Retour sur la guerre virologique

Les virus militaires de Zhoushan

La recherche académique militaire semi-confidentielle est très développée en Chine

Nous relatons ici une recherche conduite sur les coronavirus de chauves-souris, entre 2015 et 2017, au sein de l’Institut de Recherche Médicale de l’Hôpital Général de l’Armée de Libération Populaire de la région de Nanjing où se situe le commandement de la région militaire de la Chine de l’Est. Parmi les 15 auteurs de cette recherche 11 sont affiliés à ce grand centre de recherche hospitalier militaire. Le premier et le dernier auteurs (Dan Hu et Changjun Wang) sont également affiliés à La Troisième Université Militaire Chinoise, fondée en 1954, qui se situe à Chongquing. Nous ne parlons pas ici de recherches secrètes mais nous voyons comment l’autorité militaire chinoise abrite intelligemment des recherches universitaires semi-civiles dans ce domaine. Cela leur permet d’avoir des chercheurs de grande qualité développant des outils techniques et des connaissances qui peuvent alimenter par la suite des programmes ultra secrets, bien qu’en l’occurrence nous ne disposons d’aucune preuve mais seulement d’indices circonstanciels de ce qui pourrait potentiellement se passer ou pas dans ce domaine.

De façon amusante pour les agents de renseignements, on peut noter que parmi les 15 auteurs, tous chinois, de cette étude publiée, se trouve un auteur non chinois affilié à l’Université de Stony Brook aux USA ! On pourrait y voir là une tentative peu discrète d’infiltration par les USA des recherches militaires universitaires chinoises sur les coronavirus de chauves-souris. En tout cas, c’est bien par les collaborations universitaires que l’on obtient les informations les plus sûres en matières de développement technologique. Biensûr, en acceptant un chercheur étranger les autorités chinoises savaient ce qu’elles faisaient… Pour tout ce qui concerne espionnage, contre-espionnage, manipulation et contre-manipulation nous renvoyons le lecteur au chapitre consacré à ce sujet dans l’excellent ouvrage de Sun Tsu (L’Art de la Guerre, paru vers 500 av. J.-C).

Dan Hu relate que pour mieux comprendre la relation évolutionnaire entre les virus SARS-Cov et leurs réservoirs, 334 chauves-souris recouvrant plusieurs espèces dont une des deux dites en fer-à-cheval (Rhinolophus ferrumequinum) ont été capturées en 4 occasions,  entre 2015 et 2017, dans des grottes montagneuses aux environs de la cité de Zhoushan dans la province du Zhejiang. Ces chauves-souris ne présentaient aucun signe de maladie au moment de leur capture.

Les génomes complets de deux coronavirus extraits ont été publiés : « L’analyse complète de deux nouveaux SL-CoVs de Zhoushan (ZXC21 et ZC45) montre que leurs génomes avaient une longueur respective de 29.732 nucleotides (nt) et 29.802 nt avec 13 cadres de lecture ouverts (open reading frames ou ORF en anglais) [NDA : il s’agit de parties de la séquence de nucléotides qui forment le code génétique actif du virus, délimitées par des codons d’initiation et d’arrêt. Les ORF peuvent être transcrites par des enzymes spécialisées en séquences d’acides aminés formant les protéines qui permettent au virus d’exister et de fonctionner]. Ces deux nouveaux virus partagent seulement 81% d’identité de séquence génomique avec les virus SARS CoVs isolés chez l’homme et la civette en 2003. De ce point de vue, ils sont donc plus distants du SARS-Cov que la plupart des autres SL-CoVs de chauve-souris, identifié en Chine depuis 2003, qui se trouvaient dans la zone des 90% d’identité de séquence.

Les écrits de Dan Hu et Changjun Wang nous aide à ouvrir les yeux sur la possibilité réelle d’un programme militaire

Nous pouvons remercier Dan Hu et Changjun Wan, qui a endossé la responsabilité de superviser les recherches publiées, pour leur transparence. Malgré le fait qu’ils travaillent dans des institutions militaires sous contrôle de l’armée rouge ils bénéficient d’une large marge de manœuvre en ce qui concerne la publication de leurs travaux. Comme nous l’avons expliqué précédemment les militaires sont dépourvus de génie scientifique et leur stratégie consiste donc à attirer d’excellents chercheurs universitaires pour travailler dans des laboratoires plus ou moins confidentiels. Cela n’est possible qu’en leur laissant une certaine latitude dans la communication avec leur pairs sur le plan international. Un chercheur scientifique qu’on empêche de communiquer se sentira frustré et isolé et finira par ne plus rien produire et s’en aller. D’où l’intérêt de les laisser publier. Ils se sentent reconnus et valorisés ce qui est tout à fait louable. De plus cela permet d’organiser des échanges académiques internationaux qui peuvent s’avérer fructueux.   

Leurs travaux nous permettent d’obtenir beaucoup de renseignements pour déduire l’ampleur du répertoire de virus que possède potentiellement l’armée chinoise ! Voici, en substance, ce qu’ils rapportent dans la première de leurs deux publications phares de 2017 et 2018.

Ils ont analysé les types de virus pathogènes présents chez les chauves-souris de la zone côtière sud-est de la Chine, en procédant au séquençage méta-génomique par PCR (réaction de polymérisation en chaîne) d’animaux provenant de six sites sentinelles de ces zones côtières. L’acronyme PCR est à présent assez bien connu des Français puisque les tests de positivité au virus SARS-Cov-2 sont réalisés par cette technique qui permet d’amplifier en les multipliant par milliards les fragments d’ADN ou d’ARN présents sur un prélèvement nasal ou bien sur un tampon frotté sur une surface.

En utilisant la technique PCR, ils ont obtenu des millions de fragments de séquences d’ARN viral [NDA, les fragments de séquences ont une longueur d’environ 100 nt, c’est-à-dire environ 1/250 de la longueur totale d’une séquence de coronavirus] provenant des intestins et des tissus pulmonaires de 235 chauves-souris. Ils ont ensuite produit un travail colossal pour déchiffrer le code génétique de tous les fragments de séquences amplifiés en utilisant très probablement des batteries de robots de séquençage. Une fois le code des fragments de séquences établi, ces codes sont analysées par des logiciels informatiques spécialisés qui permettent d’identifier, par comparaison avec des banques de données internationales, à quel type d’organisme (bactéries, virus, plante, vertébrés,…) et quel type de gène ces fragments de séquence peuvent appartenir. C’est un travail long et rigoureux que l’on peut cependant programmer assez facilement sur des ordinateurs puissants. De proche en proche, par comparaisons multiples et superpositions partielles on peut ré-assembler l’ensemble des séquences fragmentées jusqu’à obtenir en principe les séquences complètes des organismes auxquelles elles appartiennent.

Même informatisé ce travail prend énormément de temps car il nécessite souvent l’intervention humaine pour pallier aux difficultés que rencontrent les logiciels et ne peut être conduit avec succès à l’heure actuelle que sur des génomes de virus car ils sont extrêmement courts. Cependant, plus le génome que l’on cherche à établir sera éloigné d’une séquence de virus déjà connu et plus sa reconstitution posera problème. 

Les séquences partielles de virus (viromes) leur ont permis d’identifier 25 familles virales, incluant 16 types distincts de virus d’organismes vertébrés, quatre de virus de plantes et cinq d’insectes. Tous les échantillons ont été analysés phylogénétiquement et de nombreux nouveaux virus de chauves-souris ont été découverts. Certains sont très proches de pathogènes humains et animaux connus, incluant : coronavirus, norovirus, adénovirus, bocavirus, astrovirus, et circovirus.

En ce qui concerne les coronavirus de type SARS, leur présence dans un fouillis de milliards de séquences partielles est repérable grâce aux protéines non structurales RdRp codées dans l’ORF1 qui sont très conservées et spécifiques à ces virus. Les enzymes RdRp (ARN réplicases) catalysent la synthèse d’un brin d’ARN complémentaire à partir d’un brin d’ARN servant de matrice. Elles sont indispensables pour la réplication des virus à ARN comme les coronavirus. Sans avoir besoin d’établir la séquence complète de tous les virus identifiés, on peut par l’intermédiaire d’un fragment spécifique de ces protéines établir un arbre phylogénique décrivant la distance évolutive entre les séquences des nouveaux virus identifiés (degré de parenté entre elles). De cette façon, ils ont pu identifier 62 alpha-coronavirus et 335 beta-coronavirus…

Selon leurs écrits, ils ont établi les séquences complètes de 9 nouveaux beta-coronavirus et 7 nouveaux alpha-coronavirus dont ils ont établi le degré de parenté (arbre phylogénique) entre eux ainsi qu’avec d’autres représentants connus de ces familles de coronavirus.

Leurs observations démontrent la très grande variété de ces virus, chaque colonie de chauve-souris étant le réservoir évolutif de centaines de ces virus pendant un temps que les auteurs estiment  long. C’est un euphémisme très spécial ! L’analyse phylogénique du nombre très restreint de coronavirus de chauves-souris identifiés permet d’estimer la présence d’un ancêtre commun il y a 10.000 ans. Évidemment plus on ajoutera de séquences à l’arbre phylogénique et plus le ou les ancêtres communs s’éloigneront dans le passé. La réalité c’est que ces virus sont là très probablement depuis bien plus longtemps, probablement des millions d’années.

Dan Hu poursuit en soulignant qu’ils ont effectué des tests de pathogénie sur ces deux virus, démontrant qu’ils pouvaient se répliquer [NDA, ce qui leur permet de vérifier et d’affirmer que leur séquence est bien reconstruite correctement] et causer une maladie respiratoire chez les rats de laboratoire. Ils ont même observé au microscope électronique que des particules virales se retrouvaient dans le cerveau des rats… On voit donc que l’annonce faite à retardement que le SARS-Cov2 pouvait causer des troubles neurologiques tels que des troubles olfactifs (qui sont ensuite devenu le symptôme avant-coureur le plus courant) n’est qu’une pseudo-découverte car certaines personnes savaient très bien que cela pouvait être le cas dès le départ de l’épidémie.

Ils concluent que leur étude élargit la compréhension des chauves-souris en tant que réservoir viral et fournit une base pour l’étude de la transmission des virus de la chauve-souris à l’être humain. Une base de connaissances certes mais également une base de matériel génétique à l’instar des travaux de Shi Zheng Li et Ralf Baric sur les virus synthétiques GOF.

Au total combien y avait-il de nouvelles séquences génomiques parmi les centaines de coronavirus identifiés ? Ont-elles toutes été reconstituées et déposées dans les banques de données scientifiques internationales ? Nul ne le sait.

Quelle peut-être la vision des stratèges militaires chinoises ?

La Chine en tant qu’empire s’est développé depuis plus de deux mille ans, après une phase de guerres incessantes entre les Royaumes Combattants. Cette période s’est étalée entre le 5ème et le 2ème siècle av. J.-C. Selon le général Sun Tzu, l’auteur du premier ouvrage de stratégie militaire universellement connu qui date de cette époque : « la guerre est pour l’état une préoccupation sérieuse ; elle nécessite une étude approfondie. »  Nous n’écrivons pas cela pour signifier que les Chinois sont belliqueux de nature mais au contraire pour dire que ce sont des gens très avisés ayant une tradition et une compréhension militaire de culture très ancienne.

Jusqu’à présent les armes bactériologiques étaient considérées comme étant impossible à mettre en œuvre sur un théâtre d’opération sans risquer d’y succomber à son tour. La fabrication et le stockage de bactéries et de virus hautement pathogènes sont également très délicats et peu pratiques sur le plan de la gestion et la mise en œuvre militaire. Cela était suffisamment gênant, durant la guerre froide, pour que les grandes puissances renoncent au développement opérationnel de ce genre d’armes au profit de l’arme nucléaire qui semblait bien plus terrifiante et contrôlable à l’époque. Elle le serait d’ailleurs certainement toujours sans la réalité émergente des virus synthétiques GOF aux pouvoirs contagieux et pathogènes renforcés en même temps. Sans cela, le concept de virus exterminateur serait à relativiser car en principe il y a toujours une certaine proportion de la population qui ne contracte pas le virus ou reste totalement asymptomatique.

Toutes les maladies les plus terribles ont par le passé présenté une limite de létalité. La peste noire (l’agent pathogène est le bacille Yersiniae Pestis) de 1720 n’a tué que la moitié des habitants de Marseille dont il était impossible de sortir, un cordon militaire ayant été établi autour de la ville. Au niveau de la Provence entière, elle aussi séparée du reste de la France par le mur de la peste, la maladie n’a tué que 30% de la population. Même les fièvres hémorragiques de type Ebola ou Marburg, qui sont les maladie contagieuses les plus létales,  l’intégralité des populations touchées ne meurent pas. Le degré de létalité varie entre 40 et 80% selon les souches virales.

Cependant, comme on le voit avec le SARS-Cov2, toutes ces maladies ne laissent pas forcément les survivants indemnes de toutes séquelles. Dans le cas d’Ebola, les survivants ayant développé des symptômes présentent des lésions d’organes qui restent  potentiellement invalidantes à vie.

Fort heureusement, le mode de contagion des virus les plus létaux comme celui de la rage ou du Sida nécessite un contact ultra rapproché avec leur vecteur (morsure, contact de salive avec une coupure, rapport sexuel). On ne sait pas exactement comment le virus du Sida est passé du singe à la l’homme mais il est létal à 100%. La trithérapie est un traitement lourd qui permet de reculer considérablement l’échéance mais pas de guérir. Le Sida tue 700.000 personnes chaque année. Celui de la rage est également létal à 100% une fois les symptômes déclarés. Une équipe médicale a réussi l’exploit de sauver une adolescente qui avait été mordue environ 3 semaines auparavant et présentait les symptômes de la rage. Le virus de la rage pénètre le système nerveux central et la douleur engendrée ainsi que les spasmes cardio-vasculaires finissent par tuer la personne atteinte.

Lorsqu’elle est arrivée à l’hôpital cette jeune fille ne pouvait plus parler et était quasi inconsciente. Pour la sauver, elle a été mise en coma artificiel pendant une semaine, les fonctions du cerveau étant suspendues le temps que son système immunitaire puisse construire une réponse au virus. Elle a reçu également deux antiviraux puissants, ribavarine et amantadine. Sa convalescence sous traitement de vitamine B a duré 6 mois et il a fallu attendre 1 an avant qu’elle ne recouvre l’intégralité de ses facultés ! Nous voyons bien que si un tel virus devenait contagieux au-delà du mode de transmission direct par morsure ou léchage, alors l’humanité serait réellement en danger.

Bien sûr, comme nous l’avons montré dans ce chapitre et les précédents des laboratoires secrets ont existé dans le passé, de façon certaines aux USA et en Russie et très probablement également en Chine. Aujourd’hui, l’armée chinoise dispose, en plus de milliers de colonies de chauves-souris, de toutes les ressources humaines dans les domaines de la microbiologie et de la virologie en plus de la technique de construction de laboratoires de haute sécurité. Elle contrôle également des campus militaires où la recherche de haut niveau dans le domaine de la synthèse de virus GOF pathogéniques mortels, potentiellement pandémiques, peut être conduite discrètement sans la nécessité de créer une zone ultra-secrète qui attirerait l’attention par le bouche-à- oreille. Savoir si des laboratoires totalement secrets existent est donc anecdotique.

En tout cas, les laboratoires secrets posent de nombreux problèmes de sécurité et les militaires ne sont jamais très performants dans la conduite de recherches scientifiques. Les militaires chinois savent qu’ils doivent laisser cela aux universitaires. Leur stratégie dans ce domaine est probablement la même que celle des USA. Il s’agit visiblement de laisser la recherche universitaire s’opérer librement afin de disposer de toutes les pièces du puzzle prêtes pour ensuite être assemblées ultra rapidement en cas de besoin. Mais y en aura-t-il jamais besoin quand on dispose par ailleurs d’une armée conventionnelle surpuissante et de l’arme thermonucléaire comme moyen de dissuasion ? L’utilisation de l’arme virale relèverait de la folie pure et simple.

