Retour sur le livre ‘De l’Ecole’ de Jean-Claude Milner

Deux propositions essentielles :

– Qu’il y a un rapport entre la forme donnée à l’école (au sens large) et l’état politique de la société. Avec ce diagnostic dès 1983 : l’école massifiée conduit à la tyrannie.

Or nous y sommes.

– Que le clivage politique essentiel n’est pas l’opposition droite/gauche qui reste la mythologie véhiculée par les groupes dominants à travers les médias qu’ils contrôlent ( dont Le Monde est à ses yeux un des fleurons les plus avariés).

Or cela éclate en ce moment à nouveau, quoique pas du tout pour la première fois, avec le macronisme (droite ou gauche?) et ses souffre-douleurs : gilets jaunes (droite ou gauche?), puis promoteurs et contestataires du grand ré-ajustement en cours sous prétexte sanitaire : Laurent Alexandre : droite ou gauche ? Cohn-Bendit, Mario Draghi, Biden, le PC Chinois : droite ou gauche ? A l’opposé, Raoult et les autres scientifiques contestataires : droite ou gauche ?

Il est clair que nous avons changé de paradigme. Et cela fait d’ailleurs longtemps. A mon avis, la pertinence du clivage droite-gauche, ou conservatisme-progressisme disparaît avec la révolution bolchévique, et en France avec la création du parti communiste en 1922, qui, comme le disait Guy Mollet, n’était pas à gauche mais à l’Est. Dans l’empoignade des années 1936-1945 l’hitlérisme, l’impérialisme anglo-américain et le stalinisme sont tous trois des progressismes productivistes et scientistes. C’est le système qui arrive aujourd’hui à bout de souffle et pour cette raison même se radicalise à nouveau en dictatures à la fois semblables et ennemies. La contrainte était dans les années trente essentiellement le blé et le pétrole : ce sont désormais à peu près tous les facteurs de la vie.

Il reste donc pour chacun à se situer par rapport aux nouveaux enjeux. Tu remarqueras que Macron, Laurent Alexandre, Cohn-Bendit, Mario Draghi, Biden, le PC Chinois, sont compatibles et d’ailleurs solidaires. Leur crédo, c’est la domination garantie par la violence et les moyens de la violence qui découlent de l’innovation technique. Et j’ajoute le petit monde de l’industrie pharmaceutique qui se distingue en ce moment mais n’est pas différent du monde de la science et de la technique en général, une fois qu’il est unifié et commandé par la finance.

A l’opposé : l’humanisme pré-scientiste. C’est à dire ce qui commence à mourir avec la méthode expérimentale appliquée au vivant. La pratique qui caractérisera parmi toutes les autres notre civilisation aux yeux des civilisations ultérieures s’il y en a, ce sera la vivisection, comme pour nous les auto-da-fés typifient le Moyen-Age et l’esclavage le monde antique.

Pour moi, la vaccination de masse anti-covid n’est rien d’autre qu’une expérimentation animale : la plus grande jamais conduite dans l’histoire de l’humanité. A ceci près qu’elle est conduite sur l’animal humain. L’homme considéré et traité comme un animal : ce qui est probablement inévitable avec la raréfaction de la biomasse des autres espèces.

Déjà Hiroshima et Nagasaki n’étaient rien d’autre que des expériences scientifiques.

Choisis ton camp, camarade : pour moi c’est déjà fait.

Sur la question de la science, de l’enseignement, de la certification des compétences socialement actives, et donc par rapport à l’article du Monde et  l’application à la sélection des étudiants vétérinaires : problème dérisoire mais dont l’examen permet de préciser les principes.

Le principe de base c’est qu’il n’y a aucune bonne raison de limiter la diffusion du savoir. Toute personne capable et désireuse de s’instruire doit voir sa demande satisfaite.

Les objections de type financier – ici le coût des études vétérinaires – sont peu convaincantes, tant l’acte d’enseigner remue peu de moyens et, pour se rapprocher des préoccupations modernes – pèse si peu en matière environnementale par rapport à nos autres activités.

Franchement, qu’est-ce que cela aurait coûté à la nation s’il y avait eu mille étudiants à Toulouse en 1970 plutôt que cinq cents, alors que l’école était visiblement dimensionnée pour encore beaucoup plus ?

J’y vois en réalité un effet de la corruption : les crédits d’équipement sont vertueux parce qu’ils vont à des entreprises amies des décideurs. Les crédits de fonctionnement, essentiellement des salaires, sont mal vus parce qu’ils n’occasionnent pas les mêmes retours.

Résultat : un malthusianisme appliqué au savoir qui produit l’effet déploré : pénurie de praticiens.

Et le paradoxe annexe des étudiants instruits mais qui n’exercent pas.

Ce qui ne serait pas un problème s’il n’y avait pas à l’origine une sélection malthusienne.

C’est seulement dans le cadre d’une sélection malthusienne de toutes façons désastreuse que se pose la question des critères de cette sélection. Il est certain que dans cette forme particulière de flux tendu, le nombre d’étudiants, calculé au plus juste quantitativement doit l’être aussi qualitativement.

Il est dommage que cela soit particulièrement difficile : comment détecter chez un lycéen de dix-sept ans celui qui sera un professionnel efficace dans un secteur dont il n’a, dans le cas général, aucune expérience ?

Si la diffusion du savoir se faisait à tous les vents, selon l’image républicaine de Larousse, les sujets instruits suivraient leurs destins divers et le principe de libre concurrence produirait les praticiens efficaces partout où ils seraient nécessaires. Les autres, ratés, mal orientés ou dilettantes feraient autre chose de leur vie sans que cela soucie. Il est clair au contraire que dans un système férocement malthusien comme celui que nous avons connu, où les entrées sont calculées au plus juste, voire délibérément en dessous, quelqu’un comme moi a pris la place d’un brave garçon moins bon en physique-chimie-dissertation mais qui aurait fait un bon véto.

Le problème s’aggrave quand les critères de sélection du concours sont orthogonaux par rapport aux qualités nécessaires à un praticien médical, ce qui est le cas chez les vétos et aussi les médecins avec l’impérialisme des mathématiques.

Et il n’y a pas que le problème des fausses vocations : il y a aussi tous les matheux effectivement devenus médecins mais qui ne savent pas observer et qui se jettent sur des modèles mathématiques au lieu de faire de la médecine. Ils sont le problème du moment.