Malthusianisme

Sur la question de la science, de l’enseignement, de la certification des compétences socialement actives, et donc par rapport à l’article du Monde et  l’application à la sélection des étudiants vétérinaires : problème dérisoire mais dont l’examen permet de préciser les principes.

Le principe de base c’est qu’il n’y a aucune bonne raison de limiter la diffusion du savoir. Toute personne capable et désireuse de s’instruire doit voir sa demande satisfaite.

Les objections de type financier – ici le coût des études vétérinaires – sont peu convaincantes, tant l’acte d’enseigner remue peu de moyens et, pour se rapprocher des préoccupations modernes – pèse si peu en matière environnementale par rapport à nos autres activités.

Franchement, qu’est-ce que cela aurait coûté à la nation s’il y avait eu mille étudiants à Toulouse en 1970 plutôt que cinq cents, alors que l’école était visiblement dimensionnée pour encore beaucoup plus ?

J’y vois en réalité un effet de la corruption : les crédits d’équipement sont vertueux parce qu’ils vont à des entreprises amies des décideurs. Les crédits de fonctionnement, essentiellement des salaires, sont mal vus parce qu’ils n’occasionnent pas les mêmes retours.

Résultat : un malthusianisme appliqué au savoir qui produit l’effet déploré : pénurie de praticiens.

Et le paradoxe annexe des étudiants instruits mais qui n’exercent pas.

Ce qui ne serait pas un problème s’il n’y avait pas à l’origine une sélection malthusienne.

C’est seulement dans le cadre d’une sélection malthusienne de toutes façons désastreuse que se pose la question des critères de cette sélection. Il est certain que dans cette forme particulière de flux tendu, le nombre d’étudiants, calculé au plus juste quantitativement doit l’être aussi qualitativement.

Il est dommage que cela soit particulièrement difficile : comment détecter chez un lycéen de dix-sept ans celui qui sera un professionnel efficace dans un secteur dont il n’a, dans le cas général, aucune expérience ?

Si la diffusion du savoir se faisait à tous les vents, selon l’image républicaine de Larousse, les sujets instruits suivraient leurs destins divers et le principe de libre concurrence produirait les praticiens efficaces partout où ils seraient nécessaires. Les autres, ratés, mal orientés ou dilettantes feraient autre chose de leur vie sans que cela soucie. Il est clair au contraire que dans un système férocement malthusien comme celui que nous avons connu, où les entrées sont calculées au plus juste, voire délibérément en dessous, quelqu’un comme moi a pris la place d’un brave garçon moins bon en physique-chimie-dissertation mais qui aurait fait un bon véto.

Le problème s’aggrave quand les critères de sélection du concours sont orthogonaux par rapport aux qualités nécessaires à un praticien médical, ce qui est le cas chez les vétos et aussi les médecins avec l’impérialisme des mathématiques.

Et il n’y a pas que le problème des fausses vocations : il y a aussi tous les matheux effectivement devenus médecins mais qui ne savent pas observer et qui se jettent sur des modèles mathématiques au lieu de faire de la médecine. Ils sont le problème du moment.