Gauche et droite ?

Gauche, droite : c’est de la vieille pensée qui n’aide pas à comprendre. Cela avait un sens aux alentours de 1890 dans le cadre limité de la Troisième république française, où le débat portait sur des broutilles comme l’institution d’un impôt sur le revenu et la lutte contre l’influence des curés sur les moeurs paysannes. Mais déjà, gauche et droite étaient d’accord sur un projet essentiel : préparer la prochaine guerre contre l’Allemagne.

Le prétexte agité devant le peuple était l’Alsace-lorraine. La raison de fond était le partage des ressources naturelles et la domination des mers. En France, avant 1914, tout le monde était pour la guerre, après 1918, tout le monde était contre. Pas d’opposition droite-gauche : la France, théoriquement victorieuse mais frustrée de sa victoire et ruinée à tous points de vue, connaissait un consensus pour une politique de chien crevé au fil de l’eau, dominée par la corruption.

Il n’y avait en réalité plus que deux camps : le parti communiste d’un côté, tous les autres de l’autre. Car était venue la révolution bolchévique, qui avait vidé de sens l’opposition gauche-droite, pertinente quoique molle dans le cadre du consensus bourgeois, pour la remplacer par une opposition radicale entre systèmes de domination incompatibles : bureaucratie planificatrice et autoritaire mettant la politique au-dessus de l’économie ou lutte entre monopoles financiers et industriels dans une jungle économique dont les soubresauts déterminent la politique. C’est bien là que nous sommes encore : mais personne ne peut être plus à gauche qu’un ‘patron de gauche’. La gauche, c’est Bernard Arnaut lâchant une pincée de milliards pour restaurer Notre-Dame. La droite, c’est quand il fait mettre une plaque à l’entrée pour célébrer son mécénat, un guichet pour faire payer l’entrée, et une statue de Donald sur l’autel moyennant redevance.

La ‘gauche’, qui était le nom d’un projet précis en 1793, en réalité le projet républicain, n’a plus aucun contenu précis aujourd’hui, alors que s’est universalisé un système d’oligarchies mondialisées déguisées en républiques. Et surtout pas aux Etats-Unis, pays impérialiste en déclin où les grandes questions sont de politique militaire.

Je ne crois pas une seconde que Trump ait été pire que Biden. Il était juste mal vu des autres oligarques parce qu’il ne jouait pas le jeu hypocrite des autres milliardaires qui manipulent les institutions à prétexte démocratique. Il était inconvenant et présentait mal. Ceci mis à part, sa politique était indistincte de celles de Obama, Clinton et de la famille Bush. Ce qui lui est arrivé ressemble beaucoup à ce qui est arrivé, en mode mineur, parce que la France est un petit pays où tout est plus tiède, à Bernard Tapie. A vouloir devenir un oligarque à côté des autres, mais qui faisait ouvertement de la politique, il a fini en prison. Le seul vrai crime aujourd’hui, c’est d’oublier de mentir.