Les virus ne peuvent se concevoir donc que comme une arme de terrorisme qui ne dirait pas son nom sous couvert d’épidémie naturelle. Comme nous le verrons dans un prochain chapitre il est à l’heure actuelle possible de créer des virus synthétiques sans que leur génome ne porte les stigmates des manipulations effectuées. La seule façon de les identifier réside dans des éléments subjectifs ne pouvant apporter de preuve absolue comme une phylogénie mal établie, l’absence d’un hôte intermédiaire identifié, l’absence de mutations d’adaptations en début d’épidémie et un défaut d’harmonie du génome qui finirait par le rendre rapidement instable.  

Une chose est certaine, la pandémie de Covid-19 démontre la difficulté immense qu’il y aurait à  contrôler la dévastation qu’une telle arme pourrait répandre sur terre si un virus 10 à 100 fois plus létal s’y répandait. Rappelons que la grippe espagnole a été environ 150 fois plus mortelle (en proportion de la population terrestre) que ne l’a été le COVID-19 pour l’instant avec 1 million de mort entre décembre 2019 et sept 2020. Que se passerait-il ? La Chine vient de démontrer qu’elle a pu contrôler une pandémie sur son sol, par des mesures drastiques, en fermant totalement la ville de Wuhan, ainsi que la ville de Pékin pour la mettre à l’abri, en plus d’un confinement domestique inhumain.  Les pays de l’UE, manipulés par la Chine et l’OMS n’ont pas su fermer leurs frontières à temps et pratiquer des tests et des mises en quarantaines systématiques à l’entrée de leurs territoires. Il s’agissait là d’une absence de réponse plus idéologique que raisonnée. Le grand credo de nos gouvernants européistes était de préserver le libre échange quels que soient les évènements. Gageons que ce credo insensé ne perdurera pas à la prochaine pandémie de coronavirus qui ne manquera pas de se produire dans les années à venir si la Chine ne prend aucune mesure radicales concernant les marchés aux animaux sauvages, les trafics de chauves-souris en particulier, et les recherches sur les virus GOF pandémiques. 

Auteur(s): Valère Lounnas avec la collaboration de Gérard Guillaume pour FranceSoir

Laurent Toubiana

/home/jean-pierre/Documents/Toubiana : histoire d’un déraillement scientifico-politique.odt

Laurent Toubiana

1) Laurent Toubiana bonjour. Vous avez été attaqué ces derniers jours par des journalistes (Libération, L’Express, France TV) qui, dans leur ignorance et leur soumission à la ligne fixée par ministère de la Santé, se permettent de vous contester le titre d’épidémiologiste pour mieux délégitimer vos analyses. Pouvez-vous vous donc nous présenter votre trajectoire professionnelle, votre CV en quelque sorte ?

Qu’est-ce qu’un épidémiologiste ? Il n’existe pas de titre « officiel » d’épidémiologiste lié à une spécialité de doctorat. On appelle donc épidémiologiste un chercheur dont l’activité se situe dans ce champ et ayant produit des travaux évalués par les « pairs » du domaine.

Partant de là, ces journalistes se sont arrêtés à la première ligne de mon CV qui mentionne un Doctorat en Physique (spécialité astrophysique). S’ils avaient été honnêtes, ils auraient continué et compris que mon intégration à l’INSERM m’a définitivement éloigné de cette discipline depuis plus de 30 ans.

L’épidémiologie est un domaine scientifique qui a pour objet l’étude des facteurs pouvant altérer l’état de santé des populations humaines. Elle ne se limite pas à l’étude des maladies infectieuses comme par exemple l’actuelle épidémie de COVID mais aborde tous types de désordre de santé : maladies rares, chroniques, comportementales, environnementales, etc.

Elle couvre de nombreux aspects méthodologiques tels que la mise en place de dispositifs permettant le recueil de données de santé (cohortes, registres, observatoires, études de terrain) ainsi que les moyens de traitement de cette information (essentiellement fondée sur les statistiques mais pas uniquement) pour en déduire des connaissances sur les déterminants de santé qui eux-mêmes servent de fondement à l’aide à la décision sanitaire ou à la prévention.

Plusieurs formations permettent d’acquérir ces compétences en formations complémentaires à des formations initiales diverses. Quelques médecins s’orientent vers cette discipline mais pour une grande part, les épidémiologistes ont une formation initiale d’ingénieurs ayant donc un « bagage » méthodologique important.

Pour ce qui concerne les chercheurs INSERM, les épidémiologistes sont en général évalués par une des 6 Commissions Scientifiques Spécialisées (CSS) intitulée : « Santé publique, Technologies de la santé ». Je suis inscrit dans cette commission depuis le début de ma carrière à l’INSERM. J’en ai été membre en tant que commissionnaire et membre de sa commission permanente (Bureau) de 1999 à 2002.

En 1992, j’ai intégré l’unité d’épidémiologie du Pr. Valleron où j’ai participé à ce qui s’appelle aujourd’hui le « Réseau Sentinelles » qui assure la surveillance des maladies infectieuses et en particulier des syndromes grippaux. Depuis, l’ensemble de mes travaux ont relevé et relève toujours de l’épidémiologie. Au cours des 28 dernières années, j’ai été inscrit successivement au profil de 7 unités de recherche liées directement au domaine de l’épidémiologie où pour certaines, j’ai été directement impliqué en tant que responsable d’équipe.

Entre 2003 et 2007, j’ai été aussi l’un des 30 membres du Conseil Scientifique de l’INSERM et à ce titre, avec Denis Hémon (Épidémiologiste, ancien directeur d’unités de recherche INSERM, Vice-président du Conseil Scientifique et ancien président de la CSS « épidémiologie et santé publique ») nous avons été rapporteurs de toutes les unités d’épidémiologies en France créées ou en évaluation quadriennale pendant cette mandature.

Depuis 2012 je fais partie de l’UPRES 1143 LIMICS où je continue à animer le groupe de recherche SCEPID « Systèmes Complexes et Épidémiologie » dont certaines réalisations sont portées par la plateforme PeeL : « Plateforme e-santé et épidémiologie du LIMICS » dont je suis le responsable. J’ai obtenu personnellement plus de 30 contrats de financement institutionnels, privés et associatifs pour des projets nationaux et internationaux que j’ai dirigés dans de nombreux domaines : Pathologies infectieuses, Pathologies chroniques, Maladies rares Addictologie, Accidentologie, Permanence des soins, Evaluation des pratiques, Activité médicale, Silver économie.

J’ai fondé et dirige l’IRSAN Institut de recherche pour la valorisation des données de santé.

J’ai par ailleurs organisé 3 congrès internationaux GeoMed (Geography and Heath) dont le thème principal est la diffusion des pathologies émergentes. Et j’ai signé plus de 170 communications de toute nature dans ce champ scientifique dont de nombreuses conférences invitées. Enfin, entre 2014 et 2017, j’ai été éditeur de la section « Public Health and Epidemiology Informatics » du Year Book de l’International Journal of Informatics Association.

2) Merci. Donc vous avez en réalité ce qu’on peut appeler un gros CV en épidémiologie. Ces journalistes ont hélas bel et bien été malhonnêtes envers vous. Vous dirigez actuellement l’IRSAN, de quoi s’agit-il ?

L’IRSAN est l’Institut de recherche pour la valorisation des données de santé. Je l’ai fondé dans le cadre d’un partenariat avec une importante fédération d’associations de médecins dont le premier partenariat date de 2010. A partir de 2012, cette fédération m’a demandé d’évaluer la possibilité de valoriser les données d’exploitation de leur activité. En effet à la suite de la canicule de 2003, l’Institut de Veille Sanitaire (InVS), l’une des composantes de Santé Publique France (SFP), les avait aidés à organiser la concaténation des données d’activité issues de ces associations à un niveau national mais avait jugé rapidement que ces données étaient « inexploitables » et inutiles car non suffisamment représentatives. J’ai relevé avec enthousiasme ce défi dans le cadre d’un partenariat non financé entre mon équipe INSERM et cette fédération. J’ai tout de même présenté ce projet lors de la demande de création de l’unité de recherche LIMICS devant les instances d’évaluation de l’INSERM en 2013.

A partir de 2014, j’ai créé l’IRSAN pour développer l’infrastructure matérielle d’un premier observatoire pour le suivi de certaines pathologies à partir des données de ces médecins. Le succès de ce travail a été retentissant et dans de nombreux domaines. Ils permettaient de détecter très précocement et avec une grande précision la dynamique des épidémies en France notamment l’arrivée des épidémies de syndromes grippaux.

Très rapidement, d’autres associations de médecins ont contacté l’IRSAN pour valoriser leurs propres bases de données. L’une des plus belles réussites de l’IRSAN se situe aujourd’hui dans le domaine des maladies rares avec la mise en place de l’expérience unique au monde du réseau international de la Dysplasie Fibro-Musculaire FEIRI (European/International Fibromuscular Dysplasia Registry and Initiative).

3) Quand et comment avez-vous commencé à travailler sur la Covid ?

Comme je l’ai écrit dès ma première analyse du 11 mars 2020 : « une épidémie déconcertante », j’ai beaucoup hésité à « penser » cet évènement. Dès le tout début, tout me semblait « aller de travers ». Dans cette analyse, j’ai écrit : « nous avons préféré ne pas réagir précipitamment face à ce phénomène émergent. Les chiffres rapportés, les grandeurs utilisées, les calculs peu rigoureux mais pourtant publiés dans des revues sérieuses, nous indiquaient qu’il était urgent de prendre du recul vis-à-vis de la question ». Puis, j’ai compris que les habituels annonciateurs d’apocalypse commençaient à mettre en place leur « mécanique à générer de la peur ». Je me suis dit alors qu’il fallait déchiffrer et, peut-être, apporter au plus grand nombre des éléments de compréhension. Depuis près de 30 ans, sans l’avoir formalisé, j’ai souvent été le témoin de tels comportements « alarmistes » (probablement louable initialement) de ces « lanceurs l’alerte » en particulier dans le domaine de la santé et des épidémies. Ce n’est pas pour rien que l’un des premiers réseaux auquel j’ai participé s’appelle « Sentinelles » sémantiquement lié à l’alerte. Mais il existe malheureusement un effet pervers à l’alerte et même un véritable piège. Il engendre en effet la panique de celui qui la reçoit et l’hubris de celui qui la porte. De plus ce denier ne prend quasiment pas de risque à alimenter la panique qu’il provoque car personne ne pourra lui reprocher d’avoir alerter pour rien. Nous avons dans cette crise du Covid assisté exactement à ce type de comportement de la part des fabricants de peur. Ainsi, ils ont commencé par annoncer 500 000 morts alors qu’une telle éventualité était hautement improbable. Les autorités ont paniqué et, au nom du principe de précaution, ont mis en place la mesure du confinement. La catastrophe annoncée n’est pas arrivée et les autorités ont dit que c’était grâce au fait d’avoir mis ne place les mesures préconisées par les alarmistes. Je signalerai pendant notre entretien les nombreux éléments de réflexion qui montrent le contraire.

Mon premier travail a été de comparer ce que nous savions de l’épidémie avec les données de Chine, de celles du « Diamond Princess » et celles connues d’épidémies de même nature. J’entends par « épidémies de même nature », celles se transmettant de la même manière et attaquant les voies respiratoires dont la plus connues, c’est un modèle depuis des années : les épidémies de « syndromes grippaux ».

Puis, dans le cadre de mon équipe « SCEPID : Système Complexe et Épidémiologie » et de l’IRSAN, nous avons rapidement créé une site spécial pour le suivi de l’épidémie de Covid. Ce site n’a cessé de s’enrichir au cours du temps. Puis entre le mois d’avril et le mois de mai 2020, Nous avons monté 5 enquêtes autour des conséquences du confinement (Activité physique, Précarité (EPICE), Anxiété (HAD), Stress et Critères pour le déconfinement ). Cette dernière enquête est devenue un outil d’aide à la décision nommé le CRAC (Covid Risk Assessement Calculator) qui permet dévaluer en fonction de chaque profil individuel d’évaluer le risque réel de l’exposition au Covid-19.

Plus tard, avec deux chercheurs de mon laboratoire, nous nous sommes intéressés aux données issues des médecins « en première ligne » car je connais parfaitement leurs caractéristiques dans la mesure où je les avais déjà traitées dans le cadre du partenariat avec l’IRSAN. Ceci nous a permis d’estimer l’incidence réelle de l’épidémie et son évolution comme on le fait pour n’importe qu’elle autre maladie (et en particulier la grippe ou les gastroentérites).

Nous avons montré par rétro-calcul que lors de la mise en place du confinement, il était déjà trop tard car l’épidémie avait déjà largement atteint une vitesse telle qu’il n’était plus possible de l’arrêter. Ce travail est le deuxième élément qui met en doute l’efficacité du confinement.

Plus tard encore, je me suis intéressé à la mortalité car je l’avais beaucoup étudiée à l’occasion de la canicule de 2003 en collaboration avec Hervé Le Bras dans le cadre du département de démographie historique de l’EHESS où j’ai été chercheur associé pendant une vingtaine d’années. Nous montrerons plus loin les éléments de cette analyse.

Enfin, j’ai étudié le comportement dynamique de cette mortalité dans une étude transversale sur l’ensemble des pays de la planète avec une équipe de Data-scientistes avec lesquels nous avons montré que cette dynamique était identique quel que soit le lieu géographique observé et donc indépendamment des mesures de confinement mises en place. Ce travail est le troisième élément qui met en doute l’efficacité du confinement.

4) Le 11 mars 2020, vous avez publié un article comparant la dynamique de l’épidémie de Covid-19 en Chine à celle de la grippe saisonnière en Europe. Vous constatiez la fameuse courbe en cloche. Et vous annonciez une croissance exponentielle de l’incidence du nouveau virus en mars avant un reflux fin avril. Finalement, avec 10 à 15 jours de décalage, c’est exactement ce qui s’est passé, non ? Comment expliquer concrètement cette cloche ? Cette brutale augmentation suivie d’un reflux ?

Le 11 mars 2020, j’ai diffusé une analyse de la situation (« COVID-19 : une épidémie déconcertante ») aux journalistes et aux rédactions que je connaissais depuis les années 1990. Cette analyse relativement concise décrivait ce qui allait se passer dans les semaines qui allaient suivre. J’écrivais : « Nous montrons l’évolution comparée des incidences hebdomadaires de COVID-19 en Chine et de syndromes grippaux en France au cours de 7 semaines d’épidémies. Nous constatons que le profil dynamique est comparable. Il commence en une phase ascendante rapide, atteint un pic en 3 à 4 semaines puis reflue de manière quasi symétrique pendant les 3 à 4 semaines suivantes. Ce profil épidémique est celui observé depuis plus de 30 ans par les équipes de santé publique en France et depuis 50 jours en Chine ». Puis en prenant beaucoup de précaution : « dans l’hypothèse forte et risquée que la dynamique de cette épidémie reste identique partout, alors il est très possible d’espérer que l’épidémie atteigne son pic en Europe avant la fin mars et avec une fin de l’épidémie vers la fin avril 2020. Même si cette hypothèse s’avère exacte, il faudra avoir les ‘nerfs solides’ car pendant cette période, l’incidence va s’accroître de manière « exponentielle » comme pour toutes les épidémies de ce type ».

Si on se réfère au nombre de cas confirmés à partir des données de Santé publique France (et diffusé au niveau international par la John Hopkins Univertsity), en effet le pic épidémique intervient le 9 avril 2020 soit environ 10 jours après ce que j’avais prévu. Mais si on se réfère aux données des médecins « en première ligne » (toujours diffusées par SPF) c’est-à-dire les données de terrain recueillies en population générale et non en milieu hospitalier, alors la date du pic se situe entre le 27 et 29 mars soit exactement ce que j’avais prévu. Quant à la fin de l’épidémie, tout dépend du seuil choisi mais la fin de la phase épidémique se situe effectivement fin avril/début mai.

