituées françaises sont également victimes de cette action. Avec l’attaque de la librairie ‘Rive gauche’ la semaine précédente, c’est la plus grosse opération depuis Nantes. Charles Tillon la cite comme une date dans l’histoire de la résistance. Il la considère, avec celle du 2 décembre boulevard Magenta, comme la cause de la série de représailles dont feront partie les exécutions de Gabriel Péri et Lucien Sampaix parmi 95 otages communistes le 15 décembre 1941. C’est également une des rares actions de la résistance intérieure que de Gaulle cite nommément dans ses mémoires de guerre. Elle fut le début de la prise de conscience par l’opinion de l’époque qu’il faudrait désormais compter avec un terrorisme anti-allemand. Aux yeux des Allemands, c’est une véritable provocation un mois après les fusillades de Nantes, Châteaubriant et Souges. Dans un premier temps, von Stülpnagel impose un couvre-feu à 17 heures trente à Montmartre.

Mon commentaire : la guerre civile franco-française était un fait dès avant le début de la campagne d’exécutions lancée par le PC à l’encontre des forces allemandes et de leurs collaborateurs, et ce n’était pas le PC qui l’avait commencée, mais la bourgeoisie française. Le PC avait été interdit dès septembre 1939 et les députés communistes illégalement déchus de leurs mandats et déportés en Algérie. D’ailleurs, la seconde guerre mondiale peut être vue comme la coalescence de guerres civiles nationales qui lui préexistent dans tous les pays d’Europe continentale. La plus notable est bien entendu la guerre d’Espagne. Pour mon oncle Pierre Georges, colonel Fabien, c’est par l’engagement espagnol que commence sa vie de résistant, ou si l’on veut de ‘terroriste’, puisque c’est par ce terme que la police française désigne dès 1938 les anciens des Brigades internationales, d’un commun accord avec la Gestapo, autorisée par les gouvernements Daladier-Reynaud à opérer sur le territoire français dès cette époque. Après la défaite et l’occupation, la guerre civile n’a fait que se poursuivre, avec une montée en régime continue jusqu’à des affrontements militaires à grande échelle entre maquis et milice.

En revanche, si Pétain lui-même a tenté de ne pas se compromettre personnellement dans les actions les plus sordides du camp collaborationniste, la collusion et la collaboration opérationnelle la plus étroite des anticommunistes français avec la SS sont incontestables dès les débuts de l’occupation en zone nord. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles le PC n’a pas porté ses actions violentes en zone sud tant qu’elle a existé, mais s’est concentré sur des cibles accessibles en zone nord avec ses moyens très embryonnaires : des militaires isolés et des collaborateurs français. Ceci ne cadre pas avec l’idée parfois défendue qu’il se serait agi de porter la guerre civile là où elle n’aurait pas été assez chaude.

Il est notable que les attentats communistes ne furent identifiés comme tels internationalement que tardivement, car ils ne furent d’abord pas revendiqués, et les tout premiers, dont l’attentat de Barbès le 21 août, tendirent même à passer inaperçus car les Allemands trouvèrent de leur intérêt de ne pas les ébruiter et s’y efforcèrent tant que cela fut compatible avec leur politique répressive.

Le fait que le parti communiste se soit initialement tu sur son implication, et même l’ait déniée farouchement dans sa presse clandestine affaiblit la thèse qui aurait fait des attentats de 1941 des provocations envers l’opinion collaborationniste. C’étaient des provocations envers l’occupant.

Du fait de cette discrétion délibérée de la part de la direction communiste de Jacques Duclos, de Gaulle, à en croire ses Mémoires, ne s’aperçoit qu’il y a une résistance armée communiste qu’après l’attentat de la rue Championnet du 28 novembre, et lorsqu’il désapprouve l’action de Nantes en octobre 1941 en raison des représailles de Châteaubriant, il n’est pas établi à ses yeux qu’il s’agisse d’une opération communiste. C’est naturellement ce que disent les Allemands, mais ils le disent systématiquement et ne font pas autorité sur le sujet.

L’objectif des attentats conduits à partir du mois d’août 1941, au-delà du fait que tous les PC d’Europe occupée recevaient du Komintern des ordres allant dans le sens d’une guerre des partisans, ne me semble pas avoir été de déclencher une guerre civile, qui était d’ores et déjà enclenchée, mais ne devint massive que plus tard du fait du STO, de l’apparition des maquis et de l’entrée en jeu de la Milice, mais d’embarrasser à la fois Vichy et les Allemands et de mettre fin à l’atmosphère de soumission apathique qui régnait en France. On peut considérer, à considérer les rapports de Jünger et le destin de von Stülpnagel que le premier objectif au moins fut atteint.

La désapprobation initiale de de Gaulle était non de principe, mais purement tactique et politique. De Gaulle tenait par principe à décourager toute action qu’il ne contrôlait pas lui-même : mais il ne pouvait que considérer comme utile l’existence d’une réaction nationale à l’occupation, d’où qu’elle vînt et quelles qu’en fussent les formes. A juste titre, car c’est l’existence même d’une force armée communiste toute faite et disponible au printemps 1943 qui donne son sens à la mission d’unification de Jean Moulin. Au moment de l’attentat de Nantes et des premières fusillades massives d’otages, De Gaulle n’était certes pas sur la position pseudo-compassionnelle et geignarde du Maréchal et de son entourage, et encore moins sur celle de représentants du patronat de choc comme Pucheu qui dès avant la guerre considéraient les militants communistes comme des criminels à exterminer.

Sur les rapports entre le PC, les nazis, de Gaulle, Vichy, et la bourgeoisie française, je ne saurais trop recommander les ouvrages d’ Annie Lacroix-Riz, qui donnent utilement un autre son de cloche par rapport aux historiens du consensus ou du dissensus de droite. Et aussi un autre ouvrage que je cite un peu plus haut, le plus palpitant sur ces sujets à mon avis : ‘De la chute à la libération de Paris’, (Nrf, 1965), par Emmanuel d’Astier, dans la série Les journées qui ont fait l’Histoire.