Sur Kant, encore

Après lecture de l’article contre Kant, et surtout de l’abjecte et comique rétractation du malheureux qui l’avait invoqué comme autorité, je m’aperçois que ma propre critique n’a rien à voir avec tout cela, qui relève de l’hystérie anti-antiraciste contemporaine : en réalité une coalition de tous les racismes particuliers. Pour nos chercheurs mondialisés multiculturels, il est inconditionnellement interdit d’invoquer un auteur qui a pu émettre un propos raciste, même si cela est sans pertinence pour le sujet traité. Cela me rappelle le ‘Corne d’Auroch’ de Georges Brassens, patriote intransigeant qui se laisse mourir d’une maladie curable ‘parce que c’était à un Allemand qu’on devait le médicament’.

Pour nos chercheurs mondialisés, dits multiculturels mais en fait plutôt multi-incultes, Kant est exclu de considération en matière de logique, de métaphysique et d’épistémologie parce qu’il croyait à l’infériorité des femmes et des noirs. Mais comme les préjugés racistes et sexistes sont omniprésents, y compris chez ceux qui les dénoncent, cela exclut beaucoup de monde de considération dans tous les domaines. Je suppose que ceux-là vérifient que le tôlier n’est pas antisémite quand ils vont manger un couscous. Mais que savent-ils des opinions privées du petit bengali qui a cousu leur pantalon et de la thaïlandaise aux doigts de fée qui a monté leur téléphone ? Parce que nous voulons que tout le monde soit égal, mais nous trouvons commode d’avoir des esclaves. A mon avis, pour ne pas se commettre avec le racisme réel, nos belles âmes de Paris intra-muros et de downtown New-York devraient plutôt aller cul-nu et dormir dans une caverne après un repas de glands et de limaces. En réalité, avec le mouvement politiquement correct , dernièrement métamorphosé en WOKE, nous avons affaire à des gens qui tendent irrésistiblement à l’érémitisme culturel tout en vivant d’interconnection généralisée.

Tu as remarqué que ma critique de Kant est d’un tout autre ordre. Ce qui m’intéresse dans son racisme, c’est l’argumentation pseudo-scientifique qui le fonde, parce qu’elle est un exemple d’un dévoiement de la pensée, et le même que je trouve dans les écrits de Descartes contre Harvey. Pas le fait brut qu’il déclare les noirs inférieurs, auquel les imbéciles s’arrêtent. Je regrette de ne pas avoir ce texte sous la main. Tu y aurais reconnu la démarche de nos modélisateurs au doigt mouillé.

En réalité, les préjugés, il faut vivre avec, alors que les sophismes, on peut en mourir. Dans la lecture, il faut faire la part du diable et voir ce qu’il y a de bon à prendre dans n’importe quelle boutique. Tu n’imagines pas le nombre de remarques révélatrices que j’ai puisées au long de mes études historiques dans les écrits des grands collabos, des staliniens, des nazis et même des radicaux-socialistes. Je n’hésite personnellement pas à les citer, ce qui m’épargnerait au moins, si j’étais publié, d’être lu par ces imbéciles.