Dès le début de l’épidémie donc, j’avais une analyse qui tranchait radicalement avec la communication ambiante sur l’épidémie. D’ailleurs, une seule radio m’a interviewé à l’époque, le 13 mars 2020, puis plus rien jusqu’à ma réapparition fugace à partir de mi-avril (AFP puis RTL) qui me permettait de confirmer que ce que j’avais prédit était effectivement arrivé. Puis plus rien pendant très longtemps.

Figure 1 : Évolution comparée des incidences hebdomadaires de COVID-19 en Chine (en bleu) et des incidences moyennes sur 10 ans (2009 à 2019) de syndromes grippaux en France au cours de 7 semaines d’épidémies (en rouge).

Figure 2 : Évolution de l’estimation des incidences quotidiennes de COVID-19 à partir des donnée de terrain recueilli par les « médecins en première ligne ». Le pic épidémique arrive entre le 27 et 28 mars 2020 et la fin de l’épidémie fin avril début mai comme Laurent Toubiana l’avais prévu dans son analyse du 11 mars 2020.

5) Vous disiez aussi qu’il faudrait avoir « les nerfs solides », ne pas s’affoler outre-mesure. Vous évoquiez pour cela les précédents : les 15 000 morts de la grippe du seul mois de janvier 2017 et les autres 15 000 morts de la canicule de l’été 2003. Comment situer le Covid par rapport à ces autres pics de mortalité saisonnière ?

La question de l’évaluation de l’impact d’un phénomène sanitaire sur la mortalité peut sembler simple à aborder. Une des approches possibles est de compter de nombre de morts de la maladie en question et le tour est joué. C’est à peu près ce que font les autorités sanitaires dans leur communication quotidienne. En réalité, une telle approche n’est pas simple : elle est simpliste !

A l’heure où sont écrites ces lignes (le 23 octobre 2020), le nombre total officiel est de 34 508 morts du Covid. Encore une fois, il s’agit d’un nombre cumulé depuis de début de l’épidémie de Covid soit le depuis le 3 mars 2020 donc depuis 7 mois et demi soit 230 jours. Ce chiffre peut paraître très important dans l’absolu mais il donne en moyenne 1,38 mort du Covid par semaine pour 100 000 habitants. Pour fixer les idées cela revient à peu près 1,38 décès par semaine dans des villes comme Caen ou Avignon. Ce chiffre est tout de même très loin de l’hécatombe annoncée.

En premier lieu une telle approche est simpliste car le nombre de biais de comptage est très important, les morts sont-ils tous attribuables directement au Covid ou plutôt à des comorbidités de type cardiovasculaire, diabètes, cancers, fins de vie, etc. ? C’est une question majeure. Il est évident que l’on compte beaucoup plus de « morts du Covid » qu’il n’y en a en réalité. La question serait de savoir combien exactement : un cinquième ? un quart ? un tiers ? la moitié ?

En démographie et en épidémiologie, il est préférable de se fonder sur ce que l’on appelle la « surmortalité » au passage d’un événement sanitaire. Le principe est relativement simple à comprendre : l’excès (ou le défaut) de mortalité est la différence entre le nombre de décès lors de l’événement sanitaire (par exemple une canicule ou une épidémie de grippe) et la moyenne des décès au cours de la même période lors des 3 à 5 années précédentes. C’est sur ce principe qu’a été évalué l’excès (surmortalité) de 15 000 morts lors de la canicule de 2003. De même, pour le seul mois de janvier 2017, au passage de l’épidémie de grippe de cette année-là, la surmortalité a été estimée à près de 15 000 morts en excès. Ce principe d’évaluation de l’excès de mortalité sert globalement à évaluer l’effet d’une crise sanitaire. Mais lui aussi a des biais liés à l’échantillonnage temporel. Sans entrer dans le détail des biais d’échantillonnage, il est facile de comprendre que lorsque l’on calcule la surmortalité toutes les semaines, nous n’obtenons pas les mêmes résultats que si on le regarde tous les mois ou encore lorsque l’on intègre le nombre de décès sur une année car la sommation sur des périodes longues lisse le phénomène très bref d’un événement sanitaire majeur. En d’autres termes, on ne pourra effectivement voir l’effet réel de l’épidémie de Covid que lorsque l’on sommera tous les décès de l’année 2020, on observera alors quelle est la différence avec les autres années (corrigée de l’évolution naturelle de la population) et dans quelle mesure elle est significative. A priori, il est très douteux que l’événement sanitaire du Covid génère une surmortalité significative en 2020.

Il existe un autre effet important et bien connu concernant la mortalité, il s’agit de l’effet « harvesting » ou en français « l’effet de moisson ». Il existe tous les ans au passage d’un événement sanitaire tel que la grippe une « surmortalité ». Une partie des personnes arrivant en fin de vie car ayant une santé précaire, principalement parce qu’elles sont très âgées ou pour tout autre raisons, décèdent d’une manière « synchronisée » au passage de l’événement. Il ne s’agit pas d’une fatalité, cela concerne une minorité de personnes heureusement mais tout de même suffisamment saillante pour que cela puisse être détecté de manière statistique au niveau d’une population importante (comme celle de la France). Ainsi certains individus perdent quelques mois ou semaines d’espérance de vie et d’autres en gagnent. Si, par exemple, une année donnée, la grippe atteint peu de personnes, la surmortalité pour la grippe est plus faible et les personnes qui seraient mortes si l’épidémie avait été forte « gagnent du temps de vie » jusqu’au prochain événement sanitaire fort.

C’est probablement ce qui s’est produit pour le Covid. Les deux années précédentes (2018 et 2019) la grippe a été très faible et n’a pas provoqué de surmortalité voire même une sous mortalité avait été estimée. Le Covid a lui, à son passage, provoqué cet effet de harvesting. C’est l’une des raisons pour lesquelles le Covid semble avoir fait une surmortalité exceptionnelle lorsque l’on compte de manière simpliste les morts. Mais cela doit être mis en perspective non seulement avec les morts qui aurait dû avoir lieu les deux années précédentes mais aussi avec les morts qui n’auront pas lieu au passage de la prochaine grippe. En effet, après la canicule de 2003, nous avons assisté à une sous mortalité chronique pendant plusieurs années. De la même manière, la forte grippe de 2016-17 qui avait provoqué 15 000 morts en excès, a produit une sous mortalité les deux années suivantes (2018 et 2019).

Figure 3 : La courbe rouge est celle de l’évolution du différentiel mensuel de mortalité entre la mortalité observée au temps t (abscisses) et la mortalité attendue pour le même temps sur une période allant de juillet 2016 à mai 2020. La courbe bleue indique les incidences mensuelles de syndromes grippaux. On observe distinctement en janvier 2017, un pic de l’incidence des syndromes grippaux lors de l’épidémie de la saison 2016-17, concomitant à un pic de surmortalité de 15 000 morts en excès. Lors de l’épidémie suivante de la saison 2017-18, plus faible et tardive, le pic de surmortalité arrive en avril 2018. Il est 2 fois plus faible environ 7 000 morts en excès. Lors de l’épidémie suivante de la saison 2018-19, plus faible et tardive, le pic de surmortalité arrive en mars 2019, il est encore plus faible environ 4 000 morts en excès. Le fait marquant est la saison 2019-20 avec juste avant l’épidémie de grippe une sous-mortalité de 6 000 morts juste avant l’arrivée de l’épidémie de Covid. Enfin le dernier pic est celui qui correspond à l’épidémie de Covid avec moins de 18 000 morts en excès. Le bilan de la surmortalité de la saison 2019-20 comprenant épidémie de grippe et Covid fait état de 18 000 – 5 000 = 13 000 morts en excès  ce qui correspond à une forte grippe.

6) Dès la phase de décroissance de la cloche, puis avec le déconfinement, certains n’ont cessé d’alerter sur l’arrivée prochaine d’une « deuxième vague ». Qu’en pensez-vous ? Est-ce une probabilité compte tenu du diagnostic de l’épidémie que vous aviez posé ? Cela arrive t-il dans les autres épidémies ?

La notion de « deuxième vague » est cruciale car toute la stratégie des mesures sanitaires mises en place depuis le début du mois d’aout, ainsi que celles qui concernent ce que nous avons appelé le « gouvernement par la peur », reposent essentiellement sur cette éventualité.

Une deuxième vague ? De quoi s’agit-il exactement ? Tout d’abord la notion de « vague épidémique » est une métaphore maritime qui a été filée plus tard par le terme « tsunami » pour la rendre encore plus anxiogène ou encore plus tard de « montée des eaux » à la manière d’une marée lente et inexorable. Les mots ont un sens et distordre ce sens n’est pas dénué d’intention. Cette « vague » est en réalité ce que les épidémiologistes appellent une « phase épidémique ». Par exemple une maladie passe en « phase épidémique » lorsque son incidence (nombre de nouveaux cas dans un lieu donné) dépasse une valeur seuil. A partir de ce dépassement, la dynamique de l’épidémie devient très rapide et touche de plus en plus d’individus en un temps très court. C’est une forme d’emballement du phénomène qui se traduit par une augmentation exponentielle de l’incidence des « cas ». C’est exactement ce que l’on a observé entre le 1er mars et le 1er avril 2020 pour l’épidémie de Covid et que l’on observe pour toutes les maladies transmissibles de type « ORL » :  grippe, bronchiolite etc…

Au début de l’épidémie, ce que nous appelions « cas » étaient les individus hospitalisés pour une forme grave, ou ceux qui correspondaient au tableau clinique du Covid et qui était confirmés par la suite par un test PCR (lorsqu’ils ont été disponibles). Mais globalement il y avait très peu de différence en termes d’effectifs entre ces différentes définitions. En revanche, plus tard, à partir du mois d’août, quand les tests ont été accessibles et généralisés massivement en population, alors la notion de « cas » a été exclusivement celle donnée par un test positif indépendamment de la forme clinique de la maladie. En d’autres termes, il a été possible à partir d’août de mélanger sous le terme « cas » des individus « hospitalisés pour une forme grave » qui constituent une ultra minorité, et des personnes peu symptomatiques, voire totalement asymptomatiques, qui, elles, représentent l’écrasante majorité des tests positifs. Tout le monde est à même de comprendre que grâce ou à cause de la généralisation des tests il est possible de considérer comme un « cas » une personne non malade d’où le côté complètement ubuesque de la situation lorsque l’on prend comme référence cette nouvelle définition de « cas » pour mettre en place des mesures drastiques et extrêmement contraignantes pour l’ensemble de la population alors que la plupart de ces cas ne sont pas des malades et passeraient totalement inaperçus si nous ne faisions pas de tests.

Il n’est donc pas possible de considérer ces fameux « cas » comme significatifs d’une épidémie c’est la raison pour laquelle j’avais dit aux journalistes : « une épidémie sans malade, je ne sais pas ce que c’est ! ».

Si on veut comprendre ce qu’est une phase épidémique, il faut au moins se référer aux définitions de ce qu’est un « cas ». Et, pour un épidémiologiste, un « cas » est un malade identifié par le système de soin au sens large : soit qu’il ait été détecté cliniquement par un médecin parce que le patient se sentait suffisamment « mal » pour ressentir de besoin de consulter, soit qu’il ait été hospitalisé. Or dans ces deux cas, aucune des valeurs d’incidence ne dépasse un seuil épidémique.

Une fois que nous sommes d’accord sur ce qu’est un cas, une incidence, un seuil épidémique et une « phase épidémique », il faut encore comprendre d’où vient l’idée d’une succession, une récurrence, de phases (vagues) épidémiques.

Il est difficile d’y croire en effet car les épidémies modernes précédentes telles que H1N1, SARS, MERS, ZIKA, pour lesquelles les mécanismes de peur généralisée avaient déjà été déployée mais moins intensément que pour l’épidémie de Covid, n’ont pas fait de 2ème vague. En revanche, il est parfaitement vrai que nombre de maladies transmissibles génèrent des récurrences saisonnières avec la plus connue d’entre elles, la grippe, mais aussi les bronchiolites, les gastroentérites et pratiquement toutes les pathologie ORL de l’enfance auxquelles il faut aussi ajouter évidemment ce que nous appelons les maladies infantiles, telles que la rougeole, les oreillons, les varicelles, etc.

Donc la récurrence saisonnière de phases épidémiques existe évidemment. C’est probablement la raison pour laquelle une telle idée est si facilement admise car intuitivement, dans la conscience collective, cela existe quelque part. Mais la comparaison n’est pas applicable sans explications.

Le premier point à bien intégrer avant toute explication est qu’a priori, il est peu probable qu’un virus soit totalement éradiqué. A ma connaissance seul le virus de la variole a disparu de la circulation dans les populations. Mais pour le cas général, les virus continuent à circuler de manière endémique, c’est à dire qu’il existe que l’on appelle des « réservoirs », à savoir des « hôtes » qui les portent sans pour autant développer une maladie, ils vivent en symbiose avec leur porteur. Ces réservoirs peuvent être humains ou animaux. Le fait qu’il existe des porteurs sains n’implique pas nécessairement la réémergence d’une épidémie. Pour qu’une épidémie redémarre il faut des conditions particulières parmi lesquelles l’existence de personnes susceptibles de faire la maladie, soit qu’elles n’ont jamais rencontré le virus, soit qu’elles aient perdu l’immunité déjà acquise lors d’un phase épidémique précédente ou lors d’une vaccination. On sait que l’immunité vaccinale n’est pas toujours définitive, d’où les fameuses « piqures de rappel ». Dans tous ces cas, l’individu en question est redevenu « naïf » pour le virus il est donc susceptible d’être malade de nouveau par le même virus, c’est ce qui est appelé une « réinfection ». Ce cas de figure reste toutefois très rare. Il est dû là encore à un affaiblissement de la réponse immunitaire (autres maladies, thérapeutiques épuisant l’organisme, comportements à risque, mauvaise alimentation, sédentarité, grande vieillesse). A nouveau, il s’agit de personnes à risque que l’on peut identifier.

La plupart des récurrences épidémiques s’expliquent par le fait que le même tableau clinique, par exemple celui de la grippe, peut être induit par des virus proches mais cependant différents. Ainsi, ce que l’on appelle « grippe » est en réalité un « syndrome grippal » qui peut être provoqué par de nombreux virus circulants parmi lesquels certains sont connus et donc intégrés dans la fabrication d’un vaccin et d’autres sont nouveaux. Ces derniers sont inconnus, donc impossible à intégrer dans le « cocktail vaccinal », mais aussi inconnus du système immunitaire des individus qui n’a pas encore appris à lutter contre ce nouveau virus. Dans tous ces cas les individus sont naïfs pour ce virus donc susceptibles d’être malades. Si ces individus sont nombreux alors sous certaines conditions (par exemple le froid en hiver associé au confinement), une phase épidémique peut se déclencher. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles, malgré l’existence d’un vaccin, les épidémies de grippe sont toujours présentes tous les hivers. Et ce mécanisme est le même pour bien d’autres pathologies récurrentes telles que les gastroentérites[1]. D’où l’idée de vagues épidémiques récurrentes. Au passage, cela met très nettement en question l’éventuelle efficacité d’un « vaccin bricolé à la va vite » contre le Covid. Mais c’est une autre histoire…

Pour résumer, en général, lors du passage d’une phase épidémique, si le mode de transmission est particulièrement efficace, alors un grand nombre de personnes sont exposées donc « apprennent » à lutter contre ce virus et ne sont plus naïves vis-à-vis de lui. Ils forment donc une barrière à sa diffusion. Si le virus est très contagieux, une seule vague suffit à le bloquer. Nous expliquerons en détail ces mécanismes plus bas.


Encadré : les origines et la diffusion de la rumeur de la « deuxième vague de COVID »

Dès le 14 février 2020, alors que l’épidémie n’était pas encore « arrivée officiellement » en France, une lettre publiée dans le Lancet indiquait déjà la possibilité d’une deuxième vague. Cette lettre dans le Lancet signée du Pr. Antoine Flahault. C’est en partie la lecture de cette lettre qui a participé à ma décision de me lancer dans la réflexion sur le Covid.

Pourquoi ? Parce que d’une part, je connais bien les « réflexes » d’Antoine Flahault. En effet en 1995, il est arrivé dans l’équipe du réseau Sentinelle et nous avons beaucoup collaboré pendant plus de 10 ans. Je l’apprécie beaucoup et je n’ai pas de problème personnel avec lui, au contraire. Mais il est l’un des chefs de file en France des « catastrophistes » à l’instar d’un autre « catastrophiste international » Neil Ferguson, il est l’un de ces chercheurs qui depuis de nombreuses années prédit toujours l’imminence de la prochaine pandémie et brandit dès que l’occasion lui en est donnée, le spectre de la « grippe espagnole » et cela au moindre sursaut d’un banal virus. Il le fait de manière très intelligente maniant avec brio le conditionnel et l’ambiguïté, se laissant quelle que soit l’issue de ses prédictions une porte de sortie honorable. Il est néanmoins toujours très influant et nous assistons aujourd’hui aux conséquences de ses propos. Il avait prédit et prédit encore l’imminence voire l’existence d’une deuxième vague or même si presque tout le monde le croit, nous ne sommes absolument pas, dans les faits, face à la définition d’une phase épidémique. Donc pour l’instant la « deuxième vague » reste de manière factuelle une sorte de fantasme.

La deuxième origine de l’idée de deuxième vague vient des fameux « modélisateurs » du genre de l’Imperial College of London (Neil Ferguson) et leurs équivalents français (comme le biomathématicien Simon Cauchemez qui est membre du Conseil scientifique Covid-19). Ce sont les mêmes qui : 1) ont prédit 500 000 morts en France, 2) ont poussé par des prédictions cataclysmiques à la mesure absurde du confinement dont les conséquences sont infiniment pires que le mal qu’elle est sensé combattre, 3) continuent à œuvrer dans l’ombre pour maintenir des mesures toutes plus inefficaces les unes que les autres, 4) ont calculé et publié dans des revues prestigieuses (Science, Nature) que le taux d’immunisation était très faible et que donc il fallait s’attendre à des vagues encore plus importantes si on ne maintenait pas des mesures de restriction des contacts toujours plus sévères 5) fournissent toujours les modes de calcul du fameux R0 qui sert de base aux calculs des indicateurs pour mettre les départements en zone rouge induisant les mesures liberticides que l’on connaît.

Sur la base de leurs calculs approximatifs, ils prédisaient avant même la mise en place du confinement la récurrence obligatoire de vagues épidémiques successives dès que l’on relâcherait le confinement. Or rien de ce qu’ils ont prévu ne s’est produit. Cette deuxième vague n’est jamais arrivée. Aujourd’hui à force de matraquage médiatique avec force « indicateur », tout le monde ou presque est persuadé que la deuxième vague est là mais c’est une interprétation totalement abusive dont nous allons reparler dans cet entretien.


7) « Cas positifs », « malades », « hospitalisés », « morts du Covid », à la maison, à l’hôpital ou dans des maisons de retraite et des Ehpad… quelle est finalement la solidité des statistiques sur lesquelles reposent toutes nos analyses ?

De mémoire d’épidémiologiste, jamais nous n’avons été face à cette amphigouri incontrôlée de chiffres, d’indicateurs, de notions scientifiques (qui parfois sont d’une grande complexité) donnés en pâture à une population totalement effarée par cette profusion devant laquelle, forcément, elle démissionne car la confusion règne. Seul le résultat paradoxal compte : la panique et globalement la restriction presque volontaire de leurs propres libertés.

Il serait beaucoup trop long de faire une analyse détaillée de tous les biais méthodologiques à tous les niveaux de cette invraisemblable exubérance. D’ailleurs, j’y renonce car nous sommes face à une sorte de puits sans fond, un véritable tonneau des Danaïdes. A chaque fois que l’on tente d’expliquer longuement, précisément, de manière la plus rigoureuse possible, en quoi il n’est pas possible de s’appuyer sur tel ou tel indicateur pour mettre en place telle ou telle décision sanitaire, un nouvel indicateur plus anxiogène sort du chapeau et il faut tout recommencer : épuisant !

Souvenez-vous, au début de l’épidémie, le directeur général de la santé, le Pr. Salomon, venait chaque soir commenter 3 indicateurs qui étaient les nombres cumulés, i) d’hospitalisés, ii) d’entrés en réanimation et iii) de décès pour Covid.

Dans mon analyse du 11 mars 2020, je m’étonnais déjà d’un tel choix : « la valeur cumulée moins efficace en l’espèce (et plus dramatique) semble avoir toutes les faveurs ». Pour des raisons évidentes de dramatisation ces indicateurs à charge émotionnelle forte ont été égrenés quotidiennement alors que d’autres – tels que les tests en faible nombre certes ou les patients détectés par les médecins de terrain – était disponibles. Puis, dès lors que l’épidémie a entamé une nette décrue à partir de la mi-avril, les interventions télévisées du Pr Salomon se sont espacées et nous n’avons plus entendu parler de ces indicateurs mortifères. 

Entre temps quelques épidémiologistes dont je fais partie avaient montré à quel point l’utilisation des données cumulées était non seulement inopérante pour rendre compte de la dynamique de l’épidémie mais surtout mettait en lumière l’amateurisme de la communication sanitaire du gouvernement. Ainsi j’écrivais le 11 mars 2020 dans « une épidémie déconcertante » : « l’incidence, c’est à dire le nombre de nouveaux cas dans un lieu donné par unité de temps, est utilisée pour décrire l’évolution des épidémies. Cet indicateur est paradoxalement très peu utilisé dans le cadre du COVID-19 ».

Par ailleurs, ces indicateurs montraient des valeurs tellement basses qu’il devenait parfaitement ridicule de les utiliser. De plus, de tels chiffres mettaient en lumière à quel point les autorités sanitaires se trompaient. Nous l’avons un peu oublié mais elles nous prédisaient une « deuxième vague » dès le déconfinement, à partir d’une semaine après le 11 mai 2020. Or les chiffres nous disaient exactement le contraire.

Pendant l’été, force est de constater que les choses se sont vraiment calmées. Bien sûr, le département de la Mayenne a été sur la sellette au point que ces habitants étaient tous considérés comme des pestiférés et le département montré du doigt. Du coup, c’est le seul à ne pas avoir eu la possibilité de recevoir des vacanciers et se « refaire » économiquement pendant l’accalmie. Je les plains. Mais c’est aussi l’époque où, bien après la bataille, alors qu’ils n’étaient plus du tout utiles, nous avons pu disposer enfin de tests en grande quantité. C’est alors qu’une nouvelle frénésie sanitaire totalement inutile a commencé : le testage généralisé et « gratuit » de toute la population. Dès lors, le seul indicateur valable aux yeux des autorités sanitaire était le nombre de tests positifs. Certes cela ne représentait pas grand-chose (en moyenne moins de 5% de tous les tests réalisés étaient positifs). Mais l’avantage était que, dans la mesure où le nombre de tests effectués était gigantesque, les nombres de test positifs même faibles en pourcentage constituaient des effectifs suffisamment importants pour prendre le relais des morts dans la communication anxiogène. Oubliée l’hospitalisation, le passage en réanimation et même les décès.  Seul comptait désormais, le nombre quotidien de nouveaux testés positif qui lui augmentait de façon « exponentielle » à partir du 15 aout.

Pas de chance, ce nombre a fini pas « plafonner » lui aussi et n’augurait plus – comme certains l’espérait – d’une vraie épidémie. Qu’à cela ne tienne, un nouvel indicateur a alors été bricolé : le « taux de positivité » et, miracle, lui augmente ! Un taux est tout de même beaucoup plus pratique car il est possible de jouer sur deux chiffres plutôt qu’un seul. Pour faire augmenter un taux, c’est soit le numérateur qui augmente, soit le dénominateur qui diminue. Ainsi, si le numérateur n’augmente plus, alors il suffit de faire baisser le dénominateur. C’est exactement ce qui a été fait à partir du 14 octobre 2020. En effet beaucoup se sont plaints à juste titre qu’étant donné que les tests étaient gratuits, des personnes se faisaient tester plusieurs fois et que les files d’attente étaient très longues. C’était contre-productif car les « vrais malades » c’est-à-dire ceux qui avaient quelques signes (pas les hypocondriaques) devaient attendre longtemps pour obtenir leurs résultats, les laboratoires étant surencombrés. Alors on a eu cette idée géniale : il faut sélectionner les gens, à partir du 11 septembre 2020 on va cibler les plus symptomatiques en priorisant les personnes disposant d’une ordonnance médicale. Du coup, la petite proportion de personnes plus symptomatiques que les autres a augmenté dans l’échantillon global des personne testées et, par voie de conséquence, le « taux de positivité » a lui aussi augmenté, non pas parce qu’il y avait plus de virus circulant mais simplement parce que l’échantillon n’était plus représentatif de la même population.

Au final ce subterfuge n’a même plus été nécessaire car, quelques jours plus tard, un autre phénomène est venu amplifier le numérateur et donc le taux de positivité n’a plus été utilisé. Nous sommes revenus naturellement au nombre de cas positifs car les viroses automnales sont entrées en jeu dans la machine et a fait spontanément augmenter le nombre de personnes symptomatiques lesquelles sont allées se faire testés dès l’apparition du moindre signe ORL (comme les rhumes). D’après ce que nous savons sur la sensibilité/spécificité des tests PCR, un très grand nombre de personne testées positives le sont pour des virus qui partagent nombre d’acides nucléiques avec ceux du SRAS-Cov2 d’où un facteur de confusion extrêmement important et l’augmentation invraisemblable de tests positifs mais bizarrement très peu suivie par celles par le nombre d’hospitalisation et de mortalité. C’est embêtant !


Encadré : pourquoi les chiffres baissent souvent le week-end pour remonter le lundi

Sur l’utilisation étrange des statistiques voici un autre exemple typique sur lequel j’ai été largement pointé du doigt notamment par Libération et France Télévision alors que je m’étonnais dès le mois d’aout que les autorités de santé donnent le nombre quotidien de tests PCR positif au Covid. En effet, le fait que ces chiffres fluctuent beaucoup d’un jour à l’autre pose un réel problème et démontre que nous avons à faire à une communication officielle volontairement anxiogène puisqu’on ne communique sur les chiffres que lorsqu’ils sont aux points les plus hauts. Une explication fréquente est que les tests positifs du samedi et du dimanche sont en partie reportés le lundi parce qu’une partie des personnels concernés sont en repos le week-end. Du coup, les chiffres du samedi et du dimanche sont très bas alors que les chiffres du lundi sont très hauts. A chaque fois qu’on nous donne un chiffre du lundi en le qualifiant de « record », nous sommes face à une sorte de supercherie.

8) Finalement, il y a combien de malades, légers ou graves, du Covid en France alors ?

Sur les près de 15 millions de tests effectués 7% seulement sont positifs, ce qui signifie que 93 % sont négatifs. Sans même discuter la fiabilité de ces tests par PCR (qui se pose pourtant lorsqu’ils sont trop sensibles et détectent donc des faux positifs, c’est-à-dire des traces d’acide nucléique chez une personne qui n’est plus ni malade ni contagieuse), 93 % des tests sont négatifs cela signifie que l’immense majorité de la population n’est pas porteur de ce virus. Pour autant, c’est à cette immense majorité de la population que l’on impose des mesures drastiques et liberticide tels que le port du masque à l’extérieur, le couvre-feu et peut-être demain un reconfinement. Et il y a plus encore : parmi les 7% restant de la population testée positive, plus de 85 % ont moins de 60 ans ; c’est-à-dire que ce sont quasiment toutes des personnes qui ne sont pas à risque de faire une forme grave de la maladie. Bref nous avons fait près de 15 millions de tests, à un coût de plus d’un milliard d’euros, pour nous informer que moins de 1% de la population est à risque : étonnant, non ?

Quant aux morts, de quoi sont-ils morts exactement ? Combien de causes de décès existe-t-il ? Comment ces causes sont-elles classifiées ? Meurt-on d’une et unique cause ? Qui et comment décide de déclarer qu’une personne meurt de telle ou telle cause principale et comment évaluer réellement les causes secondaires du décès ? C’est tout le problème car il est compliqué de comptabiliser une personne de 85 ans diabétique et obèse, souffrant d’hypertension ou bien avec un cancer en phase terminale, comme mort du Covid au simple motif que, lorsqu’il est arrivé en urgence à l’hôpital, il avait un test PRC positif au Sars-Cov2. Or c’est pourtant ce que font les autorités sanitaires. Il faut comprendre que, dans le système actuel, cette personne sera comptée 2 ou 3 fois : une fois comme hospitalisée pour Covid, peut-être une deuxième si le médecin réanimateur estime qu’en son âme et conscience, il ne peut pas « choisir » et donc le comptera aussi en réanimation, et enfin une troisième fois comme décédé du Covid.

Pour revenir à votre question sur le nombre de malades graves, cette question est probablement la plus simple que vous m’ayez posée car elle est accessible à toute personne manipulant des méthodes mathématiques rudimentaires à savoir des sommes et des divisions.

Au cours de la période récente d’intensification (entre le 1er septembre et le 20 octobre 2020 jour où j’ai fait ce calcul pour la dernière fois), 7 621 098 tests ont été pratiqués. Sur cette même période, 38 100 individus ont été hospitalisés (0,5 %) et 6 593 ont été admis en réanimation (0,09 %) avec un test positif au Covid.

En d’autres termes, depuis le 1er septembre, sur la base d’un échantillon de la population française gigantesque de 7,6 millions, la probabilité moyenne pour chaque individu lambda (sans distinction d’âge ou de comorbidité) de ne pas être hospitalisé est de 99,5 % et celle de ne pas être admis en réanimation est de 99,91 %.

C’est plus qu’infime, et c’est pourtant sur cette base que l’on décide de mettre 43 millions de français sans distinction d’âge ou de comorbidité sous couvre-feu et peut-être bientôt les 67 millions en reconfinement.

9) Après de nombreuses annonces non-vérifiées, il y a eu finalement une ré-augmentation de la mortalité liée au Covid-19 à partir de la fin du mis d’août. Quelle est son ampleur ? Comment s’explique t-elle ? Quels sont le ou les scénarios probables pour les mois qui viennent ?

Comme je l’ai dit plus haut, la deuxième vague aurait dû arriver dès le déconfinement, c’était prévu théoriquement par ceux qui avait annoncé les 500 000 morts. Puis par ceux (les mêmes) qui nous avait dit que seulement 4,4 % de la population était immunisé alors que lors du déconfinement le virus circulait toujours. C’était une évidence cette deuxième vague devaient normalement arriver 15 jours après le déconfinement. A cette époque j’avais écrit et publié que si cette deuxième vague n’arrivait pas alors il faudrait se poser de sérieuses question sur l’efficacité du confinement, car de fait toute la théorie de l’isolement des contacts se trouverait automatiquement invalidée. Or cette deuxième vague n’a pas eu lieu. Ce constat est le quatrième élément et non des moindre, qui met en doute l’efficacité du confinement.

Elle n’a pas eu lieu car il s’est passé autre chose que ce que la théorie des modélisateurs prédisait car ils ont négligé imprudemment de nombreux éléments dans leur modèle.

Le plus énorme élément négligé est que dans une épidémie, il est faux de considérer que l’intégralité de la population est susceptible de faire une forme de la maladie. Dès que nous avons eu les premières données de Chine nous avons compris que seule une infime partie de la population était réellement touchée. Plus tard avec l’incroyable « expérience » en vie réelle du bateau de plaisance « Diamond Princess » nous avions une magnifique expérimentation humaine avec un échantillon suffisamment grand pour faire des estimations sur l’effet d’un tel virus sur une population plus large.

Lors de sa première (et unique pour l’instant) phase, entre le 1er mars et le 1er mai, l’épidémie a décrit ce que l’on appelle son histoire naturelle c’est-à-dire quelle s’est répandue très vite comme je l’ai expliqué plus haut. Pendant cette phase, une grande partie de la population a été exposée mais seulement une infime partie (environ 100 000 personnes) ont fait une forme grave, une beaucoup plus grande partie a fait une forme réelle – environ 2 millions de personnes – et une immense partie à fait une forme bégnine ne nécessitant même pas l’intervention d’un médecin. Quant aux enfants et aux adolescents, sauf exceptions, ils n’ont même pas fait de forme de maladie du tout. De fait, tous ces individus qui ont eu ces diverses formes de la maladie ont formé une barrière collective pour la dynamique de l’épidémie et ont stoppé la phase épidémique en 4 semaines. La même dynamique que celle de la grippe en France.

Stopper la phase épidémique ne veut pas dire éradiquer le virus, le virus a continué à circuler mais de manière très faible comme dans toutes les épidémies. A partir du mi-août l’incidence de certains indicateurs ont commencé à augmenter de nouveau mais de manière très faible. Et c’est toujours le cas aujourd’hui.

Figure 4 : Évolution comparée des incidences hebdomadaires de cas de COVID-19 confirmés en France (en rouge) et des incidences hebdomadaires de décès (en gris) entre le 1er janvier 2020 et le 22 octobre 2020. Le nombre hebdomadaire de cas confirmés est maximum au 22 octobre il atteint les 188 319 cas soit plus de 4 fois supérieur à sa valeur à la valeur maximum atteinte lors de la première phase épidémique. En soit une telle courbe est parfaitement aberrante car la mortalité à l’époque du 1er pic atteignait les 6 823 morts par semaine alors qu’au 22 octobre elle est environ 7 fois plus faible.

figure-4

Figure 5 : Évolution des incidences hebdomadaires de décès (en gris) entre le 1er janvier 2020 et le 22 octobre 2020. Le nombre hebdomadaire de décès atteint les 6 863 morts par semaine la semaine du 9 avril 2020 alors qu’au 22 octobre elle vaut 1 023 morts par semaine  soit environ 7 fois plus faible.

figure-5

10) Quand la plupart des gens qui s’expriment dans le débat public ne parlent que de contenir la propagation du virus, vous défendez au contraire la nécessité de sa circulation afin de parvenir à l’immunité collective. Pouvez-vous nous rappeler de quels mécanismes de biologie des populations il est question ? Et sur la base de quels précédents vous vous fondes ?

Oui, en effet la question de l’immunité collective est l’un des points centraux de mon approche de la question et elle n’est pas simple. Comment s’arrêtent les épidémies ? Cette question semble très simple et pourtant si nous savions y répondre nous ne serions pas depuis 8 mois dans l’état de confusion généralisée qui caractérise notre comportement collectif jusqu’au plus haut niveau.

Une épidémie de maladie transmissible telle que le covid, se transmet par « contact » au sens large : contact physique ou par proximité et projection de gouttelettes même très fines contenant des virus, aérosol, objets… Si le virus est « nouveau », on dit que la population est « naïve » pour ce virus c’est-à-dire qu’elle n’a pas appris à le combattre. Dès lors, le virus peut pénétrer sans trop de difficulté dans les cellules d’un individu. L’individu est infecté. Le virus utilise les ressources de cet individu « hôte » pour se reproduire en grand nombre. Plusieurs mécanismes peuvent se mettre en place à partir de ce moment. Le système immunitaire de l’individu reconnaît et produit des agents spécifiques (anticorps) pour lutter contre cette intrusion et prolifération du virus en son sein. Une partie des virus produits peuvent être expulsés vers l’extérieur par des éternuements et de la toux. Les virus, après avoir été expulsés vers l’extérieur, sont captés par d’autres individus qui peuvent être à leur tour infectés et donc infecter d’autres individus. Le phénomène de diffusion est évidemment de plus en plus rapide car chaque personne pouvant potentiellement en infecter plusieurs, le nombre de nouveau infecté augmente de manière « exponentielle ».

Dans un schéma non létal (on verra la variante après), au bout d’un certain temps (environ une dizaine de jours), les personnes infectées guérissent. Elles « sortent » donc du système épidémique puisque 1) elles ne peuvent plus contaminer d’autres personnes « susceptibles » (« naïves »), 2) elles ne sont plus contaminables elles-mêmes car leur corps a « appris » à reconnaître et combattre le virus. Autrement dit, elles peuvent désormais « vivre avec le virus », elles sont « immunisées ». Au cours du temps, cette catégorie de personnes immunisées augmente rapidement et elles « freinent » automatiquement la circulation du virus puisqu’elles ne sont plus transmettrices. Au bout d’un moment, le nombre de nouveaux infectés (incidence) atteint un maximum (dit pic épidémique) et l’immunisation collective a atteint un seuil « critique » (dit seuil de percolation). Ce pic est suivi d’une décroissance rapide pour atteindre la fin de la phase épidémique de manière quasiment symétrique à la croissance.

Dans le modèle explicatif très simple décrit ci-dessus, tous les individus guérissent après avoir été infectés. Évidemment, il est facile d’imaginer un modèle légèrement amélioré où l’immense partie des personnes guérissent effectivement mais une toute petite partie ne guérit pas voire même meurt de la maladie. Et plus cette part de la population qui ne guérit naturellement pas est importante, plus une maladie est dangereuse. Le taux de mortalité parmi les infectés (létalité) est un indicateur essentiel de la gravité de l’épidémie. Or en regardant froidement ces indicateurs pour le Covid, par rapport à tout ce qui est connu en termes de pathologie de l’homme, nous constatons que globalement cette épidémie est en réalité très banale.

Je m’explique. Ce mécanisme d’arrêt d’une phase épidémique est observé tous les ans lors des épidémies de syndromes grippaux. Une épidémie de grippe touche en moyenne environ 2,5 millions de personnes par saisons parfois exceptionnellement 3 millions de français. Dans ce cas, la surmortalité est importante et les services des urgences hospitalières sont débordés. En janvier 2017 il a été estimé 15 000 décès en surnombre par rapport aux années précédentes.   Cette description est très ressemblante à ce que l’on a vécu avec le Covid en 2020 entre le 1er mars et le 1er mai. Pour cette épidémie de Covid, l’étude de facteur de risques montre que seules les personnes très âgées et/ayant une santé très précaire font des formes graves de la maladie et peuvent en mourir. Dès lors les personnes qui ne risquent presque rien (un peu de fièvre pendant quelques jours ce qui arrive fréquemment en période hivernale), et qui représentant entre 80 et 85% de la population, feront barrière collective à la propagation du virus. C’est la raison pour laquelle, il est stupide de limiter la propagation épidémique pour cette catégorie de la population car le risque est calculable et très limité. En revanche le bénéfice serait immense car leur statut d’immunisé permettrait d’arrêter l’épidémie par le mécanisme explicité plus haut.

11) D’autres pays ont fait dès le début ce pari de l’immunité collective. Le plus connu en Europe est la Suède. Quelle est donc le bilan et l’évolution de l’épidémie en Suède depuis mars dernier ?

Il est effectivement très important de comparer la France, qui a adopté en mars une stratégie de confinement généralisé de la population pour limiter les conséquences sanitaires de l’épidémie, et la Suède, qui a appliqué une stratégie différente.

Schématiquement, la stratégie de la France est de considérer que, pour endiguer la propagation épidémique, il faut couper les liens de transmissions entre les individus. Si les contacts entre les individus sont coupés, alors le virus ne peut plus passer d’un individu à l’autre et ainsi la dynamique de l’épidémie est stoppée. Dans cette approche, il est nécessaire d’isoler tout le monde de la même manière sans distinction, indépendamment des facteurs de risque individuel, de manière massive, et pour une durée indéterminée dictée sur la circulation du virus qui elle-même est difficile à estimer (d’où un risque d’hésitations et de revirements permanents).

En Suède, schématiquement la stratégie est à l’opposé puisqu’elle est fondée sur l’immunité collective. Les individus ayant contracté la maladie, une fois guéris, forment spontanément une barrière à la dynamique de l’épidémie car le virus ne pouvant plus se servir d’eux comme transmetteurs, tout se passe comme s’ils étaient « isolés ». Dans cette approche, l’idée est de protéger évidemment les personnes à risques dont on connaît la caractéristique et qui forme une petite minorité de la population. Mais l’immense majorité de la population peut rester libre. Du coup, le risque est de voir augmenter rapidement le taux de contamination. Mais comme celui-ci ne produit que des formes bénignes, le coût global (au sens large) pour la société est très faible. 

Les avantages théoriques de la méthode Suédoise sont nombreux. Je passe évidemment sur la qualité de vie et les conséquences sociales et économiques différentielle entre les deux stratégies (ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas extrêmement important), pour ne parler ici que de la dynamique de l’épidémie elle-même.

Dans le cas de Suède, fondée sur le modèle de l’immunité collective, à la fin de la première phase épidémique, il ne peut pas y avoir d’autres « vagues » et l’épidémie s’arrête spontanément. On peut encore observer pendant quelques mois des cas sporadiques mais la mortalité tend vers zéro. Et c’est ce qui se passe si on regarde les chiffres (en gardant en tête leur grande imprécision décrite plus haut, mais on regarde ici l’allure des courbes plus que leur niveau).

Regardons d’abord les décès. La courbe ci-dessous compare l’évolution temporelle de l’incidence hebdomadaire de la mortalité pour 100 mille habitants. Nous constatons que les deux courbes respectent globalement la dynamique classique de l’évolution épidémique avec un phase de croissance exponentielle en 4 semaines, une redescente rapide en 4 semaines pour la France et environ 8 semaines pour la Suède (si on considère un seuil de 2,5 décès par semaine pour 100 mille habitants (D100mH) atteint pour la France lors du déconfinement le 11 mai 2020). On remarque donc en effet que la décroissance est 2 fois plus lente pour la Suède, en revanche le pic épidémique est intervenu en même temps (au bout de 4 semaines). Fait remarquable et paradoxal, il est plus important en France (10,17 D100mH) qu’en Suède (6,69 D100mH). En observant ces deux courbes, l’impression qui se dégage est qu’il n’y a pas une très grande différence entre la dynamique épidémique de la France et celle de la Suède.

Cette observation est le cinquième élément qui met en doute l’efficacité du confinement.

Je pourrais même être de mauvaise foi en faisant remarquer que la Suède a réussi paradoxalement à mieux « aplatir » la courbe de la mortalité en n’appliquant pas de confinement alors que normalement – c’est ce qui avait été « vendu » à la France – cet aplatissement aurait dû être meilleur pour la France. Cette observation est le sixième élément qui met en doute l’efficacité du confinement. Mais le plus important dans cette comparaison est qu’en aucun cas nous n’observons un effet du confinement sur la dynamique de la croissance épidémique. Dans les deux cas, confinement ou pas, l’atteinte du maximum donc de l’arrêt de la croissance épidémique est semblable. Cette dynamique est d’ailleurs semblable en tout lieu de l’humanité indépendamment des mesures sanitaires prises. Ce constat est particulièrement navrant car cela suggère que le confinement n’a servi à rien. L’option radicalement différente prise par la Suède a au contraire été un choix judicieux et conforme à la théorie de la dynamique de l’extinction des épidémies.

Pour être complet, je ne peux cependant omettre l’argumentation des tenants du confinement qui consiste à montrer que la Suède est l’un des pays ayant le pire taux de mortalité des pays du monde puisque classé au 11ème rang alors que la France est meilleure car au 14ème rang (sur plus de 200 pays). En effet, si on prend comme référence le nombre cumulé de morts du Covid (avec toutes les réserves déjà faites sur les nombres cumulés), la moyenne hebdomadaire de décès Covid pour 100 mille habitant sur 31 semaines est de 11 pour la France et 13 pour la Suède. Donc plus élevé de 18 % pour la Suède. Cependant – sans entrer dans des calculs d’intervalle de confiance dû au fait que l’on se fonde sur une population 6 fois plus élevée en France qu’en Suède – on observe surtout que la mortalité augmente en France alors qu’en Suède elle est devenue quasiment nulle. D’ici quelques semaines, il est très probable que les deux pays seront sensiblement identiques pour le taux de mortalité. Et plus long terme, il est très probable que la France comptera davantage de morts.

Si l’on ajoute maintenant tous les autres dégâts individuels et collectifs, psychiques et matériels, causés par le confinement et les couvre-feux dans le cas de la France, il devient évident que la Suède réussi à juguler l’épidémie de manière beaucoup plus bénéfique pour sa population.

Figure 6 : Évolution comparée des taux d’incidences hebdomadaires pour 100 mille habitants de décès en France (en rouge) et en Suède (en vert) entre la première et la 32ème semaine de l’épidémie de Covid. Dans les 2 pays les maximums sont atteints simultanément en 4ème semaine. La Suède qui n’a pas appliqué de confinement voit sa dynamique de mortalité décroitre au bout de la 4ème semaine exactement comme la France qui a appliqué un confinement strict de 2 mois à partir du 17 mars 2020. La décroissance en suède est légèrement moins rapide mais ceci est explicable par la distribution géographique moins homogène que celle de la France. En revanche, il semblerait que la France connaisse une légère reprise de la mortalité alors que la Suède qui a appliqué une stratégie d’immunité collective ne semble plus montrer pour l’instant de reprise de la mortalité.

figure-6

Lettre à un jeune inquiet

Rémi,

Une chose au moins devrait te rassurer : le gouvernement, qui doit être informé puisque c’est lui qui nous informe, ne croit pas, lui, à la moindre chance d’une seconde vague, ou d’une catastrophe : car sinon, il s’y préparerait. Or il a repris à partir de la mi-mai sa politique de réduction des coûts à l’hôpital. Impossible d’en déduire autre chose que : tout ira bien. Voilà pour la réalité des estimations officielles du risque, à en juger par les actes : ce qui est tout de même la façon rationnelle de juger. Si tout va mal, c’est moralement et politiquement, car si une épidémie à virus respiratoire dure en général deux mois, une psychose collective, type national-socialisme ou Kampoutchéa démocratique, ne peut connaître de fin que par un étouffement violent et je ne vois pas qui pourrait dans les circonstances présentes y procéder, si ce n’est une insurrection du peuple français, qui semble pour le moment chloroformé. Il est vrai que les états de veille du peuple français sont susceptibles de variations soudaines et violentes.

Le gouvernement sait la même chose que toute personne qui regarde les choses froidement : en réalité, cette épidémie, qui n’a concerné qu’un tiers du territoire (39 morts à ce jour dans les Pyrénées Atlantiques, depuis une vingtaine après le passage du pic de mi-avril, c’est à dire pour Bayonne-Anglet-Biarritz-Saint-Jean de Luz-Hendaye-Boucau par exemple, environ deux décès par mois pendant les cinq derniers mois), et dont l’impact de mortalité, à évaluer sur la base des chiffres démographiques de l’INSE plutôt que sur des annonces quotidiennes fantaisistes, sera statistiquement invisible lorsque les vrais vrais chiffres seront connus et définitifs (la plupart des morts, d’âge médian 80 ans et avec des pathologies lourdes, seraient morts dans l’année de toutes façons), est de plus terminée depuis six mois, pour laisser place à une phase endémique à bas bruit qui tue moins que les accidents de trottinette (entre 40 et 70 décès quotidiens selon les chiffres officiels destinés à inquiéter, dans une population où le nombre habituel des décès quotidiens est à hauteur de 1600 par jour). Mais, comme d’habitude, les mesures sécuritaires et de contrôle et intimidation des populations restent en place, comme un fossile reste sous terre des millions d’années après que l’espèce vivante ait disparu.

Il faudra s’habituer au masque, absurde en milieu ouvert même en période d’épidémie réelle, alors qu’au rythme où s’opère la contamination, selon la propagande d’état elle-même (plus de dix mille par jour, qui doivent se traduire, étant donné ce que l’on sait du cours de la maladie, soit par la mort soit par l’immunisation dans les deux semaines qui suivent), la population sera bientôt massivement immunisée, comme il a fallu s’habituer aux vigiles dans les facs, dans les métros et dans les supermarchés, à la fouille à l’entrée des musées, en souvenir ému d’un terrorisme muséal qui n’a pas existé en France, aux heures d’attente dans les gares et aéroports en hommage à un terrorisme des transports lui aussi très surestimé. Bref : une société de la trouille et du contrôle bureaucratique et policier total, qui ne sauvera ni du chaos ni de la mort, bien au contraire.

Avec un corollaire : la campagne médiatique alarmiste sur ce thème n’a aucun rapport avec un problème sanitaire réel. Nous sommes dans la politique d’une dictature aux abois.

Vu hier des passages d’un débat très acrimonieux entre Patrik Juvin et Laurent Toubiana. Patrik Juvin représentant le point de vue des médecins-réanimateurs de terrain, confrontés sur le terrain à l’afflux des malades COVID, et dont on peut comprendre le souci matériel immédiat : inadéquation entre la demande de soins et l’offre, mais se refusant à considérer que l’on pourrait imaginer d’augmenter l’offre plutôt que de réduire la demande en ruinant le pays : ce qui expose à ne bientôt plus avoir les moyens d’aucune offre. Bref : la tiers-mondialisation de la France à laquelle correspond logiquement selon la logique politique la marche vers la dictature, système de gouvernement habituel des pays pauvres, sous-équipés, sous-éduqués et marqués par une lutte féroce pour les moyens d’existence les plus basiques.

Pour décrire le caractère tordu, que l’on pourrait dire imbécile si l’on ne savait pas qu’elle est mue par des intérêts et donc perverse, de cette politique, un journaliste pourtant posé et pas spécialement contestataire, Roland Cayrol, a trouvé l’image juste : celle du pianiste qui, jugeant qu’il est trop éloigné du clavier, rapproche le piano plutôt que le siège. Le gouvernement, ne voulant pas laisser se développer un secteur non-marchand comme l’hôpital public, parce qu’il est dans la main des intérêts privés, préfère mettre la société dans un corset de fer qui produira – croit-il – des malades dans une proportion compatible avec un hôpital squelettique. Je dis ‘croit-il’ parce que naturellement tout son pilotage est inepte, qu’aucune anticipation ne se confirme, qu’aucune mesure ne produit les effets escomptés. Par exemple, depuis l’obligation du masque, les contaminations -pour autant que les chiffres donnés aient un sens- auraient décuplé. Mais la réponse est toute prête : c’est parce qu’il faut plus de contraintes et de masques, tout comme il faut plus d’Europe pour sauver notre souveraineté, moins de sélection à l’école pour sauver le savoir, plus de liberté des échanges pour sauver l’emploi, plus de chimie pour sauver les abeilles, plus de mosquées pour nous sauver de l’islamisme….

Juvin défend toutes les mesures gouvernementales qui tuent les libertés et l’économie, en ciblant en particulier l’entreprise individuelle et autochtone. Il est aveugle à la duplicité du gouvernement qui prévient de la catastrophe imminente en gérant à minima les moyens qui seraient susceptibles de faire face. Et cet homme est en même temps un élu, qui est censé voir les choses dans une perspective large et multifactorielle. Accablant.

Juvin reporte toute la colère qu’il devrait ressentir contre le double-langage du pouvoir -négationniste en actes et non en théorie- sur le professeur Tubiana, qui a le tort d’expliquer, du point de vue de l’épidémiologie, qu’avec environ 50 morts par jour en moyenne, ou même cent, alors qu’au pic d’avril on était à près de mille, on ne peut pas, sauf à changer le sens des mots, parler de « seconde vague », ni de « rebond ». Et que d’ailleurs ces choses là n’existent pas vraiment dans l’histoire des épidémies de cette sorte…. Et que donc les mesures en cours n’ont aucun sens.

Lorsque Juvin décharge sa colère et son angoisse sur Tubiana, qui ne parle que de science habituelle, de ses critères et de sa terminologie, et des attentes raisonnables qui en découlent, cela me fait penser à ce que dit Freud du cauchemar, qui est le placage sur des images en soi banales d’une angoisse dont l’origine est ailleurs. Juvin projette sur Tubiana une acrimonie tout à fait justifiée, mais qui devrait en toute logique s’adresser à des personnes qu’il n’ose pas ou n’a pas intérêt à mettre en cause. C’est des moyens de soigner qu’il devrait réclamer. Mais il protège les gens qui les lui refusent en se donnant une cible de substitution : un bouc-émissaire. Lamentable, mais banal : puisque pour le gouvernement aussi, la maladie résulte des péchés du malade. On me dit que c’est un biais explicatif répandu dans la profession médicale, ce qui conduit à compléter l’axiome du docteur Knock : non seulement tout le monde est malade, mais en plus la raison en est que nous sommes tous pécheurs. Et heureusement qu’il y a la police.

Sauf à changer le sens des mots… Le même débat terminologique acrimonieux, secondaire et à la limite du délire a eu lieu sur une autre chaîne entre le professeur Toussaint et Martin Blachier. Le schéma est à peu près le même, à ceci près que si l’argumentaire de Jean-François Toussaint est du même ordre que celui du professeur Tubiana, en gros : il n’y a pas d’épidémie, en revanche il y a une grosse crise politico-économico-sociale que la trouille collective risque de rendre incontrôlable, Blachier représente une autre branche de la mouvance hygiéniste, objectivement pro-gouvernentale même lorsqu’elle soulève des objections, puisque les gouvernements se sont appuyés sur ses prévisions apocalyptiques pour se justifier : les jeunes mathématiciens prévisionnistes qui voient des exponentielles partout.

La question est alors de savoir si un passage de 40 morts le dimanche, puis 27 le lundi et 82 le mardi est le pied de courbe d’une exponentielle ou la fluctuation erratique d’un phénomène devenu marginal et dont la mesure est normalement devenue sujette à de grands aléas de saisie. Mathématiquement, il semble malheureusement pour eux et heureusement pour nous, que les mathématiciens ont tort aujourd’hui comme ils ont toujours eu tort depuis le début : et comme ils ont presque toujours eu tort dans le passé lorsqu’ils faisaient des prédictions en matière de sciences comme la physique ou la biologie qui ne sont pas par hasard expérimentales et observationnelles, plutôt que déductives.

Ce qui a surtout énervé Martin Blachier, c’est que Toussaint lui rappelle pour la deuxième fois en public une réalité malheureusement incontestable : toutes les prévisions des prévisionnistes en matière de « deuxième vague » ont été démenties par les faits depuis cinq mois que Macron a décidé le déconfinement contre leurs avis et en dépit des menaces qu’ils brandissaient. Et donc, il leur importe de dire, pour faire taire ces méchantes évidences, qu’en réalité la « deuxième vague » a bien eu lieu…. Quittes à changer la définition du concept.

La «deuxième vague » est donc subrepticement devenue « un plateau », qui est « la deuxième vague en plateau » et donc tout tombe juste et il n’y a pas eu d’erreur et il faut le masque pour éviter le reconfinement, car le plateau ne fait que vicieusement dissimuler sa véritable nature d’exponentielle. Glissement subreptice du vocabulaire, tout comme lorsque les « cas de covid » qui étaient des malades hospitalisés, et souvent des morts, en mars-avril-mai sont devenus des « testés positifs » terriblement nombreux et de plus en plus nombreux, mais pas plus malades que vous et moi et beaucoup moins que le niveau de l’emploi dans la restauration et l’aéronautique.

On comprend que ce discours tout en paradoxes, oxymores et approximations ne peut se tenir qu’en élevant la voix.

On comprend que s’il faut sauver le concept de « seconde vague », c’est à titre de menace, pour inspirer la peur, justifier des contraintes et imposer des comportements. On est dans le domaine de la religion, le port du masque en particulier étant un signe de croyance : il faut croire à la « seconde vague », comme les chrétiens croyaient à la résurrection et au jugement dernier, et le manifestaient par divers signes et amulettes. Un policier interrogé par un journaliste expliquait qu’en cas de non-port, au début de son obligation, lui et ses collègues ne verbalisaient pas les infractionnistes qui déclaraient avoir oublié de le mettre, mais seulement ceux qui disaient ne pas croire à son utilité. Une nouvelle religion est née, avec son catéchisme, et même ses premiers martyrs, dont le conducteur de bus de Bayonne, mort pour le port du masque selon les médias, mais dont il est apparu depuis que c’est lui qui avait sorti les réfractaires de son bus à coups de poing avant de succomber dans la bagarre. Ceci dans une ville où l’épidémie n’est jamais passée. Comme quoi ce n’est pas l’utilité du sacrifice qui importe, mais la foi qu’il manifeste.

Cela fait maintenant trois ans que ce gouvernement et ses chiens de garde, policiers, syndicalistes et journalistes marrons, et désormais scientifiques et pseudo-scientifiques de plateau-télé traitent le peuple de France à coups de poings dans la gueule. Cela pourrait finir par ne pas lui réussir.

Peter Hitchens, dans The critic, sur le masque

Democracy muzzled

Covid masks are a potent symbol of the West’s headlong flight from Enlightenment values

By Peter Hitchens

thecritic.co.uk

October 2020

The long retreat of law, reason and freedom has now turned into a rout. It was caused by many things: the mob hysteria which flowered after the death of Princess Diana; the evisceration of education; the spread of intolerant speech codes designed to impose a single opinion on the academy and journalism; the incessant state-sponsored panics over terror; the collapse and decay of institutions and traditions.

These have all at last flowed together into a single force, and we seem powerless against it. Absurdly, the moment at which they have achieved maximum power is accidental, a wild, out of-proportion panic response to a real but limited epidemic.

Outside total war and its obscenities, we have not seen what we are living through now. To list the constitutional events of the last few months is to ask the complacent chattering classes of Britain what it reminds them of: the neutering of parliament into a rubber stamp controlled by the executive; the death of political pluralism; the introduction of government by decree; the disappearance of the last traces of an independent civil service; the silence in the face of these events of media and courts; the subjection of the police to state edicts rather than to law.

Then those who have for years objected to campus censorship but are oddly silent now should surely list certain consequences for individual citizens: the cancellation of their unconditional freedom of movement; effective house arrest; arbitrary punishment; forced unemployment; restrictions in internal travel; disruption of family life including compelled separation of living spouses at the ends of their lives, and bans on attending funerals; the abolition of the freedom of assembly.

Add to these a gap in the life of civil society so long that every remaining independent institution and corporation has been permanently wounded, and the habits of a free country have been forgotten and atrophied. Add also the compulsory cessation of religious worship, the actual cancellation of Easter, the greatest and most subversive of all the Christian festivals; the prevention or severe punishment of gatherings of all kinds (except those approved of selectively by the authorities) and the suppression of education; the introduction of compelled speech, through the forced wearing of face coverings which publicly signal both surrender to the state and acceptance of the utopian, unscientific policy which guides that state.

I have been in some trouble for supposedly making too much of the last of these. Perhaps because I have spent so much time living or travelling in despotisms, I understand the point and nature of mass propaganda better than those who have not. It is not there to make you agree with it. It is there to tell you that you are powerless against it, and must listen without protest to official lying.

It is increasingly a disadvantage in any debate to know anything about the subject under discussion. This obvious aspect of the facemask decrees has so far eluded those who have only just begun to live as citizens of a servile state. Yet I remain amazed that so many either cannot see, or pretend not to see the enormous symbolism of a population compelled by fear of the state to sacrifice much of their individuality, and to adopt a form of dress which is associated with submission. I sometimes wonder where all the amateur Freudians are, normally so ready to offer me analysis of my failings, at moments such as this. A cigar is sometimes merely a cigar, but a mask is seldom just a mask.

The government itself, when it was still being honest, repeatedly and explicitly admitted in its own documents that these face coverings were of little practical use: the sacred science was then against them. It said in a document published on 23 June that “the evidence of the benefit of using a face covering to protect others is weak and the effect is likely to be small” (and no experiment since then has altered this).

In any case they were introduced long after the disease had done its worst. If these admittedly futile things were party armbands or lapel badges, or the little red flags which citizens of Warsaw Pact countries were once compelled to fly from their crumbling balconies on communist feast-days, their purpose would be more obvious.

But even those nasty totalitarian obligations lacked one important thing which the wearing of face coverings does require. The Covid Muzzle demands an extraordinary act of personal self-cancellation. At a recent anti-lockdown demonstration in Melbourne, police were observed forcibly placing these muzzles on the faces of arrested protesters already in handcuffs and powerless to resist. The officers involved, many of them in heavy body armour, unwittingly illustrated their real purpose — to turn us into mouthless, voiceless servants of power. It is fascinating also to look back at the first pictures of prisoners arriving in Guantanamo, chained and humiliated in orange jumpsuits. They too are wearing the little blue muzzles over their mouths which, 20 years later, are now worn by normal citizens everywhere. Surely nobody can argue that this extra piece of subjugation and belittling was a health precaution.

No doubt this self-abnegation and self-cancelling appeals to some. Look and you will see that some wear them with a sort of pride. But most look baffled and captive, as if they are peering out through a slot in a wall behind which they have found themselves trapped. And the constant sight — on streets, in stations, in shops and on TV — of thousands of others, likewise suppressed, maintains the fear, alarm and panic which the government must now preserve for the foreseeable future.

Those who think this is scaremongering need to read an astonishing document still far too little known to the general public. It is a paper submitted to the government’s own SAGE committee on 22 March 2020, and it has the heading “Persuasion”. The key segment reads:

Perceived threat: A substantial number of people still do not feel sufficiently personally threatened; it could be that they are reassured by the low death rate in their demographic group, although levels of concern may be rising. Having a good understanding of the risk has been found to be positively associated with adoption of Covid-19 social distancing measures in Hong Kong. The perceived level of personal threat needs to be increased among those who are complacent [my emphasis], using hard-hitting emotional messaging. To be effective this must also empower people by making clear the actions they can take to reduce the threat.

Documents of this kind are not supposed to get out. In better times than these, with active and critical media, this particular passage — with its clear implication that it was the task of the state to scare us into compliance — might have led to the fall of the government. As it is, you will struggle to find mentions of it in the British national press. They are there, but they are hard to find and not on any daily front pages. This is not because of censorship or because of any kind of collective action.

It is because most people, having lived all their lives in relaxed freedom, are quite unable to believe what is in front of their eyes. It is a Chestertonian paradox which Chesterton himself never wrote: a government changing the nature of the state successfully and without opposition because nobody can believe what they are seeing, and so everybody politely ignores it.

This could not have happened, in my view, 60 years ago. Rigorous education, especially of the elite, had at that time created a significant class of people who knew how to think, and how to assess evidence. There would always have been someone, whether it was a Tam Dalyell or a Churchill, to point out the true direction of events and warn against them, prominently. Much of the press would have given this dissent house room, rather than obediently conforming (in order to #ProtectOurNHS). But in the intervening years such rigorous schooling has been replaced by an egalitarian education system which teaches its students what to think, not how to think. Criticism of the past is obligatory, but any cold-eyed assessment of the present — in which new ideas benevolently rule — is disliked and ignored.

As well as this, there have been the various spasms of panic and emotion which convulsed the country after the Cold War ended. These were profound attacks on reason. They were also attacks on limited government and the rule of law, which rest largely on the power of reason. Most people quite like being afraid of something, and many dislike freedom and the responsibility that comes with it. The honest among us all admit it.

Once, before Charles Darwin, Ypres and the Somme, the Christian religion answered those needs. The Fear of the Lord was the Beginning of Wisdom, and the devoted service of Christ was perfect freedom. Faith offered eternal life and helped people to accept temporal death as normal. This belief helped to sustain earthly liberty because, as Edmund Burke pointed out, the man who truly fears God will fear nothing else. No despot can get very far if there are such men around in any number.

But fewer and fewer believed that, and the need for something to replace it had a lot to do with the rise of authoritarian movements all over an increasingly secularised Europe in the 1930s. After the cynicism and the acceptance that ends justify means promoted by World War Two, secularism grew still more.

But for 50 years the Soviet and nuclear threat provided a substitute — an Armageddon to fear, and a reason to rally round the state in the free countries of the West. It provided an unexpected bonus, which protected us all though we did not realise it at the time. Since the USSR was the arsenal of repression, political liberty in the Western lands was under special protection as long as the Kremlin was our enemy. Freedom was, supposedly, what we fought and stood for. Governments claiming to be guarding us from Soviet tyranny could not go very far in limiting liberty on their own territory, however much they may have wanted to.

That protection ended when the Berlin Wall fell. In the same extraordinary moment, the collapse of Russian communism liberated revolutionary radicals across the Western world. The ghastly, failed Brezhnev state could not be hung round their necks like a putrid albatross any more. They were no longer considered as potential traitors simply because they were on the left. Eric Hobsbawm, and those like him, could at last join the establishment. Indeed, fortresses of the establishment such as the BBC now welcomed political as well as cultural leftists onto their upper decks.

Antonio Gramsci’s rethinking of the revolution — seize the university, the school, the TV station, the newspaper, the church, the theatre, rather than the barracks, the railway station and the post office — could at last get under way. At that moment, the long march of 1960s leftists through the institutions began to reach its objective, as they moved into the important jobs for the first time. And so one of the main protections of liberty and reason vanished, exactly when it was most needed.

The BBC’s simpering coverage of the Blair regime’s arrival in Downing Street, with its North-Korean-style fake crowd waving Union Jacks they despised, and new dawn atmosphere was not as ridiculous as it looked. May 1997 truly was a regime change. Illiberal utopians really were increasingly in charge, and the Cultural Revolution at last had political muscle.

Then came the new enemy, the shapeless ever-shifting menace of terrorism, against which almost any means were justified. To combat this, we willingly gave up Habeas Corpus and the real presumption of innocence, and allowed ourselves to be treated as if we were newly-convicted prisoners every time we passed through an airport.

Those who think the era of the face-mask will soon be over might like to recall that the irrational precautions of airport “security” (almost wholly futile once the simple precaution of refusing to open the door to the flight deck has been introduced) have not only remained in place since September 2001: they have been intensified. Yet, by and large, they are almost popular. Those who mutter against them, as I sometimes do, face stern lectures from our fellow-citizens implying that we are irresponsible and heedless.

Now a new fear, even more shapeless, invisible, perpetual (and hard to defeat — how can you ever eliminate a virus?) than al-Qaeda or Isis, has arrived in our midst. There is almost no bad action it cannot be used to excuse, including the strangling of an already shaky economy for which those eccentric or lucky enough to still be working will pay for decades. Millions have greeted this new peril as an excuse to abandon a liberty they did not really care much about anyway.

As a nation, we now produce more fear than we can consume locally, hiding in our homes as civil society evaporates. We queue up happily to hand in our freedom and to collect our muzzles and our digital IDs. And those of us who cry out, until we are hoarse, to say that this is a catastrophe, are met with shrugs from the chattering classes, and snarls of “just put on the frigging mask” from the mob. If I hadn’t despaired long ago, I would be despairing now.

L’Etat profond, par Caroline Galacteros, Front Populaire

L’État profond mène une diplomatie parallèle

GeopragmaDiplomatie, Etats-Unis, France, Souverainetédiplomatie, Etat profond, États-Unis, France, souveraineté

Article de Caroline Galactéros* paru dans Front Populaire le 15/09/2020.

Depuis des années, la diplomatie française a été désarmée par l’administration profonde du pays, qui musèle les gouvernants et tient les rênes de notre politique étrangère. Le programme de ces hauts fonctionnaires indéboulonnables est clair : s’aligner sur la diplomatie américaine, faire le jeu de l’Union européenne et enlever à la France tout ce qui lui reste de souveraineté.


Qu’est-ce que l’État profond (deep state en anglais) ? À quoi, à qui sert-il  ? Ne s’agit-il pas du mythe entretenu d’une permanence régalienne transcendant les aléas politiques au profit de la solidité institutionnelle ? Ou plutôt de l’avatar fantasmé d’un complotisme rabougri ? S’il existe bel et bien, est-ce partout dans le monde ou juste en Occident ? Quel est son rapport à la démocratie, à la dictature, à la souveraineté, à la nation, au peuple ?

L’expression est à la fois inquiétante et attirante, nimbée d’une aura mystérieuse d’influences et de nuisances. Dans son acception la plus commune, l’État profond renvoie au territoire secret des initiés du « vrai pouvoir », celui du temps long où une « vision » structurée et portant l’intérêt national supérieur d’une nation est mise en œuvre par-delà l’immédiateté des injonctions médiatiques, les intérêts politiques personnels ou corporatistes et les humeurs instables des peuples. L’État profond serait le sanctuaire immatériel et concret mais surtout résilient de l’essence du politique. Il la préserverait de la démagogie électoraliste et de l’air corrosif du temps ; un saint des saints pour la souveraineté populaire et nationale protégée par une armée des ombres vouée à défaire les maléfices du temps court et la tyrannie de la transparence. L’État profond serait en somme l’envers vertueux de l’État « officiel », porteur incorruptible de son « sens » au profit ultime du peuple et de la démocratie.

L’ÉTAT PROFOND CONTRE L’ÉTAT

C’est beau comme l’Antique…, mais c’est une légende. Ce fut peut-être (un peu) le cas de l’État profond des origines, né en Turquie sous le nom de derin devlet. Ce maillage secret reliant milieux économiques, caste militaire et appareil de renseignement constitua longtemps le bras armé de l’élite militaro-laïque post-ottomane vouée à la protection de l’État kémaliste contre une société turque restée profondément pieuse. Il s’agissait d’empêcher le basculement politique de la jeune démocratie turque dans un islamisme qui aurait hypothéqué sa modernisation. C’était il y a longtemps… Depuis son arrivée au gouvernement en 2003 et plus ouvertement grâce au « coup d’État manqué » de juillet 2016, Recep Tayipp Erdogan s’emploie à détruire ces réseaux laïcs protecteurs et à consolider l’emprise d’un islamisme politique assumé qui fait chanter l’Europe et l’OTAN en toute impunité. On peut donc casser le deep state, même quand il est utile. Mais il faut s’appeler Erdogan.

L’État profond est-il dangereux pour la démocratie ? Oui. Mais la dérive ne prend pas sa source dans l’opposition entre l’« ouvert » et le « fermé », le transparent et l’opaque. Tout État a légitimement besoin de secrets pour persister dans l’être et contrer les attaques de toute nature qu’il subit en permanence. La dérive réside dans la fonction tenue par ces structures profondes, qui n’est pas protectrice mais prédatrice des intérêts nationaux. Aujourd’hui, en France ou aux États-Unis, pour ne prendre que ces exemples, les ramifications de l’État profond agissent non plus pour, mais contre l’État, contre la nation et pire encore, contre le peuple. Elles sont comme des bernard-l’ermite qui pénètrent une coquille inerte, l’investissent et se déplacent à loisir sans se montrer. Elles consolident en sous-main la privatisation progressive des appareils d’État au service d’autres agendas, personnels, corporatistes mais aussi étrangers.

Prendre le contrôle de la politique étrangère et de la défense d’un État, le faire renoncer à définir et défendre sa souveraineté, ses intérêts et ses principes reste un must pour l’État profond. Cette captation se fait évidemment au nom de la raison, de la mesure et du progrès, et, pour détruire toute suspicion, toute critique et plus encore toute enquête sur ces « mafias institutionnelles » aux ramifications internationales, ses relais, notamment médiatiques, évoquent volontiers la théorie du complot. L’État profond n’existe pas. C’est une lubie complotiste. Circulez, il n’y a rien à voir !

Pourtant, l’État profond est tout sauf un mythe. Pour le général américain Westley Clark – ancien commandant de la campagne de l’OTAN contre la Serbie en 1999, soudainement déniaisé en 2001 lorsqu’il découvrit un document du secrétaire d’État à la défense Donald Rumsfeld prévoyant la déstabilisation et la destruction de sept pays en cinq ans (Irak, Syrie, Liban, Libye, Somalie, Soudan et enfin Iran) – c’est un « supramonde » qui agit non pas pour, mais contre l’État officiel, en se servant de ses rouages humains et institutionnels par l’activation de « pions » placés au cœur des gouvernements, des bureaucraties, des institutions, des médias, du monde politique et des affaires, des appareils judiciaire, militaire et de renseignement. Le deep state, ce sont aussi parfois des liens plus inavouables entre milieux politiques ou d’affaires et organisations mafieuses (cf. l’assassinat du président Kennedy). Ces dernières choisissent des politiciens ordinaires ayant des « cadavres dans le placard » ou une ambition dévorante, les mettent sur orbite politique, font leur carrière, comme celle du sénateur John McCain, construite sur l’imposture de son supposé héroïsme au Vietnam, et « tiennent » ces marionnettes qui favoriseront toujours leurs intérêts et leurs « options » pour que jamais on ne découvre leurs turpitudes ou leurs mensonges.

L’ÉTAT PROFOND AMÉRICAIN

Comme en bien d’autres domaines, l’Amérique offre l’archétype de l’État profond. Cela ne date pas d’hier. On se souvient que dans son discours d’adieu de janvier 1961, le président Eisenhower avait déjà mis en garde contre la puissance prédatrice du « complexe militaro-industriel » américain (CMI) et son infiltration dans les rouages de l’État. Le CMI est l’ancêtre du deep state. Mais depuis 2016, c’est le sort politique du président Donald Trump qui incarne magistralement la puissance et l’étendue des réseaux du deep state américain, contre le verdict des urnes ayant porté à la présidence un homme à la fortune faite, donc peu maniable par les faiseurs de rois néoconservateurs qui avaient décidé qu’Hillary Clinton servirait docilement leur agenda belliciste. Que l’on songe à l’ahurissante vindicte dont il fait l’objet depuis sa victoire, aux forces qui se sont conjuguées pour le diaboliser et l’empêcher d’agir, mais aussi pour intimider, décrédibiliser et provoquer le remplacement de tous les hommes qu’il avait choisis, par des boutefeux « neocons » (Bolton, Mattis, Pompeo, etc.) qui ont failli provoquer une guerre avec l’Iran et n’y ont pas renoncé. Sa présidence aura été sapée de bout en bout, depuis un « Russiagate » grand-guignolesque jusqu’au lancement spécieux d’une procédure d’impeachment. Tout cela pour lui faire courber l’échine.

Quels que soient les défauts ou les limites du président Trump, l’État profond joue depuis quatre ans contre la volonté populaire et les intérêts supérieurs de la nation américaine. Triste victoire posthume pour le président Eisenhower que ce successeur dézingué du matin au soir à la face du monde et des ennemis de l’Amérique, accusé d’être stupide, fou et traître à sa patrie. Quant aux grands médias américains, fourvoyés avec jubilation dans cette indécente curée, ils se sont durablement décrédibilisés. In fine, que l’on aime ou pas les États-Unis, c’est la puissance de tête de l’Occident qui en aura pâti.

Il faut dire qu’il avait lourdement péché en voulant se rapprocher de la Russie  ! Pragmatique, il avait compris que dans le nouveau duel USA-Chine, Moscou était une force de bascule qu’il fallait arracher aux griffes chinoises. Il voulait aussi en finir avec l’interventionnisme priapique du Pentagone et « ramener les boys » à la maison. Surtout, outrage impardonnable, dès avant son entrée en fonction, il avait mis en doute la véracité des briefings de renseignement qui lui étaient communiqués pour lui laver le cerveau. Bref, son programme était une provocation pour les néoconservateurs qui ont infiltré depuis vingt-cinq ans les partis démocrate et républicain. Un Président « imprévisible » répétait-on  ; incontrôlable surtout.

Car l’une des caractéristiques de l’État profond est qu’il transcende les clivages partisans. Aux USA, ses figures sont aux commandes quelle que soit la couleur de l’administration. John Bolton, Dick Cheney, Paul Wolfowitz, Donald Rumsfeld, le vieux Zbigniew Brzezinski, le général Mattis et aujourd’hui Mike Pompeo – pour ne prendre que les têtes d’affiche –, en poste ou en backstage, sont à la manœuvre avec un agenda inchangé depuis la guerre froide  : contrer la Russie et son influence renaissante au Moyen-Orient et en Afrique, grignoter ses derniers alliés (Serbie, Monténégro, Biélorussie, Géorgie et naturellement l’Ukraine), soumettre l’Iran et ses affidés, aider Israël et soutenir la Turquie, puissance majeure du flanc sud de l’OTAN contre l’Europe. Une Europe qu’il ne s’agit pas de protéger mais d’affaiblir pour pérenniser l’emprise de l’OTAN comme structure centrale de la sécurité européenne, étendre sa zone géographique d’intervention légitime, vendre toujours plus d’armes aux vassaux européens de l’Alliance, renforcer les divisions entre la vieille et la jeune Europe, mais aussi entre la Contrôle et l’contrôle, pour prendre la place de Moscou comme premier fournisseur de gaz et de pétrole sur le Vieux Continent (cf. North Stream 2). Que l’administration soit républicaine ou démocrate, les objectifs et les moteurs de la puissance américaine ne bougent pas d’un iota  : déstabilisation des grands États laïcs du Moyen-Orient, mise en place d’hommes lige et de régimes aux ordres, salves de sanctions et « terrorisme extraterritorial » au nom de la lutte contre la corruption, dépeçage industriel et technologique des joyaux européens… L’Amérique vit depuis toujours de, pour et par la guerre et sur l’imposture d’une « nation indispensable » à la sécurité du monde. Elle doit donc en permanence déstabiliser pour justifier son intervention, puis reconstruire les champs de ruines méthodiquement entretenus. La paix ne l’intéresse pas. La démocratie non plus, sauf pour sa fonction instrumentale et « narrative ».

L’ÉTAT PROFOND CONTRÔLE LA DIPLOMATIE FRANÇAISE

Le cas français est lui aussi malheureusement éloquent. Car si Donald Trump a été depuis quatre ans le « prisonnier de la Maison Blanche », Emmanuel Macron est clairement celui de l’Élysée. Je ne veux pas accabler ici ses deux prédécesseurs qui ont enfermé notre diplomatie dans une impasse stratégique gravissime. Notre retour servile dans les structures militaires intégrées de l’OTAN, notre suivisme pavlovien sur les dossiers ukrainien, libyen, syrien, notre « diplomatie économique » qui nous a vendus aux monarchies du Golfe pour un plat de lentilles, tout cela est suicidaire et, à moins d’une rupture franche, presque irrattrapable. Cela n’a fait qu’accélérer la déstabilisation culturelle et sécuritaire de notre pays et son expulsion des affaires du monde.

Quoi qu’il en soit, pas plus que Trump, notre Président actuel ne peut se rapprocher véritablement de Moscou et bousculer enfin les lignes de fracture anachroniques du monde. On ne le laisse(ra) pas faire. Trop d’argent, trop d’intérêts, trop de postes en jeu. Il peut bien aligner les déclarations, les discours, recevoir Vladimir Poutine à Brégançon, partir à Moscou… Tant qu’il n’osera pas couper la tête de l’hydre atlantiste et sortir la France de l’OTAN, toutes ses micro-initiatives tomberont dans le vide. Gone with the wind. La guerre froide n’a jamais cessé. Washington ordonne de traiter la Russie contemporaine comme l’URSS d’antan. La France n’a qu’à obéir. Notre diplomatie sans allonge ni portée, (des)servie par neuf ministres des Affaires étrangères en dix-huit ans, est menée depuis 2005 par des hommes ne faisant pas autorité dans leur domaine et n’en ayant pas non plus. Elle est menottée par ses servitudes et par un corpus de dogmes et de tabous qui diabolisent comme « rétrograde » et – injure suprême – comme « souverainiste » toute réflexion stratégique ou diplomatique singulière partant de l’évaluation de nos intérêts nationaux propres. Cette faiblesse diplomatique a considérablement affaibli l’exécutif et renforcé l’emprise du deep state sur la décision diplomatico-militaire. L’État profond français, en écho docile à son donneur d’ordres d’outre-Atlantique, a pour « objectif final recherché », selon la terminologie militaire, le maintien de l’inertie de notre politique étrangère et la poursuite de guerres sanglantes et inutiles. Les conflits actuels sont les manifestations les plus éclatantes de cette embolie diplomatique qui nous met, bien plus que l’OTAN à vrai dire, en état de « mort cérébrale » stratégique.

Dans une inversion tragique, c’est le conformisme de pensée qui signe l’influence de l’État profond au cœur de l’appareil d’État français, confortée par la lente infiltration des utopies mondialistes, antinationales et ultralibérales qui ont favorisé une porosité mentale et culturelle au « narratif » atlantiste. Ses « agents » sont parfois corrompus mais le plus souvent convaincus. Leur esprit de renoncement est porté par un climat intellectuel et politique avachi. Notre diplomatie est sclérosée, tétanisée, impotente et surtout fataliste. La conjuration secrète des néoconservateurs pro-américains veille depuis l’intérieur du Quai d’Orsay, du ministère des Armées et de celui des Finances, à ce que la politique étrangère française ne s’autonomise pas. Son agenda clair irrigue des couches de responsables administratifs, diplomatiques, militaires, économiques, culturels et médiatiques et oriente véritablement l’action gouvernementale et administrative, engluant littéralement toute ambition de penser et d’agir autrement. Le pouvoir politique, quant à lui, tout entier dédié à des préoccupations électoralistes, ne veut ni ne sait plus décider. Il écoute les « experts » et pratique fébrilement le principe de précaution et l’ouverture de parapluie.

LES OBJECTIFS DE L’ÉTAT PROFOND

Quel est cet agenda ? C’est tout simple : l’obéissance aux oukases américains. Dans tous les domaines. L’aboulie de la France sur la scène du monde, portée par une vision du monde myope et un entêtement dans des impasses diplomatiques manifestes. C’est l’agenda du Maître, celui d’une sujétion mentale, normative, économique et bien sûr stratégique, celui de l’affaiblissement nécessaire de l’Europe qui ne doit à aucun prix grandir et s’affranchir de sa tutelle de grande handicapée stratégique et rester confite dans un atlantisme paralysant. C’est celui de la fin des États et des peuples européens qui doivent devenir des territoires traversés de flux de populations les plus décérébrées et interchangeables possible, sommées d’oublier leur histoire, de dépenser leur argent, de se laisser dominer gentiment en se croyant ainsi pacifiques et modernes. Vaste programme ! Cet agenda, qui ne date pas d’hier, a présidé à la naissance même de l’Europe communautaire puis à son élargissement précipité et inconditionnel. Les politiques français, mis à part quelques kamikazes marginalisés, sont ses otages stockholmisés.

Pourtant, on a cru voir le bout du tunnel. C’était il y aura bientôt un an, à la conférence des ambassadeurs, le 27 août 2019. Quelques phrases « en clair » du président de la République ont fait croire à une prise de conscience salutaire. Enfin s’annonçait le grand nettoyage des écuries d’Augias, depuis la haute administration jusque dans les couloirs de certains grands groupes nationaux qui abritent des hommes à l’influence « si profonde » qu’ils n’en finissent jamais de mourir et se recasent de cabinets en postes de conseillers « spéciaux » ou « stratégiques » pour poursuivre leur œuvre de sape. Le Président tança une assistance médusée, lui disant qu’« il savait qui ils étaient et qu’il refusait que l’on décide à sa place ». Mais dès le lendemain, il nommait à la Direction des affaires politiques du Quai d’Orsay l’une des figures les plus éminentes du néo-conservatisme français, qui allait faire la paire avec son « collègue » du Département des affaires de sécurité et de désarmement du ministère, et avec tant d’autres. Il avait dû « donner des gages », me dit-on. Ce n’était pas important, cela n’entraverait pas le vent de réforme qui soufflait enfin. Las  ! Le Quai d’Orsay est sous contrôle de l’État profond et le « pouvoir », s’il ne veut pas désobéir et enfin décider, n’est que l’otage consentant d’un système d’hommes – comme on parle de système d’armes – qui tous voient la France comme un dominion et convergent dans une foi qui fait leur(s) affaire(s). Contre l’État et la démocratie. Contre les intérêts de la France et des Français. Ces rouages d’un agenda qui n’est pas celui de l’intérêt national ni général semblent indéboulonnables. On ne les vire jamais, on ne les écarte pas. On n’ose pas. On en a peur. Le jeu des réseaux, des intérêts et des carrières fait le reste. Il faut ruser, ne surtout pas prendre le risque de les démasquer. Alors on les déplace, on les recase dans des instituts de réflexion prestigieux ; on les promeut même, dans une sorte de schizophrénie régalienne. L’État renonce de lui-même à son autorité. Il se ligote en croyant contrôler le système dont il est l’otage. Il n’a plus de colonne vertébrale, il est métastasé par un rhizome hostile dont les éléments n’ont d’ailleurs pas conscience de travailler pour l’étranger. Ils sont parfois même tenus pour de grands serviteurs de l’État. Pourtant, ce sont des vers dans le fruit, des termites aux allures de vers luisants qui lentement mais sûrement, avec la sérénité des grandes machines sûres de leur impunité collective, dénaturent, grignotent, détruisent la conscience même de notre souveraineté. On les fabrique au cœur même de notre propre haute administration d’État, à Sciences Po, à l’ENA. Là, les derniers professeurs qui se risquent à parler d’intérêt national en cours d’administration européenne voient s’écarquiller des paires d’yeux incrédules et des cerveaux lobotomisés pour lesquels cette notion n’a plus aucun sens, ni pertinence à l’heure d’un fédéralisme européen trop longtemps entravé par des peuples ignorants qui ont eu l’audace de voter contre Maastricht ou Nice ! Le fédéralisme pour notre nation-croupion  : voilà ce qui doit enfin advenir ! La perte du sens de l’État par de nouvelles générations de hauts fonctionnaires essentiellement préoccupés de monter rapidement en grade, qui ne croient plus en leur mission fait le reste. La « Secte », ainsi qu’on la surnomme, est un réseau de correspondants pas tous honorables qui convergent pour faire prendre, empêcher ou faire se poursuivre certaines orientations et décisions. Ils partagent une conviction  : il faut mener la France pour son propre bien sur le chemin du renoncement à elle-même. La France n’est plus rien. Dont acte. Elle ne peut plus penser et encore moins agir seule. Elle est petite, faible, atrophiée sans son ancrage européen. Maastricht, Rome 2, Lisbonne : voilà les protections, les armes véritables de la survie  ! La souveraineté n’est qu’une lubie, un péché d’orgueil !

RETROUVER NOTRE SOUVERAINETÉ

Ainsi, tandis que l’État profond américain assume totalement sa volonté de puissance, l’État profond français y a renoncé et se place servilement sous la coupe de son « grand allié ». Les réseaux d’influence américains en France et en Europe sont puissants et anciens. Ils infiltrent depuis des décennies les bureaucraties permanentes militaires, diplomatiques, du monde du renseignement mais aussi économiques, financières, culturelles. Ils ciblent des individus, grâce au Young Leaders Program, à la French American Fondation, au réseau Open Society de George Soros et à bien d’autres. Ils les attirent par des think tanks, des médias, des programmes de coopération universitaire, scientifique et naturellement militaire. Les cibles de ce soft power sont fidélisées avec des commandes d’articles, des études, des conférences, des voyages, des invitations prestigieuses (et juteuses) à enseigner à l’étranger, ou de coups de pouce à des carrières. Les visages de cette opacité sont bien installés, de bon conseil et ont de l’expérience. Ils « font autorité » depuis si longtemps dans l’art de discourir sur le monde, bénéficient d’une présomption de légitimité et rabâchent avec aplomb de prétendues évidences. Leurs rejetons universitaires, « intellectuels », experts, éditorialistes et commentateurs sont eux aussi « des gens sérieux » ayant pignon sur rue, aux pedigrees impeccables ; de vraies « stars » connues par leurs seuls acronymes… On les aide depuis des lustres à construire des parcours qui sont autant d’occasions d’œuvrer à l’indicible agenda qui les anime. L’État profond français est donc tout sauf refoulé. Quand il se sent menacé ou découvert, il se défoule même sur le terreau d’un recul du régalien et d’une crise de l’autorité que rien ne semble pouvoir arrêter. Il chasse en meute et lance des anathèmes en rafale sur les réseaux sociaux contre les quelques personnalités ou simples individus qui osent rappeler que la France n’est pas morte, que le cadavre bouge encore et qu’il faut juste vouloir réagir.

Mais il est grand temps de dire l’indicible. Ces gens œuvrent à l’abaissement national assumé comme une fatalité. Rien de tragique en somme : juste la sortie de la France de la scène du monde ! Regrettable mais irrattrapable. À admettre et transformer en une chance de se porter vers une autre dimension : la fin des nations, des peuples et des États, le nec plus ultra de la postmodernité politique ! On n’est pas à un paradoxe cynique près chez les fakirs de cette eau-là. Plus c’est gros, plus ça passe.

Que faire ? Contre un virus aussi malin et métastasique, il faut une thérapeutique de choc. Il faut cartographier, identifier, désigner et détruire méthodiquement. Neutraliser la capacité de nuisance d’hommes et de femmes dont l’intime conviction et/ou l’intérêt de carrière ou économique leur commandent de ne surtout pas réfléchir à l’intérêt de la France et des Français. Pratiquer un name and shame cathartique, et sortir manu militari tous ces individus d’un système qu’ils ont obstrué, au point que la France est à la dérive et la proie d’un mépris à travers le monde insupportable à tous ceux qui croient encore en ce que nous pouvons être. Il faut qu’existe la certitude de sanctions personnelles lourdes pour quiconque ne mettrait pas en pratique la nouvelle politique étrangère cohérente et ambitieuse indispensable pour notre pays.

Et aussi, expurger de nos cœurs cet esprit de soumission que nous soufflent ces hérauts maléfiques au nom d’un réalisme dévoyé. Pour cela, l’impulsion doit être donnée par la tête de l’État. Il faut donc un chef de l’État incorruptible qui croit à la grandeur de la France, à sa singularité et à la nécessité impérieuse de son indépendance. Un homme qui cesse de bavarder et agisse. Un homme qui ose enfin désobéir et user de son autorité – en l’espèce de son pouvoir de nomination et de limogeage – pour décapiter la gorgone atlantiste qui depuis des décennies paralyse les membres et la tête de notre structure régalienne, détruit la confiance, l’esprit de responsabilité et finalement l’espoir, chez les élites comme chez le peuple. Cela suppose de réhabiliter trois notions cardinales diabolisées : la souveraineté, la puissance et l’influence, au lieu d’y renoncer au prétexte que cette ambition serait hors de notre portée. Nous en avons tous les atouts. Il suffit de le vouloir et de nous doter du kit de survie nationale : courage, cervelle et cœur. Mieux que le masque ! À fournir d’urgence à nos dirigeants.

Si la France était une femme, sans doute comprendrait-on plus instinctivement que l’on ne peut l’aimer sans la respecter, comme une soumise, une enchaînée, un pot de fleurs, un trophée tristement pendu au mur. La France est un être de lumière, libre, indépendant, moderne car souveraine. La souveraineté c’est la vie, et c’est moderne en diable.

*Caroline Galactéros est Présidente de Geopragma

The Covidean Creed (As Agreed at the Unholy Conclave at Davos)

Ian Jenkins

We believe in one Virus, the SARS-COV-2, the Almighty, destroyer of heaven and earth, that is all there is, seen and unseen.

We believe in one Malady, Covid-19, the only son of SARS-COV-2, eternally begotten of the Virus, God from God, Darkness from Darkness, true God from true God, begotten, not made (probably) of one Being with the Virus.

For diseases are they none but the One True Virus and Death comes not without Its presence. Thou shalt have no diseases before the One True Virus. They that die outside the Virus shall not have their passing told unto the people on a quotidian basis in hushed tones, but shall be quietly recorded in obscure tables when the time comes.

Through the Virus all things were unmade.
For us men (and women and all points in between) and for our damnation
It came down from heaven (or maybe from China or Maryland):

By the power of the Holy WHO
It became incarnate from the swirling microbes (or maybe bat soup through immaculate Zoonosis), and was made Pandemic.

For Its sake we were crucified under ongoing Lockdown;
It suffered not death, like unto most it afflicteth, and is never buried in the news.
Though by the evidence that appeareth on those who do pass away or wax sick, it hath waned to almost nought.

On the second wave It rose again
And though few did perish many were tested and lo! Many were deemed infected (probably) and ‘cases’ were they named, though sickness showed they none,
in accordance with the Great Plan;

It ascended into the collective consciousness
and is seated on the right and left hand of all (lest with sanitiser they do anoint themselves five score times hourly)

It will come again in glory, as many times as necessary to convince the living and the dead,
and his mask’d kingdom will have no end, it seemeth.

We believe in the Unholy pathogen, the Lord Rona, the taker of life (for they that are vulnerable), though he passeth the children by,
who proceeds from the laboratory and the test.
With the quest for a Vaccine, the donning of the Holy Mask and with sequestration of the faithful he is worshipped and glorified and Its name kept alive in the minds of all.

It hath spoken through ‘The Science’ and thereafter through the Media, through Potentates and Rulers and through the scriptures of the WEF and of the foundations and think-tanks that do proclaim Its Gospel.

Woe to they who do speak out against the words of the Powers of Covid or their servants, for they shall be anathema and their names removed from the Book of Face and platform shall they have none. One shall they be made with they that aver the Earth to be flat and Conspiracy Theorists shall they be named.

We believe in one unholy Catastrophic and Technocratic Global Church.
We acknowledge one Great Reset for the salvation of all.

We look in vain for the resurrection of Reason, Proportionality and Democracy,
and towards the life of the New World to come.

Amen.

Les anglais ont comme d’habitude un temps d’avance dans la réflexion. Une suggestion :

If the route to elimination and isolation of the vulnerable both cause too much suffering then what next? Practical suggestions have been largely absent amongst the torrent of voices who question the lockdown approach. But some do exist. One such example is the targeted protection advocated by the greenbandredband system. This approach proposes that all adults be given the right to choose whether to class themselves as vulnerable or low risk. No arbitrary lines, just a personal choice based on personal risk assessment. From there very simple rules exist. For those who classify themselves as vulnerable, distancing/protection measures similar to those in place currently would be maintained. The low risk would also follow these rules when interacting with the vulnerable. But where low risk individuals mixed with each other, they would not be bound by distancing rules.

Un député britannique sur la politique sanitaire de son pays, qui ressemble désastreusement à la nôtre, pour le même genre de raisons :

Conservative MP Richard Drax had a letter in the Telegraph on Monday that reflects the growing scepticism among Conservative MPs.

SIR – A major rethink on how we battle coronavirus is urgently needed. Now, we’re far better informed, so locking us all down and destroying more lives and livelihoods are not the answer.

Even when a vaccine is found, it may not grant total immunity. In the meantime, as with every other disease, we must learn to live with it.

The most vulnerable are more than capable of deciding how to protect themselves, while the young need to get on with their lives and enjoy their youth, which passes all too quickly.

Enough of this hourly analysis, which creates an atmosphere of fear out of all proportion to the threat. Our best weapon against the virus, for now, is common sense, not over-reaction, which is devastating our country.

Richard Drax MP (Con)
London SW1